Femme
22 ans
Sang pur
Britannique
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : Nem-nem, Cae, Lili
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 26/01/2026 à 18:23
Caecilia sait que Manius voudrait parler, mettre leurs sentiments au clair, peut-être souhaiterait-il qu’elle lui donne des consignes nettes, précises ; établir un contrat de mariage officieux, juste entre eux. Ça ne devrait pas être si difficile, apprendre à se supporter comme il lui dit. Elle aimerait raisonner, tenir une conversation profonde, mais, chaque fois que la raison prend le dessus, la colère la recouvre, cycle infernal. Trop blessée peut-être pour arriver à trouver que faire les choses bien est une bonne idée. Elle ne parvient pas à se forcer, à prendre le chemin de la rationalité parce qu’elle pense encore à lui, parce qu’elle pensera toujours à lui, songe-t-elle à cet instant précis. Sa vie est fichue, elle ne voit que ça, n’imagine rien d’autre et ça la tue. Peut-être aurait-elle dû laisser Fawley la descendre dans sa folie, mais son désespoir, elle le sait, n’était pas assez grand pour réellement lui attenter.
Son mari lui abandonne sa main, lui en tend une autre. Elle le caresse des yeux, essaie de se souvenir de lui dans son uniforme de préfet en chef, avant qu’il ne la dégoûte, quand ils n’étaient pas encore mariés. Pourquoi marie-t-on les enfants ? Ça leur donne des responsabilités trop tôt, en fait des adultes adolescents qui n’ont pas encore réglé leurs problèmes de cours de récré. Combien de temps a-t-elle vécu dans un souvenir, a-t-elle fait semblant qu’un jour, tout pourrait redevenir comme avant ? Peut-être que Scott l’avait sentie, l’impasse, le déni, la gamine cachée en femme mariée et alors il avait fui pour trouver quelqu’un avec qui il pourrait construire un avenir sur des fondations réelles.
Pourra-t-il lui résister cette fois ? Elle cherche dans les yeux de Manius n’importe quel élément pour se sommer de tout arrêter. Il veut discuter, elle n’en est pas capable maintenant. Alors, le plus sage serait sans doute de se séparer, chacun sur son oreiller, s’abandonner l’un l’autre, comme à chaque fois. Mais quand auront-ils à nouveau l’occasion d’être si proches ? C’est presque comme s’ils pouvaient toucher du bout des doigts une sorte d’équipe, de couple, qu’ils formeraient à deux, malgré eux et malgré cette difficulté ridicule à communiquer, parce qu’ils ne sont tout simplement pas en état. Alors elle le lui dit : j’peux pas discuter ce soir, m’en veux pas, j’y arriverai pas. Elle soupire, jette un regard à son paquet de cigarettes sur la table de chevet, tente de résister. Je préfère te détruire, et moi avec. C’est ça, la vérité. Elle s’en fiche : il l’a louablement piégée, à lui de vivre avec l’animal sauvage qu’il a capturé.
Peut-être qu’elle ne fait pas ce qu’il faudrait, que le terme correct lui est un peu abstrait, mais c’est pas sa faute en fait, on lui a pas appris : à la forcer à vivre dans le désordre, pas étonnant qu’elle soit devenue le chaos. Dans sa tête, dans son cœur, c’est diablement emmêlé et personne ne lui fera croire que la solution lui viendra de Fawley. Est-ce qu’il en a envie, lui ? D’elle ? Putain, c’est compliqué. Son visage, ses lèvres, son regard perdu à lui aussi, vaincu peut-être un peu, Manius éprouvé par la femme épousée. Qu’imaginait-il ? Qu’avait-il espéré en l’asseyant à ses côtés ? Puis, en fait, peu lui importe, elle se sent à l’étroit dans cette robe trop lourde qui complique ses mouvements. Dehors, nuit noire, la même lune qui la regardait soupirer dans les bras de son amant sera seul témoin de son étrange tromperie, va te faire foutre Scott Emfied, toi, ton gosse et ta putain, allez tous crever dans votre vie bien rangée, votre quotidien parfait loin des femmes un peu fêlées, cassées par vos semblables et puis dédaignées.
Un reflet sur l’alliance de Manius, attire son œil, la crispe. Elle attrape sa main, tant pis pour la douceur, lui retire le bijou doré, fait de même avec le sien et laisse tomber au sol le symbole d’un mariage sans sens, sans violence, presque avec dédain. Elle ne veut plus jamais sentir sur sa peau, la main d’un homme marié.
Ses lèvres sont brûlantes lorsqu’elle les pose contre celles de l’homme couché sur son lit, sans doute plus animées par la haine que par le désir, mais ce soir c’est la même chose. Elle se demande encore, s’il va la repousser, refuser un baiser qu’elle ne lui a jamais donné. Prouve-moi que tu m’aimes autant que lui, souffle-t-elle les yeux brillants, le cœur en miette.
Message publié le 26/01/2026 à 17:24
Caecilia n’a pas choisi sa famille, ni celle qui l’a engendrée, ni celle qu’elle engendrera peut-être un jour. Elle a choisi Scott, puis le sorcier l’a laissée tomber. Elle a choisi Prisca, Quintus, son ami d’enfance en qui elle a toujours eu une confiance aveugle ; eux sont là. La couvrent de leurs yeux compréhensifs, acceptent ses jérémiades d’adolescente, la faiblesse immature dont la jeune femme fait preuve parce qu’ils l’apprécient avec ses petits et plus grands défauts, ses sorties de femme un peu trop abîmée. Pour elle, rien de trop, rien de surjoué, la vérité nette d’un cœur brisé, elle n’exagère pas puisqu’elle le sent, dans sa poitrine, la douleur lancinante de l’organe si bien qu’elle en est certaine : n’importe quelle imagerie médicale montrerait, à coup sûr, une profonde fêlure à l’intérieur. Après tout, Emfield est son premier amour : l’oublie-t-on jamais vraiment ?
Les remontrances de Prisca la touchent, elle en avait besoin, se laisse insulter, secouer pour sortir de la léthargie dans laquelle l’abandon l’a plongée. Son corps entre hypo et hyperactivation a besoin d’aide pour fonctionner, il lui manque une pièce, le mécanisme est cassé et ça ouvre dangereusement les vannes de ses yeux. Elle aimerait bien que Quintus dise quelque chose, insulte Scott, prenne son parti à elle, elle a besoin de la sagesse de son amie et du soutien malhonnête du Bulstrode, c’est comme ça que fonctionne son équilibre. Mais il ne dit rien, ça l’agace presque. Il se sert un nouveau verre, pas concentré, pas concerné ?
Puis, soudain, il parle et la sorcière comprend pourquoi elle aurait préféré qu’il se taise, n’ouvre jamais cette maudite bouche, en ce jour glacé de janvier, pour avouer l’impardonnable et plus encore. Chaque mot prononcé entaille violemment ses certitudes, leur relation, la confiance déplacée qu’elle se sent brusquement idiote d’avoir déposée entre ses mains. Elle reste interdite, ne comprend pas, la bouche entrouverte. Elle attrape le bras de Prisca, enfonce ses ongles trop fort dans la chair de la pauvre joueuse, comme pour la retenir, ou se retenir, elle ne sait pas. T’avoir pour moi, la nausée la prend, elle porte une main à ses lèvres, l’estomac retourné par l’alcool, la clope, le poison en trop grande quantité.
Caecilia quitte la pièce, sans un regard, file brusquement vers les toilettes les plus proches pour y rendre un mélange de boisson alcoolisée et de trahison. Son corps tremble, elle se sent faible, ouvre le robinet et laisse couler un filet d’eau sur ses mains, longtemps. Spasmes violents, incontrôlés, les crampes qui lui nouent un estomac désormais vide, comme elle, comme les émotions qui la quittent petit à petit avant de la submerger à nouveau en lourdes vagues de passions violentes. Elle ne gère pas, elle n’a jamais géré. Des erreurs de jeunesse, voilà tout ce dont elle a été capable dans sa demi-liberté.
Il y a définitivement au fond d’elle, quelque chose de tordu, de cassé. Elle ne peut pas vivre avec cette vérité, pas faire une croix sur Quintus, sur tout ce qu’ils ont partagé. Elle veut oublier que, comme tous les autres, lui aussi a voulu contrôler sa vie, se l'approprier. Elle cherche, dans ses souvenirs, ce sur quoi elle a déjà véritablement eu prise, les éléments uniquement marqués par l’honnêteté, mais elle ne sait plus, n’y arrive pas. Caecilia asperge son visage, tente de redescendre d'un cran, de récupérer un semblant de contrôle, une illusion peut-être, la force de retourner affronter ses amis ou ce qu’il en reste. Elle espère secrètement que Prisca se sera occupée du nouveau traitre qu’elle peut accrocher au palmarès des hommes de sa vie.
La jeune femme sort de sa cachette, tremblante encore, peut-être à jamais névrosée. Que lui reste-t-il ? Une demi-vie à se méfier ? Un pas après l'autre, parce qu'il ne faut pas flancher, même quand tout tangue, que le mouvement semble désespéré. Elle y retourne, confronte ses amis, toujours vivants, en un seul morceau ou plutôt deux, pose un regard sur Quintus : oubliette moi, je t'en supplie, je ne veux pas le savoir, je n’y survivrai pas. Cette voix blanche encore une fois, sans âme. La violence de la douleur qui la noue, la crispe. Petite marionnette désarticulée, paumée, à bout de souffle.
Message publié le 25/01/2026 à 22:58
Il n’est pas bien, elle n’est pas bien, personne n’est bien dans ce monde d’adulte en carton, où on ne sait que se détruire mutuellement. Lui en l’aimant trop, elle en ne l’aimant pas assez. Est-ce que Prisca a raison, est-ce qu’elle devrait être moins dure ? Trouver du bonheur dans la prison, voire de la liberté ? Mais elle ne peut pas être mature, pas ce soir, parce qu’elle a vingt-deux ans, que c’est encore si jeune pour se résigner, parce qu’elle ne peut pas le voir autrement, même ce soir, même alors qu’il tombe à genoux, prostré. Peut-être parce qu’il ne tient pas l’alcool ? Ou pour cause de souffrance extrême. Ça la dépasse. Elle, elle connait, l'objet de son désir, son homme, le sourire, l’humour, l’étreinte, ses petites manières, ses gros défauts qu’elle a appris à accepter, à aimer, à rechercher. Manius ne sait rien d’elle, alors, l’amour c’est quoi ? Une chimère de plus ? Devrait-elle le croire ? Dans ses sentiments d’homme perdu ? Être sûr qu’il la trouvera belle, aimera lui faire l’amour même quand ses cheveux sentiront le tabac, même quand elle aura trop pleuré ?
Pourra-t-il supporter qu’un jour, elle ne rentre pas ? Que son corps sans vie lui soit rapporté ? Pourra-t-il l’embrasser chaque matin comme si c’était le dernier, choisir l’intensité au quotidien, savoir qu’il ne pourra pas construire tout ce qu’il veut, parce qu’elle a, elle, des pieds d’argiles, des traumas étranges et insensés qu’il ne servirait à rien d’expliquer ? Scott lui, savait, était capable de tout ça jusqu’au jour où, finalement, la magie a pris fin en même temps que les promesses, et alors, il ne lui reste plus rien pour contrer l’imprévisibilité du temps.
Caecilia regarde Manius, perdu, petit pantin dans trop grand lit. Elle ne sourit pas, mais c’est comme si, en elle, la grimace éternelle s’effaçait pour laisser place à une pincée de tendresse. Heureusement qu’elle ne l’a pas laissé prendre une cigarette, il n’a pas l’habitude de la torture empoisonnée, ça ne lui réussit pas. Elle se demande si c’est de sa faute, si elle devrait s’en vouloir, ou en vouloir à Emfield, oui, peut-être qu’elle peut aussi le lui mettre sur le dos, ce fardeau-là.
La sorcière caresse les cheveux de cet homme qu’elle n’aime pas. Elle se sent dramatique dans sa robe longue, comme si ce n’était pas déjà le cas. L’odeur de Scott a disparu des draps, ça lui fait bizarre de se dire qu’il y a quelques heures à peine, il était encore là. Aura-t-elle jamais le bonheur de retrouver du plaisir loin de ses bras, trois caresses entre deux insultes, la même intensité, la même douceur ? Elle ne sait pas, voudrait fumer, arrêter de se rappeler, mais Manius n’aime pas, comme il n’aime pas le désordre, en dedans et en dehors, comme il n’aimerait surement pas, en temps normal, se trouver là, tout habillé sur les draps. Alors, elle pointe sur lui Eleftheria et murmure Finite Titilus, même s’il en a surement marre qu’elle lui balance des sortilèges à la figure ce soir. Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrasse du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.
Tu es mon mari et elle déteste ça, mais c’est un fait et elle doit reconnaitre qu’il essaie, qu’il cherche à s’en montrer digne. Digne de quoi, d’elle ? Vaste blague, douce ironie. Elle a essayé, elle, de son côté, de se montrer digne d’un homme, un certain Scott, pour ne pas le nommer : voilà où ça l’a menée. Elle soupire, cherche sa main, peut-être pour voir, si elle le dégoûte toujours autant. L’alliance en or à son annulaire, si lourde, si légère, sa jumelle au doigt de Manius, alors, qui est vraiment pris au piège ?
Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !
- Sortilège
- Sortilège de Sobriété
- Difficulté
- 5
- Résultat D20
- 18
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrassant du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.
Autres résultats possibles
Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrassant du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.
Le sortilège échoue à purger l'organisme de Fawley, la main de Caecilia tremble trop, elle recommence, le libère du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.
Le sortilège échoue à purger l'organisme de Fawley, la main de Caecilia tremble trop, elle recommence, le libère du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.
Message publié le 25/01/2026 à 20:49
Prisca explose presque littéralement de rire en entendant la boutade qu’elle sert à son meilleur ami. Quintus, en revanche, ne répond rien, semble même se décomposer. Caecilia lui offre un petit sourire contrit à travers l’hilarité de son amie : désolée Quintus, je sais ce que tu penses des mariages arrangés. Elle lui serre un peu le bras. Puis son amie l’enlace, lui pique un léger baiser et la sorcière respire un peu mieux entre ses bras forts, solides, honnêtes : elle sait qu’elle ne la laissera jamais tomber. Ça lui fait du bien, elle se sent soudain petite et protégée. Son ancienne camarade raisonne bien, elle comprend qu’elle n’a pas tort, mais ça lui fait trop mal pour arriver à prendre du recul : elle fond en larmes, sanglote comme une môme parce qu’elle n’y arrive pas, que c’est trop dur. Sa petite gueule d’ange, les plis inquiets de son front, sa manière de l’attirer contre lui, douce, ferme. Ça la fait chialer encore et encore.
Caecilia les serre tous les deux, presque trop fort. J-je comprends pas pourquoi il l’a épousée, p-pourquoi il m’a pas attendue. Elle est en boucle, elle le sait. J’pouvais pas lui donner plus, je l’ai jamais trompé, je… J’ai jamais joué sur les deux tableaux. Elle a envie de hurler, d’aller trouver cette Vanessa, de lui cracher au visage les secrets de son mari, de briser sa vie comme elle a brisé la sienne, qu’elle quitte ce connard d’Emfield pour qu’il revienne en rampant vers elle. C’est injuste, c’est… tellement injuste. Et puisque le chagrin allait avec les grandes déclarations : cette vie est un putain de calvaire depuis cette histoire de salle de bain à la con.
La sorcière essaie de se calmer, relâche son étreinte, cherche un mouchoir pour éponger ses joues. La couleur de son visage est déformée par la douleur. Ça lui prendra combien d’années pour l’oublier, son parfum, pour arrêter de l’attendre, d’espérer qu’il lui écrive, se présente un soir, comme avant. Va-t-il résister ? Ça l’emmerde que Prisca prenne la défense de Vanessa, du mioche et de Scott avec. Il s’est mis tout seul dans cette situation, il les y a mis avec lui, mais de son plein gré. Il la dégoûte. Moi aussi j’peux faire un bébé, marmonne-t-elle avec dédain avant de se moucher. Il fera moins le malin. Puis Manius, cet homme à demi brisé dont elle ne sait pas quoi faire, qu'elle ne sait pas comment gérer. Peut-être qu'il faut qu'elle arrête les mecs, se barre avec Prisca et porte un nouveau coup à ses parents, à sa mère sur laquelle la colère du paternel ne manquera pas de retomber. Putain d'impasse.
Message publié le 25/01/2026 à 20:00
Caecilia s’attend à tout, sauf à cette réaction de la part de l’homme mesuré qu’elle côtoie malgré elle depuis ses quinze ans. Elle reste interdite, presque figée, sourcils froncés, essayant de comprendre ce qui se joue sous ses yeux. Alors, voilà ce que ça donne ? Une demi-confidence à Manius et il a envie qu’elle le descende ? Ou… autre chose ? Elle n’arrive pas à savoir ce que cache la réaction de cet homme manifestement à bout.
Des cris. Invectives qui frappent ses tympans sans l’atteindre. Et brusquement, tous ses sens en alertes. Sa baguette, une bouteille qui explose. Caecilia ne sait pas s’il représente un véritable danger pour elle, mais il en est un pour lui-même, c’est certain. La sorcière plisse les yeux, dégaine sa baguette mal assortie avec la robe, ça valait bien la peine de faire un effort vestimentaire. Ses réflexes professionnels prennent le dessus, les battements de son cœur ralentissent, sa respiration se calme. Elle contrôle la situation. Est-elle en pleine possession de ses moyens ?
Expelliarmus, articule-t-elle d’un ton calme, trop calme. Voix blanche, regard intense jusqu’à ce que le danger soit écarté. La baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia. Peut-être qu’elle fume un peu trop ces derniers jours, a tendance à boire un verre au-dessus de la limite du raisonnable, mais jamais au point de prendre le risque de blesser quiconque. Même meurtrie, même lorsque le chagrin lui fait tourner la tête. Elle observe son mari, Manius Fawley n’est rien d’autre à ses yeux qu’un simple citoyen en danger ce soir.
L’adrénaline redescend, la sorcière s’approche de cet homme qu’elle n’a jamais vraiment compris, mais qu’elle n’a jamais cherché à comprendre non plus. C’est ce dont elle se rend compte cette nuit. Ce n’est pas son rôle, elle n’a pas demandé sa main, n’a pas voulu être là, à ses côtés. Mais le fait est qu’elle est là à présent. Manius, murmure-t-elle en lui prenant la main, prête à reculer d’un bon au moindre mouvement agressif. Quelle idée stupide cette fichue robe. Tu vas bien ? Elle cherche, dans son regard, une trace de folie, la douleur qui expliquerait son geste. Ses paroles soudain lui reviennent en tête. Elle voudrait soupirer, sortir de son cerveau étriqué ces notions de bien et de mal qui ne se chevauchent jamais.
Non Caecilia Fawley ne se suffit pas à elle-même, d’ailleurs, jusque-là, elle dépendait d’un certain Scott Emfield. Non, elle ne peut pas descendre son mari, juste après avoir rompu avec son amant, parce que plaider la légitime défense contre un homme que tout le monde considère comme parfaitement stable, ça n’aurait convaincu personne. Pas même ses amis peut-être, Prisca et Quintus, qui savent qu’elle a recommencé à boire un peu trop, qui connaissent son tempérament parfois sanguin et qui auraient sincèrement douté de sa bonne foi, même sans le lui avouer.
La sorcière ne sait plus trop où elle en est. Face à quel mari : celui qui pose des ultimatums ? Celui qui l’invite à sortir ? Celui qui lui demander de le tuer ? Il dit lui parler d’amour, mais ne mène que des actions désespérées. Cet homme est perdu, peut-être plus qu’elle, qui avait jusque-là un sens à sa vie, un espoir : Scott Emfield. Elle soupire, lui offre un demi-sourire résigné. Après tout, elle vient de lui annoncer qu’elle le trompait depuis leur nuit de noces. Peut-être que sa réaction à retardement n’est pas si excessive ? Hé oui, ce soir, il y a deux cœurs brisés dans la demeure des Fawley. Allez, viens, on va se coucher.
Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !
- Sortilège
- Maléfice de Désarmement
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 19
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
La baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia.
Autres résultats possibles
Et, immédiatement, la baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia, le sorcier se trouve brutalement projeté au sol.
La baguette de Manius lui échappe des mains et vole quelques mètres plus loin.
La baguette de Manius tremble dans sa main tout comme celle de Caecilia dans la sienne sous le coup de l'émotion. Elle se reconcentre en une fraction de seconde et répète l'opération : l'arme du sorcier vole quelques mètres plus loin.
Message publié le 25/01/2026 à 14:30
Quintus réagit immédiatement, elle s’y attendait un peu, son ami a toujours été là, comme il le souligne lui-même, et particulièrement dans les moments où Scott la mettait dans tous ses états. Ça lui fait un bien fou de savoir qu’elle est soutenue, de sentir ses bras autour d’elle. Caecilia ferme les yeux, rend l’étreinte, souffle un merci en essayant de retenir ses larmes. Elle a déjà trop chouiné à son goût pour ce pauvre type. Les paroles réconfortantes, peu objectives, peut-être réconfortantes parce que peu objectives, apaisent son cœur blessé. Ça fait parfois du bien, les beaux mensonges.
Caecilia garde la cigarette entre ses doigts sans l’allumer. Un regard à Prisca. Elle ne veut pas décevoir celle qui a toujours tenté de la tirer vers le haut. Elle a besoin d’alliés, plus que jamais, pour ne pas se laisser sombrer. Ses amis accueillent presque positivement la nouvelle qui la réduit en miettes. Elle hoche la tête en entendant les sages paroles de son amie. Elle s’éloigne des deux et s’affale dans un fauteuil. La cigarette éteinte tourne entre ses doigts, l’air de rien. Quel genre de femme j’peux devenir ici Pri ? La petite boniche de Manius ? Elle soupire, regard dans le vide, aurait bien besoin d’un nouveau câlin. Je sais que t’as raison, mais pas de larmes, pas de larmes j’ai toujours cru qu’on aurait notre happy end.
La sorcière dépose la cigarette pour ne pas être tentée, elle joue avec les manches de sa chemise blanche, tente de les réajuster : que lui reste-t-il à présent ? Fawley est au courant, avoue-t-elle après un instant de réflexion. Il nous a surpris l’autre soir au moment où Scott allait partir. Elle grimace à ce douloureux souvenir. Son mari sait, mais à présent, il n’y a plus rien à savoir. C’est presque frustrant. Il m’a proposé de faire un gosse ou de divorcer. J’sais pas, ils sont obsédés par ça les mecs en fait. Elle cherche son verre, reprend une gorgée. Prisca et Quintus allaient probablement la tuer après ça : figurez-vous que j’ai choisi le gosse, mais c’est parti en vrille. Petit rire sans joie. En fait je saurais même pas quoi faire de ma liberté sans ce crevard d’Emfield, s’il m’avait attendu putain… Tant pis, les larmes coulent. Elle hausse les épaules, finit son verre, se lève pour se resservir.
Peut-être ses amis savaient-ils déjà pour Vanessa, ça ne la surprendrait pas de la part de cet enfoiré de Scott. Et à présent ? Qu’allaient-ils faire ? Où irait leur allégeance ? Sur les deux tableaux : des yeux pleins de tristesse pour Caecilia et des sourires émerveillés pour Emfield junior ? Elle ne peut pas s’imaginer qu’ils la laisseront tomber eux aussi pour dorloter le poupon. Caecilia sait qu’elle risque de se prendre quelques claques en avouant ses projets à Prisca, peut-être que c’est justement pour ça qu’elle lui en fait part, pour que sa meilleure amie lui botte les fesses et la remette sur le droit chemin.
De Quintus, elle ne veut aucun conseil conjugal. Le sorcier n’est apparemment pas capable de s’occuper correctement de sa fiancée et, malgré toute l’amitié qu’elle lui porte, Caecilia ne peut pas imaginer l’enfer qu’aurait été son mariage avec le Bulstrode si réticent à ce type d’engagement imposé. Elle ravale ses larmes pour le charrier : enfin, ça pourrait être pire, hein Quintus, c’est à toi que j’aurais pu être fiancée. Elle sourit doucement, un peu amère, un peu plus légère.
Message publié le 25/01/2026 à 12:40
L’homme enchaîne les faux pas, comment fait-il pour réussir à la décevoir un peu plus à chaque phrase prononcée ? Un fumoir, ben voyons, nouvelle cage dans cage plus grande, quelle merveilleuse idée. Il s’en fiche, lui, qu’elle se brûle la santé pour oublier ses déceptions. Elle aimerait que Prisca soit là, qu’on lui tienne tête, qu’on lui crie dessus pour qu’elle arrête, qu’elle retrouve le goût de l’existence, même ici, même ce soir, au cœur de l’hiver. Si elle ne le dégoûte pas, qu’il la prenne puisqu’elle s’offre, qu’il arrête ses faux-semblants, marques de respect déplacées qui lui donnent l’impression de vivre dans une autre réalité.
Caecilia ne capte pas ce qu’il cherche à lui dire avec Emfield. La porte restera close, bien fermée et pour toujours. Si ce crevard revient ici, la tireuse saura l’accueillir. Elle sait, elle sent au fond d’elle que ce n’était pas un caprice, mais une impasse. Il ne reviendra pas dans ses bras parce que, dans son regard, elle l’a vu, elle est passée au second plan, peut-être même plus loin, une belle erreur de jeunesse, il veut se rattraper, s’acheter une conscience et une vie d’homme droit. C’est pas un homme, pour qui il se prend le Fawley, elle lui ferait bouffer son mépris complaisant. Peut-être qu’il s’en fiche, qu’il est prêt à la donner à n’importe qui, la laisser consommer n’importe quoi : il a trop peur, se sent trop coupable, désolé désolé désolé, pour faire quoi que ce soit. Elle essaie d’éviter d’exploser, explose quand même.
Manius la trouve belle, sans blague, c’est parfait. Elle essaie de ne pas juger un cœur amoureux, s’y emploie toutes ses forces pour survivre au dîner, sinon, autant renoncer, repartir directement, ne pas lui offrir le moindre instant. Non, elle tente de se décrisper, d’imaginer ce qu’elle aurait pu faire pour récupérer Scott. Mais la perspective du mariage lui est inenvisageable et peut-être que, dans une autre vie, ils se seraient séparés pour ça, parce qu’Emfield voulait un quotidien bien rangé, bien marié, bien enfanté. Alors, est-ce qu’elle peut en vouloir à Fawley ? À son père ? Leur foutre la responsabilité sur les épaules, l’échec de son couple, la douleur de sa vie. Oui, parce qu’elle s’en fiche, parce qu’elle est en colère.
Merci, non c’est bien. Réponses laconiques, parce qu’elle est encore un peu secouée d’avoir versé tant de larmes quelques minutes auparavant. Ça se soigne en combien de temps, un cœur brisé ? Elle pourrait demander à son cher mari ce que ça fait de ne pas se sentir aimé par la personne que l’on chérit, mais ça ne les ferait pas avancer.
La comédie du restaurant peut commencer : il est dans son élément, Manius est ici le plus doué des acteurs, peut se cacher derrière ses manières parfaites. Elle essaie de faire bonne figure, de ne pas sentir le poids des regards étrangers qui pourraient voir en elle une ingrate. Sont-ils bien assortis de loin ? Ressemblent-ils à un couple uni ? Ça la ferait presque grimacer. Banalités et puis un coup d’épée. Elle essaie de ne pas s’étouffer, lui lance un regard furieux : qu’est-ce qui lui prend à cet idiot ? Il veut gâcher la soirée ? Instinctivement, sa main se porte à sa baguette, arme cachée dans les plis de sa robe. Ça te regarde pas, ton glacial, regards sur les côtés. Certains se sont pris des poings dans la figure pour moins que ça. Belle soirée romantique, bonne idée de remuer le passé et son inconscient qui évidemment lâche les vannes à cette simple mention, déversant sur la demoiselle au cœur brisé un autre niveau d’horreurs et de regrets.
Caecilia s’entaille la main en enfonçant ses ongles dans sa chair autour d’Eleftheria. Elle tente de respirer calmement, se rappeler le plan initial : s’ouvrir un peu, charmer son mari et lui offrir son corps pour chasser celui de Scott. C’est pas bien compliqué. Alors elle pose un pied dans le vide : Mon père est un connard, avec ma mère, avec les nés-moldus, avec les femmes en général. Ça commence à faire beaucoup, mais Cassius Rowle a assez de haine pour tout ça. Il a jamais été trop pour mon amitié avec Prisca et Scott, quel charmant euphémisme, en fait il m’attachait dehors pour me faire passer l’envie de leur parler. Petit rire sans joie. Il n’a pas besoin de connaître tous les détails, son petit conformisme de jeune premier a déjà matière à être chamboulé. Disons que, quand il a appris pour Scott et moi, ben, ça a pas été la joie. Grimace douloureuse. Voilà, il est content, le Fawley ? Caecilia n’a plus faim.
La sorcière observe les réactions de Manius avec attention. Elle n’a que faire de sa pitié, il faut lui donner autre chose. Une émotion inconnue semble se dessiner dans ses yeux, quelque chose qu’elle ne connaît pas, peut-être de la colère ? Elle fronce les sourcils, lui décoche un regard méprisant : tu vas rien faire Manius, j’te jure que si je te prends encore à essayer de deviner ce qui est bon pour moi, à agir avec tes intentions louables de merde, je te le pardonnerai jamais. Mise en garde trop sévère peut-être, sauf qu’elle commence à comprendre comment il fonctionne. Or, elle a déjà pensé à tout ça, descendre son père, le foutre en taule, mais il y a sa mère, Valeria Rowle, qui, pour une raison obscure, aime ce mari malgré tout, que sa disparition pourrait tuer sur le coup. Comme d’habitude, les situations ne sont pas simples, pas binaires et le monde n’a pas besoin des preux chevaliers persuadés de se ranger sous la banderole du bien. Je sais me défendre, ajoute-t-elle plus doucement, un peu pour elle-même. Peut-être qu’elle a perdu son insigne de préfète, mais elle en a gagné un autrement plus doré ces dernières années, alors qu’il ne s’avise pas d’essayer de lui apprendre la vie.
On rentre ? Caecilia en a assez, de toute façon, elle a l’estomac noué. S’il ne veut pas d’elle, tant pis, elle aura au moins mérité de retrouver son lit.
Message publié le 25/01/2026 à 11:24
Le vent de fraîcheur qu’insuffle Prisca en entrant dans la pièce adoucit la morosité de son amie. Caecilia pourrait presque oublier la douleur lancinante qui la consume depuis quelques heures, jours, elle ne sait plus, presque. Sitôt repérée, la cigarette s’envole de ses doigts pour rejoindre… le néant. Rah tu saoules Pripri, elle râle pour la forme, hésite à en allumer une deuxième, puis n’ose pas provoquer son amie. La joueuse professionnelle doit avoir une hygiène de vie irréprochable au vu de son statut d’athlète de haut niveau, Caecilia se demande dans combien de temps sa propre attitude négligente finira par avoir des conséquences sur son travail. Un seul faux pas pourrait bien lui coûter cher : il faut qu’elle se reprenne, travaille son cardio, se décrasse un peu. Les transitions entre semaine d’astreinte et jours de repos sont de plus en plus difficiles à supporter.
Caecilia ignore délibérément la remarque de son amie sur l’absence d’Emfield, elle aura bien le temps de s’épancher plus tard. Son regard amusé passe successivement sur ses deux invités : qu’il est bon de les revoir se chamailler amicalement. Sourire amusé, qui aime bien châtie bien. Crois-moi Pri, si t’étais mariée à Fawley, t’aurais besoin de plus qu’une pinte de bière ! Elle rit franchement, heureuse d’observer Prisca, qui la secoue comme pour éviter de la voir sombrer. Ça la change des précautions anxieuses de Manius qui semble à chaque seconde sur le point de la casser en deux, comme s’il était en mesure de la briser réellement. Scott devrait lui donner des cours.
La jeune femme sert sa liqueur à Quintus avant de farfouiller pour remettre la main sur une bouteille de bière qu’elle est sûre d’avoir vue traîner. Bingo. J’espère que tu repères mieux les cognards que les bouteilles d’alcool, rit-elle en finissant de servir ses deux amis. Bah tu nous recevras la prochaine fois, ajoute-t-elle amusée en direction de Quintus pour apaiser les fausses tensions. Leur histoire de préfets lui glisse sur la peau sans manquer d’y dessiner quelques éraflures au passage. Trop vulnérable peut-être pour supporter le mot tranchant aujourd’hui. En parlant de respect, Caecilia détaille le visage de son ami, cherche un signe, une expression qui justifierait l’état de son invitée égyptienne dans ce salon quelques jours plus tôt. Elle lui frappe l’épaule d’un petit coup sec avant de lui tendre son verre, ne crois pas que tu vas repartir d’ici aujourd’hui sans m’avoir expliqué ce que t’as fait pour mettre Neith Ptahchepsès dans cet état. Elle se retourne vers Prisca : il m’a envoyé sa fiancée au beau milieu de la nuit, t’aurais dû voir la gamine Pri, effondrée, elle insiste sur le mot avec un regard suspicieux pour le Bulstrode. J’sais pas Quintus, ça devrait te parler non ? Les jeunes filles forcées à se marier ?
Parfois elle a l’impression d’être drôlement seule, comme si tout le monde avait accepté la situation, s’en accommodait bien, pouvait plaisanter sur son mari, sa vie de prisonnière, d’un ton léger. Certains jours, ça lui fait du bien, mais aujourd’hui… elle pourrait en crever. Ouais pardon, elle soupire, s’installe face à ses amis, verre de whisky à la main. T’accouches, si elle savait. Caecilia retient une grimace. Il faut qu’elle se lance rapidement, sinon elle va craquer, c’est certain. Un regard pour le paquet de clopes hors de sa portée, tant pis, elle tapote sa baguette du bout des doigts, sur le qui-vive, presque agressée. Emfield et moi c’est fini, annonce-t-elle brutalement, vraiment fini, elle insiste pour Prisca qui va sans doute lever les yeux aux cieux face à cette déclaration qu’elle doit avoir entendue au moins une dizaine de fois. Sa péta… Elle se retient. Vanessa est… enceinte et il ne, sa voix se brise soudain, il veut plus me voir, gorgée d’alcool, avalée trop brusquement. Bien, elle se relève, marche un peu, tourne le dos à Prisca et Quintus pour qu’ils n’observent pas son visage défait, fait passer nerveusement sa baguette d’une main à l’autre en regardant par une fenêtre le décor hivernal aussi morne que son avenir. Vous savez tout, et vous qu’est-ce que vous racontez ? Piètre diversion, amère. Elle ferme les yeux, compte jusqu’à trois, souffle puis se retourne, prête à affronter leurs regards apitoyés.
Message publié le 25/01/2026 à 09:01
Caecilia s’est trompée, cet homme ne veut pas seulement l’illusion de la maitrise, mais le contrôle tout entier de la situation. Il ne s’abandonne pas dans ses bras parce que… Sans doute parce qu’il est vraiment amoureux, qu’il cherche à construire un quelque chose qui n’existera jamais et ça l’agace, elle lui filerait des claques. Mouais… j’te dégoûte, elle ne peut pas s’empêcher d’écarquiller les yeux quand il la repousse parce que ça la blesse plus qu’elle n’oserait même se l’avouer. Putain, elle attrape le verre, recule comme un animal blessé, la douleur dans le regard qu’elle lui lance, l’envie qu’il arrête de la traiter comme s’il savait mieux, comme s’il méritait mieux lui aussi que le corps d’une Caecilia ivre de chagrin.
Ouais, on a rompu y a trois minutes, non en fait, il m’a jetée parce que, comme toi, j’pense j’le dégoûte d’être avec un autre. Encore confiante il y a quelques secondes, la jeune femme se sent sale, immonde, poisseuse. L’alcool lui fait un peu tourner la tête ou peut-être la violence de la rupture, sept ans, elle ne sait pas. Elle ne lui parle pas du gosse de Vanessa parce qu’elle sait très bien quel effet ça aurait. Lui aussi boit, ça lui fait étrange, d’habitude elle est la seule à vider les alcools forts de cette maison. Elle ne peut que comprendre qu’il ait besoin d’un petit remontant, mais… rien à faire, ça lui fait bizarre de voir cet homme si parfait, si bien habillé, bon élève de toujours, enchaîner quelques verres comme ça. Alors, quand il cherche à lui taxer une clope, elle secoue la tête : certainement pas. Et elle s’en rallume une par la même occasion. Prisca l’incendierait surement, mais Prisca n’est pas là. Peut-être que c’est ça, sa preuve d’amour de la soirée, ne pas le faire chuter dans ses propres addictions.
Manius repart dans de longs discours désolé, désolé, désolé, chien battu, grands yeux, implorants : ça l’agace. Elle se lève, écoute d’une demi-oreille, cherche un vase pour y plonger ses fleurs : aguamenti. Caecilia caresse les pétales du bout des doigts : quand est-ce qu’Emfield lui a offert un bouquet pour la dernière fois ? La lumière tamisée de la pièce file à travers l’eau des fleurs pour projeter de légers éclats dorés contre le mur. Elle trouve ça beau, voudrait les attraper. Petite fleur sans eau pour exister. Elle n’arrive pas à trouver le bouton pause à ce nœud dans l’estomac qui l’oppresse, compresse. Ses épaules tremblent un peu, elle le voit en portant la cigarette à ses lèvres. Les reflets de lumière chatoyants sur le mur la plongent dans un demi-état hypnotique qui fait rouler des perles salées sur ses joues de jeune femme perdue. Elle les essuie du bout de son pouce.
Le mari semble avoir fini de parler. L’attitude de cet homme la tue. Ce parfait étranger qui connait ses fleurs préférées, sait qu’elle tuerait pour manger des nems, mais n’est pourtant pas capable de comprendre ce dont elle aurait réellement besoin maintenant. Elle se fiche de sa théorie, qu’il passe à la pratique, la serre dans ses bras, lui dise quelque chose merde, n’importe quoi. Caecilia se retourne vers lui, un peu de fumée supplémentaire dans les poumons. Non, tu veux un héritier Manius, t’étais même prêt à élever un bâtard il y a trente secondes, elle le lui crache, il la fait chier à lui parler d’amour, d’ordre, maintenant t’es plus prêt ? Regard interrogateur, sourcils froncés : j’te donne ça, tu veux ça en fait. Elle essaie de contrôler les tremblements de sa voix, ne pas exposer, ne pas j’suis suffisante pour personne en fait, elle crie, ils la font chier chier chier. Tous bienpensants, qui savent mieux, qui pensent mieux qu’elle. Qu’on la prenne pour une grosse débile, peut-être, n’empêche qu’elle avait pas intégré les tireurs d’élite en claquant des doigts ou sur courrier recommandé d’un paternel. Ils faisaient quoi, Emfield et Fawley dans leur petite vie misérable pour mériter son respect et prendre des décisions qui la concernaient directement en fait ? Et ce type qui venait lui parler de faire les choses dans l’ordre, comme si l’idée du môme ça venait d’elle, comme si c’est elle qui avait choisi de se marier à quinze ans avec une connaissance. Quelle énorme bande d’hypocrites.
Ça l’emmerde qu’il veuille jouer le pseudoromantisme, l’inviter à dîner : on vit ensemble putain. Il a pas besoin de la courtiser. Elle ne lui donnera pas son cœur, il faudrait déjà qu’elle en récupère les miettes à droite et à gauche pour reconstituer un organe suffisant à offrir sur un plateau d’argent. Elle sait même pas combien d’années prendra cette recherche, mais lui ne veut pas d’elle comme ça, il veut que ce soit compliqué. Elle triture sa baguette, pas encore prête à commettre une folie ce soir.
Heureusement pour lui, elle a la dalle. Caecilia prend la main de son mari du bout des doigts. Il mériterait qu’elle aille se coucher et ne lui reparle plus jusqu’à nouvel ordre. Ils étaient sur le point de divorcer il y a quelques minutes, il n’en croit pas sa chance et se sent pousser des ailes parce qu’elle a dédaigné son offre ? La sorcière se demande si elle ne ferait pas mieux de revenir sur ses pas. J’vais me changer, annonce-t-elle en tournant les talons. Elle a un plan, c’est pas ce mari de pacotille qui va l’empêcher de le mener à terme, pas après lui avoir lui-même glissé cette idée au creux de l’oreille et, si jamais il refuse encore de la toucher, hé bien, elle trouvera bien quelqu’un pour le lui offrir ce bâtard.
Caecilia remonte dans sa chambre, ouvre en grand la fenêtre pour tenter de faire disparaitre le parfum d’Emfield. Elle se glisse ensuite sous l’eau brûlante d’une douche et éclate en sanglots, espérant que le bruit de l’eau suffise à couvrir sa respiration saccadée de femme humiliée. Elle frotte sa peau trop fort comme pour chasser définitivement chaque baiser, chaque caresse, pour oublier la douceur de ses mains, de ses bras, de ses lèvres sur son corps brisé. Elle voudrait se noyer dans l’eau chaude, que l’humidité la dissolve, l’évapore, crever sans demander son reste. Mais la douche prend fin et Caecilia est toujours vivante. Elle choisit une robe, du genre qu’elle ne met jamais, qui traîne dans son placard entre les piles de pantalons sombres et les chemises. Elle l’enfile pour se sentir un peu différente, un peu autre, peut-être comme Manius aimerait la voir, elle ne sait pas. La jeune femme se maquille pour cacher sa douleur, puis, finalement, elle est prête, alors il faut redescendre, réaffronter le regard du mari, ses discours complaisants, ses excuses qui arrivent bien trop tard.
Puis elle est trop habillée pour manger des nems du bout des doigts, mais peu importe : il fait un effort dans son sens, elle en fait un dans le sien. Sans trop savoir pourquoi, juste peut-être pour récupérer un peu d’estime, quelques battements de cils, acceptera-t-il de conclure si elle joue le jeu du dîner ? Quoi qu’il arrive, elle aura toujours le loisir de le quitter demain.
Message publié le 24/01/2026 à 22:07
Réunion de crise, c’est comme ça qu’elle a contacté Quintus et Prisca, ses âmes sœurs amicales, piliers de son existence qui semble un peu plus bancale que d’habitude. Elle a tellement à leur raconter à commencer par la trahison – again – de ce lâche de Scott qui s’est bien payé sa tête avec son môme. Elle va leur faire jurer, promettre, sous serment inviolable s’il le faut, qu’aucun des deux ne pensera même à accepter d’être le parrain ou la marraine du mioche de Vanessa. Caecilia ne tourne pas la page, elle aura sa vengeance.
La brune arpente la demeure, au moins cent un pas, en attendant l’arrivée du conseil de guerre. Manius est sorti, il lui a dit qu’il la laisserait tranquille. Elle ne comprend pas cet homme, ses réactions, son flegme intempestif qui l’irrite, elle, parce qu’elle est incapable de maîtriser ses émotions en ce moment. Caecilia a au moins besoin de quatre oreilles attentives pour s’épancher. Coup d’œil à sa montre, pas encore l’heure. Elle croise son regard dans un miroir, essaie de relever ses cheveux pour voir ce que ça donne. Il faut qu’elle recoupe sa frange, pas tout, rupture, mais quand même, elle va pas en plus montrer à Emfield que ça la touche, parce que ça la touche pas en fait, ça la détruit.
Caecilia essaie de se retenir, mais finit par allumer une cigarette, encore, ça la fait chier de pas arriver à s’en empêcher. Qu’est-ce qu’il va dire le Fawley, si elle continue avec un gosse dans le bide ? Elle secoue la tête, fait tournoyer sa baguette, arme meurtrière, son essentiel de survie. Elle fera pas de bavure, pas de blessure : la violence physique serait trop douce, elle préfère le narguer parce qu’au fond d’elle, elle sait que c’est désespéré. Elle n’a plus qu’à le faire souffrir, atrocement, lui faire payer ses années de bonheur reprises en un claquement de doigts. Elle peut pas croire qu’elle n’était qu’à une caresse de Vanessa.
La sonnerie retentit, enfin, l’épouse court presque pour accueillir ses amis. Quintus, Prisca et son plus beau sourire. Elle les enlace un peu trop fort, claque des baisers sur les joues rougies par le froid, à grand renfort d’exclamations de joie. Vous m’avez trop manqué purée, restez pas là. Elle ferme la porte, les emmène avec elle. Vous buvez quoi ? Et toujours la clope entre ses doigts.
Message publié le 24/01/2026 à 11:20
Caecilia Rowle avait pris grand soin, il y avait presque sept ans de cela, de croiser ses doigts d’enfant lors de la cérémonie précipitée de son mariage. Ainsi, lorsqu’elle était devenue Fawley, il lui avait semblé que ce n’était pas tout à fait vrai. Après tout, elle avait juré se donner à Manius de manière consentante : c’était déjà un premier mensonge. Après quelques mois boudeurs, elle s’était à nouveau perdue dans les bras de Scott. Tout traitre qu’il lui paraissait être à présent, ses émois d'adolescente avaient fini par céder de nouveau à la tentation. Puis son cœur d’adulte avait pris le relai, inconscient sans doute du péché que pouvait représenter la tromperie d’un homme qu’elle connaissait à peine avec l’amant aimé. Mais cette relation passionnelle avait fini par dégénérer et était à présent sur le point de se terminer.
Elle repense à tout ça en toisant Scott sur le pas de la porte, ses épaules plus voutées que d’habitude, le visage fermé. Quelque part, elle espère que jouer la provocation suffise, qu’il la plaque contre n’importe quel mur de l’entrée, la supplie d’oublier ses paroles acerbes pour à nouveau sentir son corps sous ses doigts ; une dernière fois ou la première d’une nouvelle longue série de rendez-vous cachés. Mais la flamme semble éteinte dans le regard de l'homme, elle ne le touche plus, quelque chose d’autre anime son âme. Ça la tue, elle pourrait le tuer. Ses phalanges blanchissent à force de serrer sa baguette, le contact l’ancre, elle en a besoin pour ne pas commettre ce soir un crime passionnel indigne de son rang, son rang, elle aimerait sourire à cette idée, impossible.
Puis son mari entre. Le visage fatigué de Manius, des traits qu’elle n’a plus vus depuis longtemps. Un homme absent, de corps et d’esprit. Sa présence la secoue. Elle oublie Scott, se recroqueville, comme s’il allait dire quelque chose. Évidemment, il ne dit rien, entre avec son bouquet parce qu’il sait qu’elle aime les fleurs de Strelitzia. Elle détaille les pétales colorés qui forment comme des silhouettes d’oiseaux, libres. Le mari congédie l’amant, proprement, Manius ne fait pas de vague, jamais, il est droit alors, que fait-il avec elle ? Pourquoi a-t-il voulu obtenir sa main de femme tordue ? Manius, elle attend. La sentence, la colère peut être, comme s’il pouvait, lui aussi, lui faire passer la nuit dehors, l’attacher pour qu’elle redevienne fidèle, petit animal sans désir, sans rêve, sans rien.
Il sait, elle le comprend rapidement, resserre les pans de sa tenue légère contre sa peau encore brûlante. Le calme, comme avant une explosion, mais il n’explose pas. Elle aimerait pourtant qu’il hurle, qu’il la secoue, lui parle une langue qu’elle puisse comprendre. Le savait-il déjà ? S’en doutait-il ? Et lui ? Combien de femmes, combien d’étreintes loin de la chaleur de son lit vide ? Il veut changer les draps, elle pourrait sourire, peut-être veut-il aussi nettoyer de fond en comble cette maison qu’il connait à peine, récurer les moindres recoins où la volupté de sa femme s’est glissée sous les caresses d’un autre ? Elle ne répond pas, qu’il se donne l’illusion de la maîtrise ne la dérange pas. C’est ce qu’ils aiment, ces hommes-là qui pensent être en capacité de décider de faire plier son cœur amoureux pour un autre, comme s’ils pouvaient réellement tout contrôler. Scott part sans un mot, sans un adieu et, quelque part dans sa poitrine, une douceur lancinante lui traverse le cœur. Sept ans, peut-être plus, elle n’était pas du genre à compter, à fêter les anniversaires, mais elle sent, quand il se retourne pour ne plus jamais revenir, combien l’absence lui sera douloureuse. Amertume. Comment affronter à présent, le regard d’un mari déçu, alors qu’elle se sent à peine capable d’articuler un mot ?
Toujours cet affreux silence. Elle joue avec sa baguette. Qu’Eleftheria lui donne la force et la souplesse nécessaire à l’affrontement. Nerveuse, effacée, ça ne lui ressemble pas, mais à ses côtés, elle ne se ressemble pas, n’est plus, le tempérament de feu, la joie mordante qui font le bonheur de ses amis. Non, petite fille prise sur le fait, adolescente désarçonnée, Scott se ficherait bien de sa gueule s’il la voyait comme ça, le regard fuyant. Parce qu’elle ne sait pas quoi lui dire. Oui, change les draps Manius, amuse-toi, explique-moi comme je t’ai humilié et comme tu restes droit, petit époux parfait, loin de jouer d’un mariage forcé, des faux semblants, façade limpide sur fondations crasseuses. Peut-être qu’elle le dégoûte à présent, elle aimerait bien, qu’il ressente le goût amer de la trahison comme elle quand il a demandé sa main sans une phrase d’explication, alors qu’il savait vers qui, vers quoi portaient ses désirs.
Il veut parler, Caecilia veut une clope. Elle ne se dérobe pas, ne prétexte pas le besoin de se changer, de se rhabiller, qu’il contemple bien ce qu’il ne possède pas. Elle récupère les fleurs – jeter de pareilles beautés : il y a des crimes à ne pas commettre ! – et s’allume une deuxième cigarette du bout des doigts. Elle ne peut pas dire merci, ça lui arracherait la langue, alors elle se contente d’enfouir une poignée de secondes son visage dans les pétales délicats. Douce caresse, elle refoule les larmes qui lui montent aux yeux.
Caecilia dépose le bouquet pour récupérer le verre que lui tend Manius. Coup d’œil vers le niveau de liquide des bouteilles d’alcool. Est-ce qu’il se doute de quelque chose ? Elle savoure à petites gorgées le remontant, espérant effacer du même coup la douleur vive de la rupture avec Scott. Elle soutient son regard, le laisse aller jusqu’au bout de sa pensée et puis manque de s’étouffer. Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir faire des gosses, putain ? Elle dépose son verre, passe une main dans ses cheveux, détourne les yeux. Vingt-deux ans, elle expire sa fumée, le regard dans le vide. Caecilia ne veut pas d’enfants, plutôt mourir que de donner un petit-fils ou pire, une petite-fille à son paternel, d’engendrer un futur orphelin quand elle se sera fait descendre lors d’une intervention, de faire grandir un môme entre deux parents qui ne sont même pas fichus de créer un semblant de vie commune.
Mais Manius ne se contente pas de lui faire cette requête, il est prêt à accepter un bâtard. Caecilia voudrait éclater de rire, le secouer, lui filer des claques, qu’il mesure ses propos et se ressaisisse. Elle cherche comment réagir. La mention de son père. Il pense que c’est un homme abject ? Hilarant, un rire nerveux qui la secoue un peu trop, il lui faut une nouvelle gorgée d’alcool. Elle tourne vers lui des yeux vides, s’il savait, mais il ne peut pas savoir qu’il y a quelques heures à peine, elle aurait accueilli sa proposition avec joie, n’aurait pas hésité une seconde à divorcer du Fawley pour retrouver Scott. Mais cela faisait en réalité des mois que ce scénario n’était plus envisageable, depuis Vanessa. Ce soir elle rirait jaune. Scott avait été trop lâche pour s’enfuir une première fois avec elle, il était inutile d’en espérer davantage aujourd’hui.
Caecilia s’imagine un instant déménager, louer un petit appartement à Londres, enfin seule, découvrir sa vie de jeune femme célibataire et indépendante les jours de repos que lui offrait son travail. Elle pense à Prisca. Peut-être qu’elles pourraient trouver une petite collocation, loin des hommes, loin de… Scott. Le sorcier bientôt papa, qui promènerait le gosse de Vanessa sous son nez parce qu’il n’avait pas pu, pas su l’attendre. À quoi cela se jouait-il finalement ? Elle finit son verre d’un trait. Son sorcier de mari poursuit sa tirade et, pour la première fois, elle semble l’observer réellement. Peut-être parce qu’il évoque quelque chose que la jeune femme ne peut que trop comprendre : une passion amoureuse. Manius, l’aime ? Le constat la perturbe un peu, il n’a pas l’air de mentir, sa voix tremble alors elle reste attentive à ses explications mélodramatiques. Il se prend pour un chevalier blanc, est persuadé d’avoir agi pour le mieux, dans son intérêt, mais il est dur de connaitre l’intérêt d’une femme sans l’avoir interrogée à ce sujet, de s’arroger le droit de décider ce que l’on pense être le mieux pour une amie que l’on connait à peine. De penser qu’une union avec sa petite personne serait en mesure de faire disparaitre toutes les préoccupations de la brune, comme si elle allait à présent ramper devant ses genoux de grand prince pour lui avoir arraché Emfield.
La jeune femme laisse couler quelques secondes, crache sa fumée, triture sa baguette avec nervosité. C’est fini, annonce-t-elle soudainement, Scott Emfield ne posera plus un orteil ici. Elle aussi a la voix qui flanche, secoue la tête. Je cherche pas à te faire souffrir Manius, elle cherche son regard, Scott et moi, on s’est juste jamais vraiment séparés. Elle ne sait pas si c’est mieux comme ça. Mais tu tombes à pic avec tes déclarations, rire trop brut, ta femme est de nouveau un cœur à prendre. Elle se laisse tomber sur le fauteuil, ses yeux la brûlent des larmes qu’elle essaie de contenir. Mon père est une sombre merde, crache-t-elle, plutôt crever que de retourner chez lui. Elle pense à sa mère, se sent soudainement coupable. Tout se bouscule dans sa tête.
Elle écrase sa cigarette dans un cendrier, s’approche de son mari, le détaille du regard. Cet homme-là fera un bon père, bien plus que cet incapable de Scott qui se défilera probablement après chaque promesse faite au gamin. Elle veut bien de son amour, qu’il la désire, soigne sa douleur avec ses déclarations, la lave du péché de l’adultère par ses caresses d’homme marié. Une relation-pansement avec son époux, pourquoi pas ? C’est comme si elle faisait cocu le Scott et l’idée lui plait. Elle sait qu’il la repoussera sûrement, parce qu’il est trop droit, voit le chagrin dans ses yeux, l’alcool dans son sang, ou peut-être qu’il cédera à la tentation parce qu’après tout, ce n’est qu’un homme, aussi faible que les autres, un homme qui a besoin de sentir qu’il possède un brin de contrôle sa vie.
Je vais te donner un gosse, Manius, doux murmure, si proche de lui à présent, un petit Fawley bien légitime. Elle pense au visage de Scott quand il la verra avec un môme dans les bras, à la douleur qui le transpercera de part en part, et l’idée lui fait un bien fou. Oui, elle a le goût délicat de la vengeance. Enfin, si tu veux bien de moi, ajoute-t-elle faussement honteuse, ses yeux fichés dans les siens, le corps au bord du gouffre, pas certaine de pouvoir encaisser deux rejets dans la même soirée.
Message publié le 23/01/2026 à 21:49
La solitude doit être une invention satanique. Caecilia tourne en rond dans la demeure : pas la moindre distraction à l’horizon. Tout paraît trop calme lors de ses jours de repos. Son corps crie, mais ne se laisse pas succomber au sommeil plus de quelques heures. Le mode vigilance ne semble pas la quitter. Elle pense à Scott, est-ce qu’il pense à elle ? Sans doute pas, occupé à dorloter le bide de sa Vanessa. Elle ferme les yeux, prendrait bien un verre : est-ce qu’elle aura touché le fond si elle boit seule cette nuit encore ?
Manius n’est pas là, tant mieux, elle ne veut pas le voir, ne sait pas le voir. Son visage angoissant, toujours très désolé, comme s’il n’avait pas choisi de signer, de la lier à vie, d’en faire sa propriété. Qu’il aille au diable, s’étouffe avec sa mine pitoyable de nobliau bien-pensant. Qu’ils aillent tous crever, ces hommes autour d’elle, persuadés de savoir mieux, de devoir penser à sa place, comme si elle n’avait pas un cerveau bien fait sous jolis traits. Prisca lui manque, Scott lui manque, à quoi bon les jours de repos vides ? Est-ce qu’il tiendra le coup ? Est-ce qu’il reviendra avec ses yeux de chien battu quémander une dernière caresse ? Elle en aurait besoin. Tant pis, elle prend un verre.
À peine le temps d’avaler une gorgée de travers que, soudainement, une silhouette se matérialise dans le salon. Mouvement de recul, yeux exorbités. Caecilia dégaine sa baguette et se redresse, menaçante. Forme humaine, jeune femme, tout jeune, mais pas aussi jeune que la mariée qu’elle a été. Traits félins, regard brisé : t’es qui ? Qu’est-ce que tu fous là ? La menace n’a pas l’air sérieuse, elle ne rengaine pas pour autant. Pas folle, la tireuse, on ne l’assassinera pas chez elle. L’intruse se laisse tomber à genoux, lève les mains. Neith Ptahchepsès, articule la nouvelle venue, Quintus Bulstrode m’a envoyée ici. Elle lui tend la chevalière de son ami d’enfance. Je suis sa fiancée, complète ladite Neith.
Et merde. Caecilia range sa baguette. Elle a eu vent de cette histoire, le Bulstrode fiancé, quelle belle blague, c’est donc ça la créature exotique qu’il a récupérée ? Mais pourquoi lui envoie-t-il la gosse ? Caecilia Fawley, énonce-t-elle avec une grimace en tendant la main à son hôte pour la relever. Ainsi Quintus avait-il jugé bon de lui envoyer une jolie distraction. Il avait toujours eu un côté un peu excentrique. Whisky ?, demande-t-elle, elle ne sait pas quoi faire de la Ptahchepsès à présent. Le canapé, un feu de bois, est-ce qu’elle doit la nourrir ? Caecilia fait tourner la bague de Quintus entre ses doigts. Non, cette histoire n’a aucun sens. Puis la môme n'a pas l’air bien, en fait, elle a même l’air super mal. Caecilia fronce les sourcils : ça va pas ma biche ?
Message publié le 23/01/2026 à 17:07
Vocabulaire injurieux
Scott Emfield ne sourit pas ce soir, il a l’air nerveux, peut-être plus troublé que d’habitude ; un comportement étrange pour la tête aux boucles claires lovée dans les bras de son amante. Caecilia n’aime pas sa mine froncée, lui a déjà dit, mais il ne peut s’en empêcher. Un affreux pli barre ce front soucieux que la jeune sorcière caresse du bout de doigts. Elle embrasse ses traits pour tenter de lisser ce visage d’ange, le visage de son ange. Cela fait plus d’un mois qu’elle ne l’a plus vu. Trop occupé, avait-il dit, elle n’en croit rien : ses yeux mentent mal. Caecilia les connait bien, elle déjà trop de fois couvert d’amour ce regard d’habitude si doux, aujourd’hui préoccupé. Il ne veut pas cracher le morceau et ça la fait chier.
Ça fait quelques mois, peut-être quelques années que leur relation bat de l’aile, qu’ils s’engueulent puis font l’amour et tout est pardonné. Aujourd’hui, pas de cris, pas de conflit. Il était si tendre qu’elle redoute le pire. Caecilia lâche un soupir exaspéré et repousse le corps de son amant muet. Va crever Scott, crache-t-elle sans délicatesse avant de sortir de ses draps, de ses bras. Elle enfile un t-shirt trop ample et ouvre brusquement la fenêtre de sa chambre. La demeure des Fawley reste silencieuse, Manius est à nouveau en déplacement. La sorcière allume une cigarette du bout de ses doigts. Elle expire la fumée dans l’air glacé de l’hiver. Scott geint à l’autre bout de la pièce : ferme ça, tu vas choper la crève. La jeune femme se retourne, le toise, claque la langue contre son palais. Ma santé t’intéresse à nouveau ?, susurre-t-elle, regard noir. Elle ferme quand même, se rapproche, bras croisés.
L’homme se redresse, lui attrape une main pour l’attirer contre lui. Elle lui abandonne, détaille son regard, cherche la réponse à son attitude étrange. Il lui serre les phalanges, un peu trop fort, puis elle se rend compte qu’il tremble. Alors, s’impatiente-t-elle, le contacte la trouble, ça ne change pas, elle ne peut pas s’en empêcher, même s’il ne le mérite pas. Elle joue avec l’alliance de Monsieur Emfield, flambant neuve, presque deux ans maintenant. Ça devient trop compliqué, murmure-t-il, je peux pas continuer à mentir à Vanessa. Haussement d’épaules, elle lâche sa main, évite de lui cracher sa fumée au visage, quitte-la alors. Il l’agace, n’a plus que ce prénom à la bouche, Vanessa par-ci, Vanessa par-là. Cette garce l’écœure, niaise, cocue avant même sa nuit de noces. Elle n’imagine pas, ne peut pas imaginer ses doigts poisseux contre le corps de son amant. Ce mariage, elle le sait, c’est le début de la fin, mais elle n’arrive pas à l’envisager, s’accroche à ce visage de chérubin qui ne semble pas avoir changé malgré les années.
Madame Emfield, ça la dégoûte. Jamais de son plein gré, Caecilia n’aurait consenti à entrer dans ce genre de prison dorée, pas même pour lui. Scott a changé ou peut-être la jeune femme se rend-elle enfin compte de ce qu’il a toujours été : lâche. Comme cette nuit, avant ses propres noces, où il a refusé de tout quitter pour fuir avec elle. Elle ne peut pas échapper à la pensée qu’il s’agit un peu de sa faute s’ils en sont là aujourd’hui, s’ils touchent du bout des doigts, le point de rupture. Et son attitude lui donne la nausée. Il se prend la tête entre les mains, elle détourne le regard, ne veut pas voir son état de consternation, lui laisse le loisir de penser que c’est lui qui a de trop gros problèmes à gérer. Il a choisi comme un grand de passer la bague au doigt de son empotée de collègue parce que quoi ? Ça ne lui suffisait peut-être pas d’avoir son cœur, son corps, il voulait posséder son propre objet de collection, pareil à tous ces sangs purs obsédés. Ça la répugne, il ne dit rien. Un ange passe.
Toi, tu as Manius... Son visage soudain, qui fait volte-face, emprisonne la mine dépitée de l’homme lâche, des yeux de haine pure. Elle pourrait lui lacérer le visage à main nue, c’est donc ça qu’il pense ? Qu’ils sont sur un pied d’égalité ? Que c’est de sa propre volonté qu’elle le rejoint en cachette pour retrouver le goût de sa peau ? Pardon ? J’ai qui moi ? Vas-y, répète ? Voix tranchante, elle écrase sa cigarette. Elle pourrait le gifler, ou l’embrasser, mais se retient. Depuis quand est-ce devenu si compliqué ? Caecilia pense Vanessa, ne comprend toujours pas ce choix. Lui, ne répète pas, il détourne le regard. Petit ego blessé, ça la rend folle.
C’est quoi les sacrifices que tu as faits pour moi dans ta petite vie exactement ? Elle essaie de ne pas hurler. Il ne dit rien, évidemment. Elle pensait aimer un homme libre et se retrouve avec un petit employé bien rangé désireux de se contenter d’une vie médiocre et sans saveur. Elle ne le comprend plus. Ses yeux fuient, se posent partout dans la pièce, sauf sur la silhouette de son amie. On est plus des ados Caecilia, annonce-t-il enfin. Elle hausse un sourcil, c’est quoi le plan ? La tournure de la conversation ne lui plait pas : est-il en train de la traiter de gamine ? Lui dire qu’il a tourné la page ? Curieusement, elle se sent soudain vide. Elle n’a jamais pensé que Scott pourrait la laisser tomber véritablement, que ses beaux yeux ne suffiraient pas éternellement à le retenir prisonnier. Fais chier.
Vanessa est enceinte, avoue-t-il enfin. Son cœur s’arrête brusquement. Putain quoi ? Cette conversation n’a définitivement aucun sens. Tu veux un gosse toi ? Caecilia éclate d’un rire sans joie. Alors c’est ça hein, t’as trouvé un truc que je pouvais pas te donner chez ta pétasse. Elle sent qu’il s’énerve, essaie de ne pas le montrer. Pitoyable. Il va la laisser tomber pour un mioche, un truc même pas encore né qui pourrait tout aussi bien le détester. Félicitations, tu vas officiellement devenir le pire paternel de l’histoire… après le mien. Elle grimace. Un bambin. L’idée saugrenue ne parvient même plus à la faire sourire. Elle imagine les cernes sous son beau visage, son air absent, ses rendez-vous épars. Non. Impossible.
Non, Caecilia, qu’avait-il à prononcer son prénom en boucle comme ça ? Parce que ce, c’est fini… Elle le fixe sans comprendre. Je ne veux plus te voir, j’arrête. N’a pas envie de comprendre. C’est donc comme ça que ça devait se passer ? Un petit énoncé performatif et c’est fini. Elle ne dit rien. Est-ce qu’elle le savait, au fond d’elle ? Chaque seconde grappillée à l’enfermement, le goût du risque, cette sensation si douce de se glisser dans les bras de l’être aimé devaient donc s’envoler pour la laisser là, seule, vide. La gorge nouée, elle lutte pour cacher son trouble. Cherche à refaire le film de la soirée, revoir son attitude à son arrivée, ses mains qui l’avaient directement enlacée parce qu’il savait, lui, que ce serait la dernière fois. Dernière étreinte, derniers baisers. Il avait eu le temps de mesurer ses gestes, de s’en gaver jusqu’à la dernière miette, profiter de son ignorance encore quelques heures avant de lâcher sa bombe.
Naïvement, elle avait cru qu’ils surmonteraient ça. La beuglante, l’humiliation, le mariage forcé. Que leur amour était au-dessus de ces conneries bourgeoises, qu’ils valaient plus, qu’ils valaient mieux. Elle avait été sotte. Casse-toi, prononce-t-elle d’une voix blanche. Scott se rhabille sans un mot, elle le fixe sans le voir. Non, cet homme n’a plus rien à voir avec le garçon pour qui elle aurait tout sacrifié, ce n’était désormais rien de moins qu’un inconnu, un étranger. Elle enfile un déshabillé trop léger pour la saison, le suit quand il descend l’escalier. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules tremblantes, mais c’est de froid. C’est ça ouais. Il se retourne vers elle une dernière fois Cae… Casse-toi j’ai dit, elle l’interrompt, ne le laisse pas s’approcher, lui tendre ses yeux de chiens battus. Elle les lui ferait bouffer. Puis, un bruit de pas, la porte d’entrée qui s’ouvre. Caecilia croit devenir folle, cette soirée est définitivement bien trop remplie d’hommes mariés.