Femme
22 ans
Sang pur
Britannique
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : Nem-nem, Cae, Lili
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 31/01/2026 à 21:12
Prisca tente d’amener de la légèreté dans la conversation, elle gronde puis câline avec la même intensité son amie démunie qui la regarde avec ses yeux admiratifs de toujours. Présence maternelle aux dents acérées, la louve cajole sa petite à coup de museau, petit tacle bien placé, tendresse bien étalée. Caecilia reçoit, accepte, profite.
Aujourd’hui, c’est elle qui est vulnérable.
Mais demain ?
La joueuse s’occupe de sa môme, elle le lui rendra. Échanger les rôles, serrer les coudes, c’était tacite, peut-être qu’il lui manquera le panache, mais pas l’intention. Prisca, Quintus, oui, c’est pour toujours et tous les chagrins d’amour semblent bien pâles à côté de la solidité de ce lien-là.
Pas très à l’aise avec la vision de Prisca dans les bras de Quintus, ou peut-être de Quintus dans ceux de Prisca. Caecilia apprend quelques commérages, mais il y a déjà prescription et elle ne peut s’empêcher de laisser échapper un petit rire.
Son amie coupe cependant rapidement cours à son imagination de chipie. La sorcière lève un sourcil curieux en l’entendant lui répondre un peu plus froidement qu’à l’accoutumée. Cette fois, elle en est sûre, cela cache quelque chose. Le Bulstrode se fiche bien de respecter les vieilles traditions familiales : il y a un mystère sur lequel elle ne parvient pas à mettre le doigt. Ou alors… Caecilia réfléchit un instant à la possibilité que son ami d’enfant ait pu demander sa main à elle. La tireuse chasse cette idée d’un haussement d’épaules, mais la pernicieuse revient aussi vite qu'elle est partie. Elle fronce les sourcils.
C’est une nouvelle fois la blonde qui lui permet de sortir de ses tristes pensées en l’entourant de ses bras. Caecilia ferme les yeux, porte ses mains contre celle de son amie pour prolonger un peu l’étreinte qui lui fait du bien. Prisca accompagne son câlin des douces paroles sensées dont elle a le secret. Rowle, depuis combien de temps n’a-elle plus entendu prononcer ce nom ? Le souvenir de son père lui soulève un instant le cœur, et cette fichue acidité dans le fond de son palais qui ne disparait pas. La sorcière a quitté une certaine idée de l’enfer pour rentrer dans une prison certes plus confortable, mais qui garde néanmoins des barreaux.
Elle ne comprend pas pourquoi Manius et Prisca semblent vouloir lui faire croire qu’elle est libre malgré tout. Libre de se cacher pour laisser son corps épouser celui de Scott, libre de se sentir coupable à chaque regard impuissant de Manius, libre de laisser filer celui qu’elle aime dans les bras d’une autre, de se marier, de faire un gosse. Non, ce n'est pas parce qu’elle n'est plus physiquement attachée qu’elle est libre, ses amis devraient le savoir.
Et Manius. Manius, qui est amoureux, pas juste insulté dans son honneur comme elle aurait pu le penser, mais profondément blessé parce que son cœur, quelque part, bat pour elle.
Alors, comment grandir, comment se sentir libre ?
Avec cette drôle de pression, d’impression : celle d’être trop et pas assez.
De décevoir, toujours, tout le temps, quoiqu’il arrive d’être déplacée.
La sourde jalousie qui l’a prise le matin même, ce nom Ophelia qui l’a transpercée de part en part.
Est-ce que Fawley l’a trop attendue ?
Caecilia frémit au contact des lèvres de son amie qui lui rappelle d’autres baisers. La pique fait mouche, la sorcière se retourne la mine outrée, pose une main à l’endroit où Prisca vient de planter sa bouche. Arrête, tu mens. Les yeux écarquillés, le cœur soudainement emballé. Elle lui envoie un petit coup de baguette dans les côtes. Et non, ma grande, y a pas que toi qui peut frapper.
Merci Pri, et son sourire qui vient chasser de son visage toutes les nuances de souffrance, j’essayerai de me montrer à la hauteur de tes attentes. Caecilia enlace à nouveau son amie, voudrait ne plus jamais la quitter, ce pilier au centre de sa vie qui la soutient dans toute sa fragilité. T’es mon héroïne. Elle sait aussi que c’est parce qu’elle est là que la sorcière peut se laisser aller comme ça. Toujours plus ingrate avec ceux dont elle sait qu’elle ne sera jamais abandonnée. Prisca Thompson vaut bien douze Emfield à elle seule. Et je… j’essaie avec Manius, je te jure que j’essaie.
Doutez de tout au monde, et jamais de l'amour.
Message publié le 31/01/2026 à 17:41
Ophelia, Ophelia.
Le prénom tourne en boucle dans sa tête depuis quelques jours, semaines ? L’étreinte avec Manius et puis cette fameuse collègue au mal de dos persistant qui l’a fait disjoncter.
Si elle reste polie.
Ophelia. Il a fallu attendre le prochain jour de repos, mais aussi que Fawley choisisse un autre lieu dans lequel traîner sa peine pour la journée. Pas évident. Les dents qui grincent. Caecilia est fourbue de ces derniers jours de travail dans lesquels elle a bien cru laisser sa peau. Trop distraite, erreur fatale. Heureusement, Marid veille, l’arrête quelques fois, ne la laisse pas sombrer, pas trop.
La sorcière a pris ses renseignements, pas bien compliqués en réalité : une certaine Ophelia Frost travaille au musée de Godric’s Hollow. Alors il lui suffit d’un geste, elle transplane et à présent il ne reste plus que son bon sens pour la retenir devant les portes de l’édifice. La jeune femme ne sait pas si elle doit entrer.
Elle en meurt d’envie.
Observer discrètement – ou peut-être pas – cette femme qu’elle s’est érigée toute seule comme rivale. Mais Caecilia ne sera plus jamais celle qu’on trompe, elle le refuse, quoi que cela doive lui coûter : c’est elle qui frappera la première et vite.
Eleftheria glissée dans la cape qui lui sert de manteau la rassure. Elle l’effleure du bout des doigts pour calmer sa nervosité. Mais, à part quelques vieilleries immondes, rien ne devrait l’inquiéter à l’intérieur de ce musée. La sorcière sait pourtant qu’elle s’engage sur un terrain ennemi, un lieu qui ne l’inspire pas : le domaine de son mari. Elle est maladroite avec ce type de connaissances, capable de se couvrir de ridicule. Son arène de jeu à elle se situe au grand air.
Peu importe, fin de la réflexion, elle agit, entre dans le bâtiment sans savoir si elle vient y chercher des réponses ou une série de souffrances supplémentaires. Caecilia enlève sa cape, glisse sa baguette à sa ceinture et croise les bras en jaugeant l’aspect des lieux. Gestes familiers, maitrisés pour se donner une contenance qu’elle n’a pas. La sorcière retrousse les manches de sa chemise sur ses avant-bras comme pour se préparer à l’affrontement. Elle espère que Manius ne saura jamais qu’elle a remis, pour l’occasion, l’alliance dorée à son annulaire gauche.
Scan, check, inspecte.
Une silhouette féminine, Caecilia s’approche.
Bonjour, avec toute la douceur dont elle est capable aujourd’hui, excusez-moi, je peux vous déranger quelques petites minutes ? Un demi-sourire sincère, après tout, rien ne dit que cette femme est la fameuse O-phé-li-a.
Message publié le 31/01/2026 à 11:53
Caecilia imagine, croit qu’elle n’a pas besoin de communiquer, que ses actes sont la seule bonne manière de crier sa vérité. Elle peut prononcer des bouts de mots, souvent, presque toujours à côté, trop colère, trop déplacés. Le confort de se cacher, de se camoufler derrière des insultes faciles. Elle pense que son corps sait parler à sa place.
Elle essaie.
Manius Fawley a fini par trouver le chemin de ses draps. Elle lui fait l’amour comme une douce promesse, celle que, malgré tout, il ne la dégoute pas, qu’elle peut encore le désirer, leur offrir une chance à tous les deux : celle de réparer deux cœurs blessés, d’un seul baiser.
Le sorcier n’est pas un traître, il la corrige doucement, fermement : Non. Caecilia. Et elle aime comme, sur ses lèvres, son prénom glisse. Elle veut y croire, se perdre, s’abandonner dans une confiance aveugle, penser qu’elle peut compter sur lui, si droit, si sûr. Après s’être tant de fois endormie auprès d’un Scott indécis entre la passion et la raison qui laissait son lit vide au petit matin. Elle a besoin de sa chaleur, elle a besoin de quelqu’un.
Il ne fuit pas face à ses traits tirés, ses cheveux en pagaille, sa peau au goût de fumée. L’étreinte sera-t-elle oubliée quand il décidera de changer les draps ? La sorcière voudrait la prolonger, ne jamais se séparer des bras de l’être qui l’aime, l’attend sans doute depuis sept ans, une demi-éternité durant laquelle Scott n’a cessé de jongler avec son cœur alors qu’elle tentait de rester fidèle à son premier amour.
Pas par morale. Pas par grandeur d’âme. Non.
Parce qu’elle ne pouvait faire autrement.
Trop piquée, dépendante de son prochain détour, de sa prochaine erreur.
Scott, un pied dehors, Manius, un pied dedans : son cœur est un couloir ambulant. Elle non plus n’a pas de place pour deux, aujourd’hui, elle aime à demi. L’ombre d’Emfield encore sur l’oreiller. Elle lui pique un dernier baiser, murmure à son oreille une promesse au parfum menaçant : je serai cette femme. Peut-être aurait-elle pu utiliser le présent, mais elle sent qu’elle aussi, dans ce tourbillon malsain, a besoin de faire ses preuves.
Caecilia quitte la chambre et la douceur des draps pour se laisser couler sous une douche brûlante. Immergée, elle serre son corps un peu trop offert dans ses propres bras, dépose sa joue contre une épaule et lentement sourit malgré la sourde douleur dans sa poitrine.
Le temps de l’explosion reviendra bien assez vite ; elle savoure, sur sa peau, le souvenir encore présent des dernières caresses d’un mari-amant.
Message publié le 30/01/2026 à 17:24
Caecilia se fige alors qu’elle entend Prisca énoncer la première de ses règles pour éviter les tourments de l’amour. Petit flash de son corps dans les bras de Manius le matin même, les joues roses d’un plaisir coupable. Pas étonnant qu’elle ne parvienne pas à survire aux émotions qui la dévorent si elle se montre toujours si faible.
Une caresse pour se venger de Scott, une seconde pour garder Manius d’aller voir ailleurs. La petite fleur bleue a un parfum toxique, bien distillé dans le bon philtre, il s’agit d’un poison redoutable.
Oh euh, c’est peut-être déjà mort ça Pri. Regard coupable. Elle ne comprend pas pourquoi évoquer son abandon dans les bras du Fawley crée cette petite retenue en elle, même face à sa meilleure amie. Le bon mec pour elle, la joueuse a de ces formules. L’homme idéal, le grand amour, voilà à quoi aspire le romantisme de la tireuse, rien de moins que l’évidence faite couple. Peut-être qu’elle a vu trop de films, s’est trop accrochée à l’idée pour parvenir à se détacher vraiment d’Emfield et de sa stricte rationalité.
C’est qu’elle n’a jamais vraiment remis en question son couple.
N’a jamais pensé qu’il pourrait prendre fin malgré les nombreuses difficultés, dont un mariage arrangé.
Est-elle profondément naïve d’y avoir cru ?
Un simple passage dans les bras de Manius remet pourtant déjà en question les certitudes qu’elle pensait profondément ancrées. Parce qu’il existe d’autres lèvres, d’autres mots. Au fond, l’amour, elle n’y connait rien, commence à se demander si la dépendance nocive qu’elle appelait relation avec Scott ressemble vraiment à une histoire de cœur ou plutôt à une histoire de cul teintée de disputes plus ou moins violentes. Le constat la blesse profondément.
La jeune sorcière est plutôt réceptive aux mises en garde de son amie et pour cause, elle sait Prisca capable de mettre ses menaces à exécution. Elle se jure mentalement de faire une croix sur cette histoire de maternité vengeresse, même si elle reste intimement persuadée qu’il s’agit du moyen le plus sûr de porter un coup violent à l’égo de son sorcier d’ex-petit ami.
Caecilia sait pourtant qu’elle pourrait faire pire.
Faire volontairement un gosse à Fawley, par amour, voilà qui achèverait le Scotty. Malheureusement, ce plan est hors de sa portée. Elle se demande même si elle n’aurait pas besoin de faire la paix avec ce désir de vengeance pour fomenter cette dernière : ça n’a donc aucun intérêt.
Elle grimace en écoutant les conseils de son amie en matière de cheveux, pas vraiment convaincue. De toute façon, il est hors de question qu’elle coupe, ne serait-ce qu’un centimètre de peur qu’Emfield pense être la cause de ce changement capillaire et évidemment qu’il le serait ce petit enfoiré.
Prisca évacue la question de Quintus, mais Caecilia ne la lâche pas tout de suite : en fait, il a dit à sa fiancée qu’il ne pouvait pas supporter leur union parce qu'il était amoureux d’une autre femme, elle scrute la réaction de son amie, il a appris ses fiançailles en demandant à sa famille le droit de l’épouser ou quelque chose comme ça. Elle se demande ce que ça lui ferait si ses deux meilleurs amis venaient à sortir ensemble. Un amour de jeunesse, tu vois, c’est forcément toi.
Elle récupère avec bonheur les invitations que lui tend Prisca : une pour elle, une pour Quintus et… Bon, peut-être une pour Manius alors ? Merci ! J’ai hâte de t’y voir ! Caecilia pince les lèvres en se levant pour les ranger soigneusement dans un tiroir. Un peu déboussolée. Je fais de mon mieux Pri, elle soupire, le dos tourné. Son amie doit bien voir que ce n’est pas simple : elle s’est même carrément évanouie de chagrin il y a seulement quelques minutes. Je crois que j’ai vraiment peur de grandir.
Battements de cartes, battements de coeurs
Message publié le 30/01/2026 à 16:16
Caecilia Fawley est certes un peu paumée, mais pas vraiment innocente : si elle a pointé son museau par ces chemins tortueux, en réalité, c’est qu’elle espère bien y faire quelques mauvaises rencontres.
Un brin de fumée supplémentaire dans ses poumons, l’appât d’un visage non habitué de ces quartiers, comme un éclat d’or dans le charbon, cruelle illusion, simple morceau de verre effilé au milieu de la crasse ambiante. Le whisky est médiocre, elle s’y attendait. Palais presque trop délicat, habitué à d’autres mets, surtout avec lui, quand il est là. C’est peut-être pour ça que ça la révulse, le raffinement ambiant qui rime avec la perte de l’être aimé. Loin d’elle, Scott Emfield peut bouffer de la merde, la servir à sa femme, à son gosse, rire ensemble avec leur voix, leurs doigts gras.
Humains immondes.
Puis, une couleuvre, qui se faufile jusqu’à sa table, longs cheveux bruns autour d’un visage d’ange, sourire charmant, elle le toise une poignée de secondes avant de le lui rendre.
La solitude lui est, de toute façon, insupportable.
Les salons feutrés sont parfois quelque peu… étouffants. Silencieux, mornes, avec ces regards de biais : on y entend son propre cœur cogner. Il est si simple de s’y laisser lentement étouffer. Mais Caecilia n’est pas une chatte d’appartement. Elle virevolte, Eleftheria au bout des doigts, vibre au rythme d’un quotidien qui ne laisse pas de répit, exigeant physiquement et mentalement, ramenant une femme exténuée dans la demeure sans vie.
Peut-être est-ce pour détruire le bruit du silence que Scott a choisi de faire ce bébé ?
Il aurait dû prendre un chien.
Le serpent aux beaux yeux sait s’exprimer, ses mots glissent contre ses oreilles comme des caresses entre élégance et mystère. Il lui suffit d’un instant pour piquer sa curiosité, maigre exploit néanmoins face à une jeune mariée qui s’ennuie.
Caecilia, répond-elle pour achever les présentations. Un petit rire, elle continue à détailler le jeune homme aux paroles aiguisées. Traits fins, petit pantin ou marionnettiste confirmé : il l’amuse, elle l’adopte. Je vous en prie, je n’attends personne. Simple invitation, peut-être, ou vérité cruelle : oui, il est vrai que la jeune femme n’attend plus rien ni personne. C’est bien pour ça qu’elle est là ce soir, qu’elle est seule.
La sorcière s’amuse de son tour de passe-passe, contemple la lune gravée dans la paume de la main aux doigts fins. Elle ne cherche pas à savoir ce qu’il attend d’elle, si elle peut le décevoir en portant à nouveau le verre à ses lèvres, en expirant un peu plus de fumée. Caecilia plonge ses yeux dans les siens, brillants d’intérêts, soudainement rallumés par la flamme de la curiosité.
Alors, Monsieur Lucian, sourire léger, lisez-vous l’avenir ou vous contentez-vous du présent ? Être magnétique. Ses beaux yeux aimantés. Peu importe, j’accepte de déposer le mien entre vos mains, s’amuse-t-elle. Demain, il serait encore temps de regretter l’interaction, de se morfondre dans son quotidien plat et vide des bras aimés. Puis, c’est bien son genre de préférer une petite prédiction au lieu d’une bonne séance de psychothérapie. Alors, merde, Manius l’attendrait un peu plus tard ce soir.
Message publié le 30/01/2026 à 12:21
Tout est soudainement flou, Caecilia sent son cœur frapper si fort contre sa poitrine qu’il semble menacer de se décrocher. Au moins est-elle encore en vie. La douleur embrouille ses pensées, elle cherche une raison, ce qui la touche, la pousse à menacer son mari, comme un réflexe de survie. C’est donc à cela que tient la folie d’une femme : elle a trop appris à se méfier. Une seule certitude : les bras de Scott. Mais voilà qu’ils se sont eux aussi évaporés.
Peu devrait lui importer que Manius aime Ophelia, qu’il lui fasse l’amour, la caresse du bout des doigts. Il ne lui doit rien, que lui doit-elle ?
Touchée peut-être parce qu’il avait accepté l’étreinte de leurs corps la veille.
Coulée d’avoir cru, d’avoir imaginé ce que cela pouvait signifier.
Scott, doux murmure, coup de poignard en plein cœur. Mais Emfield n’a pas son odeur, sa douceur, sa chaleur ; il est si différent, comment a-t-elle pu confondre ? Ses mains sont moites, elle part à la dérive. Se laisse enlacer, bercer, ensorceler par le sorcier qui ose pointer sur elle sa baguette. Une nouvelle sensation de trahison avant la libération. Grande bouffée d’un air empoisonné, soudain, elle tousse violemment, pliée en deux. Les poumons ne sont plus capables d’assumer leur fonction première, elle non plus.
Cela peut pourtant sembler si doux d’exister.
Les prénoms tournent en boucle dans sa tête. Manius, Ophelia, Ophe-lia. Compulsivement, l’un puis l’autre. Elle va lui donner un bébé peut-être, mini Fawley bâtard, comme Manius voulait. Maman Ophelia va te lire une histoire : il était une fois un petit gobelin qui s’appelait Nagluk. Elle peut crever, là, tout de suite. Il était une fois une jeune sorcière mariée… based on the trust story.
Il était une fois… Elle peut le concevoir, l’envisager, mais alors la fin c’est quoi ? À quoi ressemble la clôture d’un récit sans Caecilia et Scott, Scott et Caecilia, mauvaise comédie romantique, bâclée, gâchée.
Il la tient.
Elle ne résiste pas.
Ses bras, plus fermes, qui serrent presque trop fort, comme si elle pouvait se casser là, qu’il lui fallait la retenir avant qu’elle ne vrille tout à fait. Elle aime qu’il s’énerve, lui parle franchement, la bouscule, ose lui dire enfin tout haut ce qu’il a dû taire tant de fois j’ai sacrifié sept années de ma vie pour toi ! Et elle, autant, peut-être même plus. Oui, elle est terrifiée, membres contractés, prêts à bondir, s’enfuir, chialer un bon coup s’il la lâche, s’il la laisse couler hors de son étreinte. Mais il la garde, contre lui. Alors, Caecilia ferme les yeux en intimant à ses larmes l’ordre de ne pas couler.
Ses mains contre son visage, ses cheveux, la caresse de doigts maladroits qui ne savent pas s’il fait bien, s’il le regrettera. La sorcière respire, idiote dans ce corps à peine caché, la mine défaite, la douceur froissée, toujours pleine des parfums de la veille, la silhouette un peu réparée. …aucun ami. Personne. Je n'ai que toi. Des bribes de discours saisies au vol.
Ophelia, articule-t-elle avec angoisse, le cœur au bord des lèvres, deux paires d’yeux clairs qui se croisent, se cherchent, se toisent, s’apprivoisent. Elle y cherche l’assurance de son erreur quand elle pense, quand elle sent que, femme ou amante, elle ne sera jamais le premier choix. Manius essaie de lui jurer le contraire, Caecilia tente de le croire.
Elle comprend que, sans lui elle n’a plus rien.
La fin de l’amour.
Elle observe à quel point cette idée lui est insupportable, presque autant qu’elle-même.
Alors, pour une fois, elle ne se fâche pas, ne se braque pas – ou presque pas. Pour la seule et bonne raison, peut-être qu’après sept ans de silence et de caprices, il est encore là. Elle veut le garder, qu’il ne soit qu’à elle, l’empêcher de retrouver cette autre, imminent danger d’une femme brillante qui lui ressemble, le comprend, parle le même langage, avec les mêmes tournures quand Caecilia lui crache à la figure des bouts de mots.
La sorcière ferme sa gueule.
Pose ses lèvres sur celles du mari fidèle.
Sans doute doit-il être perturbé, ne pas savoir quoi faire de la jeune femme qui le blesse pour mieux l’aimer. Avec ses doigts qui jouent avec les siens, sa bouche contre une joue, puis qui retrouve sa jumelle. Lui la caresse à peine, mais elle revient toujours à la tendresse depuis leur réveil ce matin. Cette fois, pas d’ambiguïté, c’est le désir tout entier, celui de l’urgence de récupérer un cœur dont elle n’avait pourtant que faire quelques heures auparavant.
Parce qu’elle ne supporte pas le rejet.
Qu’elle est terrifiée à l’idée de se sentir une nouvelle fois abandonnée.
Caecilia récupère ce corps qui, de droit, lui appartient, lui fait l’amour pour qu’il ne l’oublie jamais, colle son odeur de cigarette et de désir contre sa peau, qu’il ne puisse s’en débarrasser, enflamme chacun de ses nerfs pour défaire la pelote et tisser peut-être les prémisses d’une aventure à deux. Cette fois surtout, elle prend grand soin de ne pas prononcer, dans un soupir, le mauvais prénom : Scott Fawley, Manius Emfield, elle ne sait plus.
Message publié le 29/01/2026 à 23:01
Un enfant. À quoi ça rime ? Pas grand-chose pour la jeune femme. Elle ne s’est pratiquement jamais posé la question, pourquoi l’aurait-elle fait ? Un bébé pour déformer son corps, l’épuiser, hurler pendant ses précieux jours de repos ? Elle ne sait pas et pourtant il est évident pour elle que c’est pour ça, et seulement ça, que Scott a choisi de la quitter. Sans la grossesse de Vanessa, surement serait-il encore dans ses bras. Caecilia liste mentalement les qualités qu’elle possède au détriment de la femme d’Emfield : un inventaire in-ter-mi-nable. Tu entends Scott ? Mi-nable comme ta belle gueule.
Ainsi, Manius n’a pas envie qu’elle meure.
Bien, intéressant.
Cette pensée évoque même au sorcier quelque chose d’assez horrible que pour adopter ce ton dur qu’elle ne lui connaissait pas. Caecilia l’observe un peu différemment. Scott Emfield sera un mauvais père, ajoute-t-elle à la conversation, comme s’il était tout naturel de discuter au petit matin de son amant avec son mari. Toi j’sais pas. Elle scrute le jeune homme comme si elle étudiait ses qualités de futur papa. L’idée la fit légèrement rire, pour qui se prend-elle ?
La sorcière regarde son mari renverser du thé sur sa chemise, imperturbable. Qui est cet homme qui décide de gérer lui-même sa contraception ? Manius Fawley a finalement de quoi la surprendre agréablement… ou l’énerver avec sa fichue perfection trop prudente, c’est selon. Caecilia colle un baiser sur les lèvres du Fawley pour faire taire son trouble, qu’elle soit damnée si elle ne s’abandonne jamais plus dans les bras de cet homme-là.
Et vive les familles dysfonctionnelles, conclut la sorcière en aspirant une dernière bouffée avant d’éteindre la cigarette. Aux mots du sorcier, la jeune femme se pose sincèrement la question : déteste-t-elle Manius ? Aimerait-elle seulement le détester ? Probablement, mais elle n’y arrive pas, pas vraiment, son être lisse ne lui laisse pas d’accroche, si ce n’est ce péché originel commis il y a des années et sur lequel, au vu de la situation, il serait bien inutile de revenir à présent. Ça la fatigue qu’il parvienne à s’en vouloir plus qu’elle n’arrive à le haïr. Caecilia n’est pas douée pour cultiver une émotion en particulier ; son truc à elle, c’est plutôt de sauter très rapidement de l’une à l’autre avec l’énergie du désespoir.
Et ce matin, c’est curieux, elle se sent un peu près bien avec cet étranger, mieux qu’elle ne semble l’avoir été pendant sept ans. Peut-être fonctionne-t-il vraiment comme un pansement sur son cœur meurtri ?
Il faudrait peut-être qu’elle le lui dise, oui.
Prisca approuverait et la joueuse a toujours raison. Le Choixpeau aurait peut-être dû l’envoyer à Serdaigle finalement.
La jeune mariée ouvre les lèvres pour ajouter quelque chose, mais, sans doute perdu dans ses souvenirs, Manius enchaîne sur la question de l’emploi. Comme d’habitude, cette charmante complaisance à l’égard de ceux qui lui claquent la porte au nez. Peut-être que ça lui plait finalement, qu’elle devrait continuer. L’idée la fait amèrement sourire, mais elle n’a pas le temps de se moquer que son cerveau capte quelques mots à la volée.
Le visage de Fawley dispersé, un regard dans le vague, un demi-sourire voilé.
Et le cœur de Caecilia, qui se décroche, tombe dans sa poitrine et s’explose en mille morceaux.
Ophelia. Une collègue, une femme qui partage son espace de travail, pose ses yeux sur Manius, pense sans doute qu’il mérite mieux. En un éclair, une image. Ophelos, l’aide : son secours. Deux yeux de biche pour ce pauvre monsieur Fawley, brillant historien par ailleurs, et vous comprenez, son épouse oui, qui ne voit pas, ne sait pas sa chance. Elle envoie valdinguer le matériel d’écriture. Doigts blancs à force de serrer Eleftheria qu’elle presse contre la gorge du sorcier soudainement cloué au lit par sa femme qui l’y neutralise sans préavis. Des yeux de haine pure, la respiration haletante, violente, cruel miroir de la veille. Caecilia… tremble ?
Vanessa, Scott, Ophelia, Manius, âmes jumelles, petites vies bien rangées. T-tu vas m’abandonner, toi aussi, tu… Elle se sent soudain stupide d’avoir cru à sa droiture, ses vêtements repassés, sa mine appliquée. Son mari est comme l’autre : l’aime, mais pas assez, la veut pour ensuite la jeter. Caecilia n’est la femme de personne, seulement la catin dont on se débarrasse et il ne vaut pas mieux que l’autre. Est-ce pour ça qu’il lui a parlé de divorcer ? Regard perdu, soudain troublé, les yeux qui coulent tout seuls. La tireuse lâche sa prise, effrayée, une main contre sa gorge parce qu’elle n’arrive plus vraiment à respirer. Putain.
Message publié le 29/01/2026 à 17:50
Une fin de journée infernale, tout son corps la fait souffrir, de quoi relativiser la douleur d'un coeur brisé. Ça lui fait du bien. Caecilia a déconné ces derniers temps et le paie au prix fort, ses membres courbaturés ont eu du mal à soutenir les entrainements de la journée et elle pourrait se damner pour un jour de repos supplémentaire. Marid s’est bien foutu de sa gueule pendant toute la séance, elle réfléchit à se venger. La jeune tireuse ne sait pas comment cet homme-là tient : ce n’est pourtant pas le dernier à picoler. Il n’y a pas de justice, ou bien elle a ses règles, peut-être, oups pas d’héritier pour cette fois.
Et quelle tête lui ferait son collègue si elle se ramenait un jour comme ça avec un mioche dans les bras. La petite Caecilia qui pond son œuf, bah alors, c’est qu’on n’y aurait pas cru comme ça. Pas facile de passer d’une unité d’élite magique au changement de couches, hein ? Elle le voit déjà. Ça la fait sourire.
La sorcière clopine jusqu’à la maison. Quelques heures sup’, elle est en retard, Prisca doit déjà être à l’intérieur avec Manius. Drôle de décor qu’elle n’est pas sûre de pouvoir tirer à son avantage. Caecilia s’allume rapidement une cigarette pour finir le trajet. Elle sait bien qu’une fois cette porte passée, s’en sera fini de cette possibilité. Voilà qui ne va pas l’aider à mieux performer, mais tant pis, elle a besoin d’un moment de détente avant d’affronter ce drôle de couple formé par sa meilleure amie et son mari. Une armée de gens autour d’elle qui veulent ce qu’il y a de mieux pour sa tête de mûle, sauf que voilà, en ce moment, il n’y a que la clope qui lui fait du bien.
Il est temps de passer la porte d’entrée. Caecilia ferme un instant les yeux pour profiter de la morsure du froid avant de tourner sa clef dans la serrure. Elle retire son manteau et enlève ses chaussures dans l’entrée pour éviter de froisser son mari. Un cri retentit dans le salon, la voix de Manius ? La jeune femme débarque dans la pièce, baguette à la main, toise Prisca et… la batte qu’elle a prise avec elle ? Les mouvements trop brusques de son corps ravivent la douleur de ses muscles fatigués. Qu’est-ce que tu fous Pripri ? Elle rit, s’approche de son amie pour l’enlacer, prête à se prendre un coup de batte à son tour quand celle-ci aura senti l’odeur de la fumée.
Manius, un regard un peu trop intense pour une femme qui ne sait pas comment agir en public avec ce mari que l’existence lui a attribué. Caecilia soupire, libère ses cheveux coincés en queue de cheval et joue distraitement avec sa baguette en se servant un grand verre d’eau, oui, oui, ça lui arrive. Alors, vous parliez de moi ? La jeune sorcière se retourne, toise le couple fortuit en vidant le liquide au fond de son estomac. Ça lui fait un bien fou.
Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant la manumagie !
- Sortilège
- Sortilège de Combustion
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 7
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 3
Caecilia s’allume rapidement une cigarette pour finir le trajet.
Autres résultats possibles
Caecilia s’allume rapidement une cigarette pour finir le trajet.
Caecilia tente de s’allumer rapidement une cigarette pour finir le trajet. Ses doigts ne veulent pas coopérer, sont-ils de mèche avec Prisca ? Peu importe, elle sort un briquet.
Caecilia tente de s’allumer rapidement une cigarette pour finir le trajet. Ses doigts ne veulent pas coopérer, sont-ils de mèche avec Prisca ? Peu importe, elle sort un briquet.
Message publié le 29/01/2026 à 16:53
Lui ne veut pas qu’elle soit complaisante, elle pourrait mourir de rire. Manius l’homme complaisant par excellence, c’est du propre. Elle ne cherche pas à comprendre, peut-être devrait-elle ? Aucune idée. Ça devient une habitude de monter des suppositions en château de cartes dans son esprit avant de tout balayer par flemme, pour éviter de trouver le nœud du problème qui pourrait l’aider à mettre le doigt sur une série de solutions. Mais non, Caecilia est là, planté sur ses deux longues jambes, à côté d’une fenêtre entrouverte par laquelle elle crache ses poumons. Son corps a refroidi, matin amer, loin des bras de ce mari, drôle d’amant d’un soir.
Caecilia se demande si vraiment elle était la bonne personne pour recueillir le petit oiseau blessé de Quintus, la bonne ou la seule ? Tout était possible, c’était facile après tout, le Bulstrode n’allait pas l’envoyer chez Prisca alors que, selon les dires de la môme, il en était probablement bleu. Cette idée la fait sourire un peu. Manius est légèrement acide ce matin, il se moque gentiment de son propre mariage. Sa réaction lui plait bien : quitte à rentrer dans ce petit jeu de merde, autant qu’ils soient tous les deux lucides sur leur condition. Tant mieux si l’Égyptienne s’était remise de sa rencontre, ça éviterait à la sorcière de refaire une séance de babysitting improvisée. Elle n’a aucun conseil à donner, sinon elle n’aurait jamais fait l’amour à Fawley il y a quelques heures à peine. Ce mariage n’a aucune espèce d’importance pour elle, ce ne lui a pas semblé être le cas de Neith.
C’est drôle, Caecilia, elle aime bien la façon dont son prénom résonne entre ses lèvres, elle n’avait jamais remarqué. La jeune femme plisse les yeux pour détailler le visage de Manius. La clope la calme un peu, petite dose de chaleur au bout des doigts. Le désirer oui, elle a découvert qu’elle en était étrangement capable pas plus tard qu’hier. Ça l’amuse de le voir s’emmêler dans ses propres paroles, voilà pourquoi elle évite de trop discuter. Regard dans le vague, l’héritier, c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit entre eux, un mioche pour grand-père Fawley, cet homme qui ne la jamais aimée, ne l’aimera probablement jamais et pour cause, quelle idée d’avoir comme belle-fille Caecilia Rowle, la dégénérée.
Ta famille te déteste pas trop de m’avoir épousée ? Hors contexte, mais voilà : elle a une question en tête, faut bien qu’elle la pose, sinon ça sert à quoi d’avoir des lèvres en fait ? À part peut-être lui piquer quelques baisers. Elle hausse les épaules, feint l’indifférence : comme tu veux, mais, vu où il est destiné à naître, je sais pas si on peut vraiment lui éviter les emmerdes elle reprend le terme qui sonne si faux dans la bouche de Fawley, s’en moque un peu. Une poignée de secondes file pour la contemplation du curieux tableau que les époux s’offrent ce matin. Aucun putain de sens, mais le désordre lui va bien au teint.
Caecilia retourne s’asseoir près de Manius mal à l’aise avec son plateau, elle attire la baguette du sorcier à elle avant de la lui tendre. Tiens. J’sais pas si j’veux un gosse à aimer. De but en blanc. Avec Scott j’voulais pas. Ça, elle en était sûre. J’ai peur de euh bah de crever quoi. Petit rire sans joie, puis un regard un peu trop sérieux, ça t’libère si j’meurs toi ? puis sans transition : arrête de t’excuser avec tes beaux mots, j’ai compris, j’te pardonne, petit geste de la main, magnanime. Elle n’en peut plus de l’entendre se flageller. On les remettra quand on s’ra prêts. Voilà, sage parole, Prisca serait fière d’elle. Je comprends pas qu’il t’ait pas embauché, en fait, ça la dépasse carrément, Manius Fawley, professeur d’Histoire de la Magie, ça tombait sous le sens. J’suis désolée pour toi, un instant de réflexion tu veux que j’élimine celui qui a pris ta place ? Elle rigole à moitié. Que doit penser cet homme alors que sa carrière et son couple battent de l’aile à l’unisson ? Soudainement, ça lui fait de la peine. Caecilia expire un peu de fumée avant de lui déposer un baiser sur la joue : ils te méritent pas, elle non plus.
Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant la manumagie !
- Sortilège
- Sortilège d'Attraction
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 19
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
elle attire la baguette du sorcier à elle avant de la lui tendre.
Autres résultats possibles
elle attire la baguette du sorcier à elle avant de la lui tendre.
elle tente d'attirer la baguette du sorcier à elle, impossible : elle doit cruellement manquer d'énergie. La jeune femme fouille dans les pans de sa robe toujours au sol pour retrouver l'arme avant de la lui tendre.
elle tente d'attirer la baguette du sorcier à elle, impossible : elle doit cruellement manquer d'énergie. La jeune femme fouille dans les pans de sa robe toujours au sol pour retrouver l'arme avant de la lui tendre.
Message publié le 29/01/2026 à 15:49
Avec Prisca, tout est plus doux, plus sûr, même un cœur blessé. Caecilia profite, se nourrit de sa présence avant que le devoir ne la reprenne, que la demeure ne se vide de la compagnie si rassurante d’une amie, d’une sœur. Il y a définitivement trop d’hommes dans l’existence de la jeune sorcière, il faut qu’elle y remédie. J’sais pas comment t’évites Pri, j’te jure ça me prend à la gorge, impossible de m’en débarrasser. Et puis, en même temps, sept ans, ce n’est pas rien, presque une demi-vie pour la jeune femme, un si grand morceau d’elle offert en pâture au néant. Après tant d'années, tout la ramène à lui : les bruits, les odeurs, les lieux, les objets. Il faut qu’elle cesse, qu’elle arrête son cerveau, qui prend forcément les chemins mentaux qui mènent à lui, la conduise à y penser de manière presque compulsive.
Elle rit quand Prisca lui parle de ses avances à son mari. Qui, avant elle, avait donc bien pu se glisser dans ses bras ? De toute évidence, elle ne pouvait pas être la première. Alors elle lui souffle, les joues roses, la tendresse, le plaisir, comme si elles n’étaient que deux adolescentes en pleine séance de confidence, qu’elles parlaient d’un petit crush d’un soir et non d’un homme marié, à l’une d’entre elles qui plus est. Tu penses que je serais une mère de merde Pri ? Si quelqu’un peut le lui avouer, c’est bien elle. Puis merde, ça remonte les larmes dans ses yeux. Tu penses que c’est pour ça qu’il m’a quittée ? L’envie de crever soudain, ses phalanges trop blanches autour d’Eleftheria, comme pour se protéger d’un ennemi invisible, sournois, insidieux : le virus de l’amour qui se mue doucement en haine dans son cœur. Qu’allait-il rester d’elle après ça ?
Manius qui veut qu’elle lui fasse un enfant par envie, par amour peut-être sûrement. Elle n’a pas envie d’un mioche, juste peut-être de lui : est-ce qu’elle n’a pas le droit de faire d’une pierre deux coups ? Elle voudrait lui donner ce qu’il souhaite, comme un crachat à la gueule d’Emfield, mais ne sait même pas si elle pourrait arrêter la clope. Ses pensées s’égarent vers le sorcier. Et quand il sera rentré de sa petite course, que se diront-ils ? Dormiront-ils à nouveau ensemble cette nuit ? Si seulement communiquer faisait vraiment partie de ses capacités.
Oui… Manius, songeuse, regard dans le vide. S’entendre ? Non, pas vraiment : ils ne parlent pas la même langue, c’est évident. Ils ne désirent pas la même chose, ne fonctionnent pas de la même façon ou bien c’est juste elle, parce qu’elle est un peu tordue et fait tout foirer sciemment : pour ne pas avoir la pression d’essayer de bien faire, elle préfère se saboter directement. Pour le moment, ça lui réussit plutôt bien, elle est même parvenue à faire vriller le bon garçon. J’pense je vais le rendre fou, mais grimace un peu malhonnête, j’fais pas vraiment exprès.
Elle pense à se resservir un verre, abandonne rapidement l’idée, joue avec les cheveux de Prisca. J’l’aime pas, elle déclare ça comme une gosse devant son assiette d’épinard, bébé capricieux, fatigué qu’on ferait bien de foutre à la sieste rapidement. Tu penses pas que j’devrais me recouper les cheveux ? Superbe diversion, de quoi prendre au piège une athlète de son niveau, c’était plutôt bien joué. Caecilia glisse ses doigts dans ses propres mèches, les remonte pour jauger à la mine de son amie la tête que ça lui ferait, puis les laisse retomber. Non trop chiant un carré pour le boulot, j’pourrais plus les attacher. Oui voilà, bonne idée pour se déconcentrer des problèmes importants. Ça la tente pas de devoir jouer les femmes matures, elle préfère s’amuser avec son amie : d’ailleurs, selon une source sûre, j’pense bien que Quintus est amoureux de toi depuis des années, grand sourire malicieux, votre petite partie de jambes en l’air a dû le marquer. Un peu de légèreté et du baume sur le cœur.
Message publié le 29/01/2026 à 13:33
Manius est là ce soir, le jeune sorcier avait prévenu : à présent, il serait dans les parages, finies les expéditions, il fallait survivre à ces soirées à deux. Plus douces, peut-être, que par le passé. Pas assez, cependant, pour lui faire oublier la présence d’Emfield, autrefois affalé dans les mêmes pièces, marchant dans les mêmes couloirs, emprisonné dans les mêmes draps. Même, même, même, m’aime ?
Non.
Caecilia a pris pour habitude de fuir comme si, absente, elle ne pouvait pas faire de tort ou prendre la responsabilité d’une relation blessée. Fawley avait ses livres, ses questions, ses recherches, elle se sentait de trop, entre les bouts de papier, les mines froncées. Pourquoi l’avait-il choisie ? Puisque, après tout, c’était bien un choix, pour lui, pour elle peut-être aussi, qui n’avait pas saisi l’occasion du divorce. À moins que ça n’ait été qu’une fausse proposition, un nouveau piège pour mieux la garder.
Elle ne sait pas.
S’en fiche.
Claque cette putain de porte.
Encore le cœur, la tête trop occupée par des hommes médiocres, comme si elle n’était pas capable de penser, d’envisager autre chose que cet écartèlement permanent entre son cœur et son cœur aussi. Peut-être. Un peu. Aucune idée. Elle transplane, crac, loin de la demeure, proche d’une autre qui ravive d’anciens souvenirs. Pré-au-Lard, Les Trois Balais. Elle n’y trouvera pas Scott, plus Scott, mais des bribes de passé peut-être, des premiers baisers hors de l’enceinte du château, le ton qui monte, les caresses qui apaisent autour d’un verre. Ça la saisit quand elle passe la porte, ces fantômes étranges qui l’enveloppent dans une douleur apaisante. Elle connaît cet enfer, il la rassure.
Caecilia s’installe au comptoir, il lui faudra quelque chose de plus fort qu’une bièraubeurre pour tenir le coup. Elle pense à Emfield, à Manius encore, et cherche à les chasser tous les deux de son esprit, sans grands succès, l’estomac retourné, la poitrine en vrac. Qu’on l’aide à affronter cette soirée morne où Madame Fawley se retrouve encore esseulée dans un bar, loin de chez elle, avec cette horrible envie de fumer.
Battements de cartes, battements de coeurs
Message publié le 29/01/2026 à 11:43
Jeune femme dans ruelles sombres, un refuge inhospitalier, un peu fortuit, un peu choisi. Caecilia cherche encore, comment reprendre sa vie en main, noyer le chagrin, fuir les yeux abattus du mari Fawley, chercher ce qui lui ressemble : âme en peine, être solitaire, esseulée. Elle s’offre aux dés du hasard, arpente les chemins infâmes, mal famés pour se donner l’impression de décider quelque chose. Femme adultère au jeune cœur brisé, elle ne sait pas ce qu’elle fait là, n’a pas envie de repartir.
Manius aux mains tendres, à l’attitude distinguée, la hante, sale entre ses bras, trompeuse trompée. Elle a peur de devoir se montrer à la hauteur, de s’engager dans la lumière non, elle préfère l’ombre qui la cache, l’enlace, fait d’elle un fantôme un peu triste qui cherche sa place, un dernier regret peut-être pour la maintenir enchaînée à ce bas monde troublé.
Elle n’ose plus en parler, pas à Manius, pas à Prisca, pas à Quintus, parce qu’elle sait qu’elle est en boucle, coincée dans le regret, à fermer les yeux pour ne pas imaginer le ventre de Vanessa qui s’arrondit, Scott qui la lui préfère, qui a abandonné sa silhouette fine, son regard de braise : il devait sans doute trop le consumer. Tant pis, elle se le répète, mais ça ne rentre pas, ne veut pas rentrer. Il n’y a rien à faire, la vie est courte et le deuil est long. Combien de semaines encore avant la fin de la douleur, combien de mois encore avant la naissance du petit Emfield.
Il faut construire, c’est ce qu'il lui demande, du durable, du réel, pour être sûr de sa décision, mais on n’est jamais sûr, jamais vraiment avant de savoir, de sentir un mioche, son mioche. Manius sait faire, brique par brique, il donne, il propose, rétropédale et recommence alors qu’elle tourne en rond, voilà oui, sur elle-même, la même boucle, les mêmes plaintes, la même douleur : ça la rend folle.
Elle lui a dit Je sors et il ne l’a pas retenue, ne la retient jamais parce qu’il l’a déjà trop enfermée. Alors elle a tourné les talons avec l’espoir que sa main l’attrape, l’enveloppe lui répète que ça va aller, qu’elle n’a pas besoin de ça, qu’elle l'a lui maintenant, qu’ils passeront au-dessus de la souffrance à deux. Puis elle l’aurait sans doute remballé, critiqué, détesté, aurait pu hurler, pleurer, insulter. C’est peut-être parce qu’il le sait qu’il la laisse partir, la laisse se noyer, parce que Caecilia Fawley est de toute façon un peu trop compliquée.
Un bar sur sa droite, la sorcière entre, dépose ses fesses à une table, l’âme vague. Elle joue, dans la poche de sa cape avec un bout de bois, arme un peu trop puissante, dissimulée sous le vêtement, commande un whisky, même s’il y en a chez elle, que celui-ci sera sans doute moins bon, mais, ce soir, il aura le goût agréable de la liberté. Puis elle allume une clope, du bout de ses doigts, regard dans le vide, le bar sent la maison.
Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant la manumagie !
- Sortilège
- Sortilège de Combustion
- Difficulté
- 4
- Résultat D20
- 19
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 10
Puis elle allume une clope, du bout de ses doigts, regard dans le vide, le bar sent la maison.
Autres résultats possibles
Puis elle allume une clope, du bout de ses doigts, regard dans le vide, le bar sent la maison.
Puis elle tente d'allumer une clope, du bout de ses doigts. Échec, elle y renonce, regard dans le vide, le bar sent la maison.
Puis elle tente d'allumer une clope, du bout de ses doigts. Échec, elle y renonce, regard dans le vide, le bar sent la maison.
Message publié le 28/01/2026 à 22:13
Manius n’a pas remis son alliance, elle le remarque seulement quand il l’attire contre lui d’un bras passé derrière elle. Les épaules découvertes de la jeune femme n’opposent pas de résistance à son geste. Elle dépose sa tête quelques instants sur le corps de son époux. Le café est amer, ça la fait grimacer, mais c’est comme ça qu’elle l’aime. Comme si rien ne pouvait être doux autour d’elle, qu’il fallait toujours un peu de brutalité, qu’elle ne se sentait pleinement vivante qu’une fois secouée.
Les paroles du jeune homme coulent sur elle avec tant de tendresse qu’elle frissonne, dérangée. Elle déteste cette façon qu’il a de marcher sur des œufs, d’aller toujours dans son sens ou dans le sens de ce qui serait le mieux pour elle. Par-dessus tout, elle exècre admettre qu’il a raison parce qu’elle se sent débile, elle, de ne pas arriver à appliquer ses raisonnements logiques, ses sages conseils, de s’exprimer à moitié, avec difficulté, de ne pas savoir rivaliser avec la douceur des mots qui lui sert comme autant d’évidences, comme ce petit-déjeuner, ses vêtements jamais froissés, son corps parfumé à la propreté.
Ça lui rappelle qu’elle a rien à foutre là, qu’elle ne le mérite pas, n’a pas envie de mériter ce prince charmant, trop galant, élégant qui ne lui ressemble pas. Peut-être parce qu’elle ne sait pas répondre, qu’elle préfère insulter son amant, lui hurler dessus pour garder le contrôle dans une discussion qu’elle maitrise. Emfield n’a probablement aucune idée de la couleur de ses fleurs préférées ou de comment elle aime prendre son café, parce que, quelque part, ils n’ont jamais vraiment eu droit à leurs matins.
Caecilia ne peut s’empêcher de se demander chaque fois si ce n’est pas un piège, un moyen de l’amadouer, de prendre d’elle ce qu’il veut avant de ne plus en avoir besoin. Puis ces propositions délicates, ses préventions adroites lui donnent l’impression d’être une enfant capricieuse dont il faut s’occuper. Est-ce donc ce qu’elle est pour lui ? Une gamine ingérable aux yeux boudeurs de laquelle il ne peut que céder. Allumer sa clope la démange, mais elle ne veut pas cracher sa fumée dans les bras de Manius, à croire qu’elle est bien là. Fais chier, c’est quoi encore ça ? Puis une caresse, elle ne comprend pas pourquoi le contact de Fawley la calme un peu et ça l’énerve. Ptahchepsès, dans quel cadre a-t-il bien pu rencontrer la petite Neith de Quintus ?
T’es trop gentil Manius… ça ne sonne pas comme un compliment. T’as le droit d’me trouver chiante, elle soupire, joue avec la main de son mari dénuée d’alliance, je sais que j’suis insup. Petite moue. Oui, Neith, pas trop concentrée, pas trop concernée, l’attention fixée sur cette main sans bague. Pas tout à fait. Quintus l’a envoyée par portoloin dans le salon au beau milieu de la nuit il y a quelque temps, quelques euh semaines peut-être ? Elle se désintéresse des doigts de son époux pour terminer sa tasse de café. La petite était totalement déboussolée, ajoute-t-elle sans aucun égard pour la réputation de la môme du Bulstrode. Elle se rappelle néanmoins de penser à confronter son ami à ce sujet. Apparemment, ils se sont donné rendez-vous en tête à tête pour apprendre à se connaître. Elle continue, amusée de dérouler ses ragots à son mari. Mais ils ne se sont pas trop appréciés. Caecilia hausse les épaules, Quintus doit avoir une bonne explication, elle attend simplement de connaître laquelle. Le pauvre petit chat, ajoute-t-elle comme pour elle-même.
Caecilia abandonne sa tasse de café vide pour récupérer sa baguette. Elle t’a fait bonne impression ? La fatigue l’écrase encore un peu, elle en a marre de jouer à la dinette comme si tout était normal, qu’elle ne venait pas de consommer son union la veille, près de sept ans plus tard pour se venger de son amant. Sa vie n’avait définitivement aucun putain de sens. T’sais je suis vraiment d’accord, hein elle se décale un peu pour happer son regard, voir sa réaction, pour l’héritier, elle ajoute, vu que jusque-là c’est juste obscur, j’sais que c’est pas toi qui veux, mais fin voilà. Pas étouffée par l’éloquence en tout cas.
La sorcière à demi nue, les cheveux emmêlés, un regard un peu perdu miroir d’un cœur un peu brisé qui propose à son mari sans alliance de lui faire un bébé, tableau charmant, oui vraiment convainquant. Elle grimace. Par contre, oui, peut-être qu’on devrait pas remettre ces bijoux tout de suite si on veut euh s’apprivoiser ? Allez c’est trop pour elle, non vraiment, cette discussion n’a aucun sens. Caecilia quitte ses bras, ses draps pour enfiler rapidement de quoi se couvrir avant d’allumer sa foutue clope, le regard dans le vide, retour à la fenêtre, paysage morne. Peut-être qu’elle veut pas un gosse, peut-être que c’est juste une excuse débile pour qu’il caresse à nouveau de sa délicatesse, de ses mains trop propres, trop soigneuses son corps de femme larguée. Fais chier.
Message publié le 28/01/2026 à 20:40
Quintus ensanglanté, Prisca sur lui. Caecilia reste un instant interdite, dévisage son amie comme si elle la voyait pour la première fois. Il faut qu’elle oublie cette scène, ce cauchemar, cette folie qui n’a pas de sens, n’en a jamais eu, ne doit jamais en avoir. Elle tremble encore. Pas Prisca sur qui on peut compter, qui n’abandonne pas, qui est là, dernier rempart entre elle et la folie, dernier espoir de voir l’ordre rétabli. Elle se laisse porter, ne dit rien, ne pense rien, espérant que, très vite, si vite, le visage du Bulstrode en sang s’efface à tout jamais de sa mémoire. Elle ne veut pas savoir, non, non, non.
La douceur des bras de Prisca, nouvelle preuve d’amour de sa camarade, et, bientôt, elle n’aura plus besoin de se dire qu’il n’y a qu’elle sur qui elle peut compter, que le reste du monde lui veut du mal, se joue d’elle est traitre comme eux tous, les autres, ceux qui avaient des droits, mais surtout tellement de devoirs dans les relations qu’elle a partagées. Caecilia ferme les yeux : elle ne veut pas voir son amie pointer sur elle sa baguette pour l’ensorceler.
La jeune sorcière voit un instant trouble en se réveillant sur le fauteuil du salon. Elle fronce les sourcils : Quintus a disparu et Prisca. Prisca a l’air d’incarner la souffrance. La jeune femme tente de se redresser, elle sent sur ses joues le poids des larmes séchées. Pri ? Je… où ? Son amie lui explique : un malaise ? Par Merlin je… Il lui semble avoir sous la langue un goût acide, la nausée peut-être. Wow Pripri ce Déboussolée, le cœur qui bat encore un peu trop vite, toujours aussi déchiré. Elle inspire, expire, tente de retrouver des gestes professionnels pour se calmer, fond dans les bras de son amie. Ça craint les chagrins d’amour. Léger sourire. Désolée de vous euh de t’embêter avec ça. Sa tête tourne encore un peu.
Quintus est trop gentil, je savais que je pouvais compter sur lui. Elle ferme les yeux, lovée contre son amie. J’ai de la chance de vous avoir. Caecilia se sent un peu mieux dans les bras rassurants de Prisca. Même sans Scott, le monde continue de tourner, ce qu’elle se dit à ce moment précis. Emfield ne la mérite pas, ils le lui ont dit, il perd au change, tant pis pour lui. Mais le temps lui semble long avant d’imaginer accepter de revoir l’ancien Gryffondor avec son mioche, de cesser d’espérer qu’il reviendra à l’improviste lui offrir son corps adultère dans la demeure des Fawley. Son premier amour, peut-être son dernier. Elle soupire, passe une main dans ses cheveux.
Merci, Pripri, je t’aime fort, souffle-t-elle sans lâcher la joueuse qui doit en avoir assez de supporter sa Nem-nem accrochée à elle telle une moule à son rocher. Caecilia s’écarte un peu. La douleur de l’aveu quelque peu passée, elle se sent plus légère. Au fait, puisqu’elles étaient entre filles, figure-toi que j’ai couché avec Manius hier, un peu de malice dans le sourire, comme quoi tout arrive. C’est drôle cette pointe de gêne qui teinte doucement sa voix, inhabituelle même, comme ces joues qui rosissent légèrement, les siennes. Bah c’était, elle tapote du bout des doigts sa baguette qui ne la quitte pas c’était pas mal.
Message publié le 27/01/2026 à 18:54
La douceur des draps contre sa peau la maintient dans une demi-somnolence quelques instants de plus. Elle n’a pas envie d’ouvrir les yeux, pas tout de suite, sent à peine son corps encore brûlant de sommeil, ses mains qui cherchent la fraîcheur d’un oreiller contre sa joue. Caecilia sait qu’il doit, sans doute, quelque part, à ce moment précis, faire jour puisqu’une poignée de rayons de lumière glissent jusque sous ses paupières, mais pas dans son monde, pas tout à fait. Elle sent la main de Scott caresser un instant ses cheveux, ses lèvres contre son front, elle sourit un peu, tourne son visage vers celui d’Emfield pour lui voler un baiser et
Bonjour. Tu veux prendre le petit-déjeuner ? Ses yeux s’ouvrent, léger sursaut, elle cille quelques fois pour comprendre ce qui se joue face à elle. Manius Fawley, son corps un peu trop découvert dans le lit défait et puis, soudain, une violente douleur qui lui lacère la poitrine : la dureté de la réalité lui saute à la gorge. Elle se redresse légèrement, porte une main à ses tempes, ses yeux se posent sur le paquet de clopes tant pis, elle en attrape une, croise le regard de son mari, se retient de justesse de l’allumer.
Les souvenirs de la veille déferlent alors qu’elle replonge dans le bleu d’un visage qu’elle a trop embrassé pour continuer à le taxer d’étranger. Manius… Bonjour. Il est là, face à elle, avec son indéfectible élégance, même au petit matin, lavé de ses démons de la veille, ou peut-être pas, peut-être qu’il a lui aussi ce matin une sourde douleur dans le cœur. Caecilia pense à ce qu’aurait été son réveil, seule dans cette chambre, son mari dans une autre pièce, craignant de la déranger, comment se serait-elle sentie alors ? À reprendre connaissance dans un lit vide, seule avec sa toute nouvelle souffrance ? C’est bête, mais elle se sent moins esseulée à ses côtés.
Alors, elle lui sourit doucement, t’as du café ? La cigarette tourne entre ses doigts, son autre main cherche la baguette qu’elle ne quitte pas, jamais ou seulement hier soir, peut-être qu’elle l’a laissée là-bas, avec cette robe et elle a vraiment mis cette robe ? Rire léger. Tu-tu peux me passer ma baguette s’il te plait ? Une pointe d’urgence dans la voix. Pas de quoi la couvrir, non, elle veut Eleftheria. Manius ne doit sans doute pas comprendre son trouble, elle se demande pourquoi elle n’attire pas l’arme à elle d’une simple formule concentrée dans le bout de ses doigts. Peut-être son inconscient souhaite-t-il témoigner à Fawley un brin de confiance.
Caecilia s’est endormie avec une curieuse sensation d’apaisement, elle a l’impression de toujours sentir sur sa peau les caresses de son époux, presque en retard de quelques années. Son corps meurtri par la trahison de la veille semble étrangement soulagé. Elle se souvient de la tendresse, d’un désir et d’un plaisir nouveau. Manius n’est pas Scott, ne le sera jamais même si elle ferme les yeux aussi fort qu’elle le peut, mais cette nuit semble lui avoir appris que l’envie pouvait avoir plusieurs visages.
La sorcière se sent soudainement laide. Elle imagine ses cheveux en pagaille, le maquillage qui a sans doute dû s’étaler sous ses yeux, ses traits tirés par les pleurs, son teint affreux. Manius ne doit pas la voir comme ça non, il la trouverait monstrueuse et depuis quand ça l’inquiète ? Caecilia fronce les sourcils, je dois être affreuse, coup d’œil anxieux et toujours cette fichue douleur au cœur qui ne la laisse pas tranquille, elle grimace, le départ d’Emfield, les larmes lui montent aux yeux pardon, je crois que j’ai le cœur brisé et elle le dit au sens littéral parce que c’est ça qu’elle ressent à cet instant. Regard posé sur le petit-déjeuner, merci… pour tout, pense-t-elle, ce-ça t’embête si j’fume ? Un peu nerveuse, un peu honteuse, mais étrangement, communiquer semble presque facile ce matin.