Femme
22 ans
Sang pur
Britannique
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : Nem-nem, Cae, Lili
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 23/01/2026 à 17:07
Vocabulaire injurieux
Scott Emfield ne sourit pas ce soir, il a l’air nerveux, peut-être plus troublé que d’habitude ; un comportement étrange pour la tête aux boucles claires lovée dans les bras de son amante. Caecilia n’aime pas sa mine froncée, lui a déjà dit, mais il ne peut s’en empêcher. Un affreux pli barre ce front soucieux que la jeune sorcière caresse du bout de doigts. Elle embrasse ses traits pour tenter de lisser ce visage d’ange, le visage de son ange. Cela fait plus d’un mois qu’elle ne l’a plus vu. Trop occupé, avait-il dit, elle n’en croit rien : ses yeux mentent mal. Caecilia les connait bien, elle déjà trop de fois couvert d’amour ce regard d’habitude si doux, aujourd’hui préoccupé. Il ne veut pas cracher le morceau et ça la fait chier.
Ça fait quelques mois, peut-être quelques années que leur relation bat de l’aile, qu’ils s’engueulent puis font l’amour et tout est pardonné. Aujourd’hui, pas de cris, pas de conflit. Il était si tendre qu’elle redoute le pire. Caecilia lâche un soupir exaspéré et repousse le corps de son amant muet. Va crever Scott, crache-t-elle sans délicatesse avant de sortir de ses draps, de ses bras. Elle enfile un t-shirt trop ample et ouvre brusquement la fenêtre de sa chambre. La demeure des Fawley reste silencieuse, Manius est à nouveau en déplacement. La sorcière allume une cigarette du bout de ses doigts. Elle expire la fumée dans l’air glacé de l’hiver. Scott geint à l’autre bout de la pièce : ferme ça, tu vas choper la crève. La jeune femme se retourne, le toise, claque la langue contre son palais. Ma santé t’intéresse à nouveau ?, susurre-t-elle, regard noir. Elle ferme quand même, se rapproche, bras croisés.
L’homme se redresse, lui attrape une main pour l’attirer contre lui. Elle lui abandonne, détaille son regard, cherche la réponse à son attitude étrange. Il lui serre les phalanges, un peu trop fort, puis elle se rend compte qu’il tremble. Alors, s’impatiente-t-elle, le contacte la trouble, ça ne change pas, elle ne peut pas s’en empêcher, même s’il ne le mérite pas. Elle joue avec l’alliance de Monsieur Emfield, flambant neuve, presque deux ans maintenant. Ça devient trop compliqué, murmure-t-il, je peux pas continuer à mentir à Vanessa. Haussement d’épaules, elle lâche sa main, évite de lui cracher sa fumée au visage, quitte-la alors. Il l’agace, n’a plus que ce prénom à la bouche, Vanessa par-ci, Vanessa par-là. Cette garce l’écœure, niaise, cocue avant même sa nuit de noces. Elle n’imagine pas, ne peut pas imaginer ses doigts poisseux contre le corps de son amant. Ce mariage, elle le sait, c’est le début de la fin, mais elle n’arrive pas à l’envisager, s’accroche à ce visage de chérubin qui ne semble pas avoir changé malgré les années.
Madame Emfield, ça la dégoûte. Jamais de son plein gré, Caecilia n’aurait consenti à entrer dans ce genre de prison dorée, pas même pour lui. Scott a changé ou peut-être la jeune femme se rend-elle enfin compte de ce qu’il a toujours été : lâche. Comme cette nuit, avant ses propres noces, où il a refusé de tout quitter pour fuir avec elle. Elle ne peut pas échapper à la pensée qu’il s’agit un peu de sa faute s’ils en sont là aujourd’hui, s’ils touchent du bout des doigts, le point de rupture. Et son attitude lui donne la nausée. Il se prend la tête entre les mains, elle détourne le regard, ne veut pas voir son état de consternation, lui laisse le loisir de penser que c’est lui qui a de trop gros problèmes à gérer. Il a choisi comme un grand de passer la bague au doigt de son empotée de collègue parce que quoi ? Ça ne lui suffisait peut-être pas d’avoir son cœur, son corps, il voulait posséder son propre objet de collection, pareil à tous ces sangs purs obsédés. Ça la répugne, il ne dit rien. Un ange passe.
Toi, tu as Manius... Son visage soudain, qui fait volte-face, emprisonne la mine dépitée de l’homme lâche, des yeux de haine pure. Elle pourrait lui lacérer le visage à main nue, c’est donc ça qu’il pense ? Qu’ils sont sur un pied d’égalité ? Que c’est de sa propre volonté qu’elle le rejoint en cachette pour retrouver le goût de sa peau ? Pardon ? J’ai qui moi ? Vas-y, répète ? Voix tranchante, elle écrase sa cigarette. Elle pourrait le gifler, ou l’embrasser, mais se retient. Depuis quand est-ce devenu si compliqué ? Caecilia pense Vanessa, ne comprend toujours pas ce choix. Lui, ne répète pas, il détourne le regard. Petit ego blessé, ça la rend folle.
C’est quoi les sacrifices que tu as faits pour moi dans ta petite vie exactement ? Elle essaie de ne pas hurler. Il ne dit rien, évidemment. Elle pensait aimer un homme libre et se retrouve avec un petit employé bien rangé désireux de se contenter d’une vie médiocre et sans saveur. Elle ne le comprend plus. Ses yeux fuient, se posent partout dans la pièce, sauf sur la silhouette de son amie. On est plus des ados Caecilia, annonce-t-il enfin. Elle hausse un sourcil, c’est quoi le plan ? La tournure de la conversation ne lui plait pas : est-il en train de la traiter de gamine ? Lui dire qu’il a tourné la page ? Curieusement, elle se sent soudain vide. Elle n’a jamais pensé que Scott pourrait la laisser tomber véritablement, que ses beaux yeux ne suffiraient pas éternellement à le retenir prisonnier. Fais chier.
Vanessa est enceinte, avoue-t-il enfin. Son cœur s’arrête brusquement. Putain quoi ? Cette conversation n’a définitivement aucun sens. Tu veux un gosse toi ? Caecilia éclate d’un rire sans joie. Alors c’est ça hein, t’as trouvé un truc que je pouvais pas te donner chez ta pétasse. Elle sent qu’il s’énerve, essaie de ne pas le montrer. Pitoyable. Il va la laisser tomber pour un mioche, un truc même pas encore né qui pourrait tout aussi bien le détester. Félicitations, tu vas officiellement devenir le pire paternel de l’histoire… après le mien. Elle grimace. Un bambin. L’idée saugrenue ne parvient même plus à la faire sourire. Elle imagine les cernes sous son beau visage, son air absent, ses rendez-vous épars. Non. Impossible.
Non, Caecilia, qu’avait-il à prononcer son prénom en boucle comme ça ? Parce que ce, c’est fini… Elle le fixe sans comprendre. Je ne veux plus te voir, j’arrête. N’a pas envie de comprendre. C’est donc comme ça que ça devait se passer ? Un petit énoncé performatif et c’est fini. Elle ne dit rien. Est-ce qu’elle le savait, au fond d’elle ? Chaque seconde grappillée à l’enfermement, le goût du risque, cette sensation si douce de se glisser dans les bras de l’être aimé devaient donc s’envoler pour la laisser là, seule, vide. La gorge nouée, elle lutte pour cacher son trouble. Cherche à refaire le film de la soirée, revoir son attitude à son arrivée, ses mains qui l’avaient directement enlacée parce qu’il savait, lui, que ce serait la dernière fois. Dernière étreinte, derniers baisers. Il avait eu le temps de mesurer ses gestes, de s’en gaver jusqu’à la dernière miette, profiter de son ignorance encore quelques heures avant de lâcher sa bombe.
Naïvement, elle avait cru qu’ils surmonteraient ça. La beuglante, l’humiliation, le mariage forcé. Que leur amour était au-dessus de ces conneries bourgeoises, qu’ils valaient plus, qu’ils valaient mieux. Elle avait été sotte. Casse-toi, prononce-t-elle d’une voix blanche. Scott se rhabille sans un mot, elle le fixe sans le voir. Non, cet homme n’a plus rien à voir avec le garçon pour qui elle aurait tout sacrifié, ce n’était désormais rien de moins qu’un inconnu, un étranger. Elle enfile un déshabillé trop léger pour la saison, le suit quand il descend l’escalier. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules tremblantes, mais c’est de froid. C’est ça ouais. Il se retourne vers elle une dernière fois Cae… Casse-toi j’ai dit, elle l’interrompt, ne le laisse pas s’approcher, lui tendre ses yeux de chiens battus. Elle les lui ferait bouffer. Puis, un bruit de pas, la porte d’entrée qui s’ouvre. Caecilia croit devenir folle, cette soirée est définitivement bien trop remplie d’hommes mariés.