Harry Potter RPG

Liste des messages de Caecilia Fawley

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

En chute libre

Message publié le 23/02/2026 à 22:25

Prendre sur elle, faire passer les autres avant, c’est pas son truc, ça ne l’a jamais été. C’est drôle qu’elle ait besoin de devoir s’occuper de son amie pour se rendre compte de son propre égoïsme. À trop être mal aimée, c’est qu’elle a fini par devenir intolérante à l’ombre, ne peut supporter d’être reléguée au second rôle d’une histoire qui doit tourner autour d’elle. Mais peut-être que, seulement pour Prisca, rien que dans cette configuration-là, elle peut accepter d’être la confidente, l’infirmière qui veille et protège une jeune femme qui en a plus besoin qu'elle.

 

Déjà jalouse d’un mini bout d’humanité qui glisse dans le timbre de l’amie-sœur une tendresse qui ne lui a pas échappé.

Et puis non, pourquoi vaudrait-il mieux que ce soit Quintus ? N’aurait-il pas été plus facile que la sorcière choisisse n’importe quel inconnu plutôt qu’un homme que les deux jeunes femmes pourraient reconnaitre dans les traits du poupon ? Si la génétique de son myope de père prenait le dessus, l’excellente vision de sa mère se perdrait dans son sillage. Caecilia a comme un flash en repensant à une photo d’eux tout petit. Le garçonnet tout sourire et bien droit derrière les verres de sa monture à côté d’une jeune sorcière aux mèches plus claires qu’aujourd’hui, qui semble jeter à l’appareil quelques coups d’œil inquiets. Sans doute Cassius se tenait-il derrière l’objectif.

 

La sorcière cherche mentalement l’emplacement de la photographie, peut-être dans ce tiroir-là ? Elle a brusquement envie de revoir leurs bouilles d’enfants, pas tout à fait insouciants, mais au moins un peu plus innocents. Un masque de tristesse accable ses traits.

Quintus aimerait sans doute avoir un enfant, avoue-t-elle à demi-mot en repensant à leur discussion nocturne, une vague de culpabilité supplémentaire sur les épaules. En tous cas, avec elle, il semble y avoir réfléchi. Caecilia évite un énième soupir et s’occupe de déchausser son amie, déposer les souliers à terre, remonter les draps sur le corps endolori, chercher quelque chose à faire pour être utile, ne pas simplement assister à la souffrance de cette amie qui lui semble simplement tenter de foutre sa vie en l’air.

 

Elle ne comprend pas.

La réaction tranquille d’une Prisca qu’elle n’a pourtant jamais imaginée mère.

Faut-il qu’elle ait finalement voulu cet enfant ? Elle ne sait pas, ses idées sont un peu embrouillées. Puis, elle ne peut s’empêcher d’essayer d’imaginer à quoi pourrait bien ressembler un mini-Manius Fawley, petite tête platine aux grands yeux clairs plongée dans trop grand livre peut-être. Que ferait-elle de deux intellectuels à la table du déjeuner ?

 

Une double flèche dans la chair de Caecilia pour la replonger dans des souvenirs douloureux. Elle déconnecte un peu. Une figure masculine, mériter l’amour de deux parents. Le sel aux yeux. Si Prisca ne veut pas pleurer, c’est peut-être elle qui finira par le faire à sa place. La tireuse passe une main dans ses cheveux comme pour cacher son trouble, s’apprête à répondre, mais c’est sans compter sur la nouvelle bombe que son amie choisit de lâcher.

 

La sorcière ouvre des yeux ronds : wow Pripri, ça va pas ou quoi ? Dans d’autres circonstances, elle ne se serait sans doute pas gênée pour la secouer ; la joueuse a de la chance d’être alitée. À la place, Caecilia lui flanque une pichenette sur le front : ça y est, la grossesse te fait déjà cramer les neurones, ressaisis-toi ma vieille. Prisca casée, autant dire Prisca décédée, et puis quoi encore ? Prisca qui ne vole plus ? Prisca maman ? Grimace intérieure : depuis quand la fin du monde a-t-elle déjà commencé ?

 

Le verre se vide petit à petit entre les lèvres de son amie. Regard satisfait vers le contenant que la tireuse récupère pour le déposer plus loin. Caecilia prend les mains de son amie, deux yeux sérieux, le front toujours soucieux : j’comprends que ça te pose question, commence-t-elle en cherchant ses mots, mais une maman merveilleuse c’est déjà plus qu’assez pour combler un bébé. C’est qu’elle le pense sincèrement. Toi tu t’occupes de mini Prisca, moi je m’occupe de toi. Elle lui colle un baiser sur les lèvres pour sceller sa promesse : la femme de la vie de Prisca Thompson est déjà toute trouvée, elle s’appelle Caecilia Fawley.


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Message publié le 22/02/2026 à 20:36

La question de la mort, celle de sa vie, la hante un peu. Caecilia ne cherche pas la fin, non, pas après avoir tant lutté pour retrouver un semblant de liberté. La sorcière a déjà perdu trop d’années, trop de temps enchaînée plus ou moins physiquement. Elle a trop à montrer, trop à tenter. Trop, trop, trop. C’est ce qu’elle a essayé d’être, dans les bras de Scott : une femme comblée, ivre d’intensité, tout ressentir si fort, se délecter d’émotions non maîtrisées. Elle ne se complait pas dans ce jeu bancal des époux Fawley qui marchent sur des œufs pour essayer que la relation fonctionne, alors que ça devrait être vif, instinctif. La désillusion lui serre la gorge : l’amour sain n’a rien d’évident.

 

La sorcière ne cherche pas à se brûler les ailes, seulement à les déployer du mieux qu’elle peut. Mais un bébé ? Prendrait-elle autant de risques si elle savait qu’un petit être l’attendait à la maison ? Elle repense au ventre de Prisca, son amie-sœur qui n’est déjà plus là, qui a renoncé à voler pour un mioche qu’elle ne connaît même pas. Caecilia est la reine du drame, pas des sacrifices qui la brisent un peu plus qu’elle ne l’est déjà.

 

Manius la touche, elle savoure ses fragments de déni avec un plaisir assumé. C’est qu’elle aurait pu croire que la vision de son corps inerte puisse arranger le sorcier. Un petit deuil et puis le début d’une nouvelle existence sans contrat signé trop rapidement à assumer. L’occasion, peut-être, de fuir des responsabilités trop lourdes au bras d’une autre historienne, véritablement désirée celle-là.

 

Les mots du mari ne manquent cependant pas de lacérer un cœur qui pensait s’être préparé à les recevoir. Caecilia tremble un peu. Les yeux fermés tandis qu’au creux de son ventre, un millier de nerfs semblent se rappeler qu’ils sont capables de la faire souffrir. Soldate à terre, soldate à terre. Qu’on la sauve de cet enfer dans lequel elle offre elle-même à son mari de quoi la flageller. Elle ne sait même plus quoi lui dire. Manius n’aura ni sa tristesse ni sa colère, seulement deux pervenches aux pétales arrachés.

 

Des lèvres qui se posent sur les siennes, encore la comédie, le jeu de l’amour. Elle laisse faire, ne répond pas, rien : elle ne saurait pas quoi dire. La vérité cruelle la paralyse. Caecilia a passé une éternité à espérer une fin heureuse avec Scott Emfield, à présent, la vie la nargue en lui imposant la patience face à un mari qui avait choisi de l’aimer. J’comprends pas pourquoi mon amour casse tout en fait. Elle sent de trop gros battements dans sa poitrine : tu m’aimais mieux quand j’essayais pas de t’aimer. Amertume qui dégouline des lèvres. J’pensais que je méritais quelqu’un d’attentionné, mais, un trop long soupir pour déverser la tristesse, j’dois être une trop mauvaise fille. Elle grimace, ne peut s’empêcher de mettre un haut-parleur sur sa pensée. Tant pis, elle lui livre ses tourments à défaut de les lui coller dans son esprit.

 

C’ma faute si j’sais pas arrêter de fumer, puisqu’elle est en plein dans son autoflagellation, autant continuer. Elle lui laisse sa main. Une brève moue un peu dépitée : je veux bien te laisser essayer. Puisqu’après tout, elle n’a plus rien à perdre, c’est déjà trop tard. Un cœur arraché remis entre de mauvaises mains. Elle pensait devoir fournir des efforts pour le rejoindre, mais c’est son mari qui est à la traîne. La tireuse repense à Prisca : combien de certitudes déformées depuis la fin de Scott et Caecilia ?


Doutez de tout au monde, et jamais de l'amour.

Message publié le 22/02/2026 à 19:52

La jeune femme lui offre une poignée de main chaleureuse qui tranche avec son attitude réservée, Caecilia lui laisse ses doigts, sourire figé qui tente de masquer son caractère feint. Elle s’interroge encore une fois sur sa propre présence en ces lieux qui la mettent mal à l’aise, la rendent maladroite. Tout transpire le Manius Fawley : ça l’écœure.

 

Et puis le verdict.

Une balle dans le cœur.

 

Caecilia ne peut empêcher un mouvement de recul, les doigts qui se dégagent presque trop brusquement, de grands yeux qui dévisagent, regardent différemment celle qui est L’Ophélie d’une pièce tragique : antagoniste de sa propre vie. Trop autocentrée sans doute pour remarquer que tous ces gens autour d’elle ont une âme, un corps charnel, bien réel. Celle qui n’était jusque-là qu’une chimère facile à détester se dote d’un visage qu’il est soudainement bien moins évident d’insulter.

 

Face à l’inéluctable incarnation de ses angoisses dans une enveloppe de jeune femme, la tireuse tente de rester de marbre, ne pas vaciller, ne pas flancher, pas maintenant. Elle ne comprend pas. Ses yeux glissent et re-glissent sur ce visage qu’elle trouve un instant fade, l’autre charmant. Elle cherche, scrute, détaille ce qui pourrait lui plaire.

 

L’angoisse lui retourne brusquement l’estomac. Elle ne s’est pas assez méfiée. Le danger peut survenir de partout, elle devrait le savoir après tout : c’est son métier. La douceur de la conservatrice lui transperce l’âme. Elle l’écoute débiter ses connaissances en un flot continu qu’elle arrive difficilement à comprendre. Les mots glissent contre ses oreilles sans y pénétrer. L’épée, oui, il est question d’épée. Et après ? Des mots trop bien ficelés, les phrases s’enchaînent comme si Ophelia lui offrait un cours particulier. Après tout, n’a-t-elle pas demandé une visite guidée ?

 

Est-ce cette mélodie d’un verbe passionné qui maintient son sorcier dans ce musée ? Oui, sans doute ; elle a l’impression d’observer la réincarnation de son mari sous les traits de la jeune femme brusquement animée. Le brouhaha l’érafle à moitié. À présent qu’elle sait, devrait-elle plier bagage ? Partir sans se retourner puisqu’elle a vu, compris, ou peut-être pas tout à fait. Une simple idée et tant de suppositions à confirmer.

 

Caecilia cherche le contact d’Eleftheria pour revenir sur terre. Elle a brusquement chaud, ses joues la brûlent, le manque d’air frais, l’odeur de vieux papier, ce n’est pas son univers, elle s’y sent comme un corps étranger : pardonnez-moi, soupir las, un regard vers l’arme, l’épée oui, il faudrait sans doute, phalanges blanches à force de serrer la baguette, s’en inspirer un peu.

Ouf, le sourire retrouvé, situation sous contrôle, elle déterre sans trop savoir comment la force de soutenir le regard d’Ophelia. Ne plus fuir, se battre puisque c’est ce qu’elle est venue chercher : des réponses.

 

Vous me faites penser à mon mari, tente-t-elle d’articuler pour ne pas perdre totalement le fil, rester ancrée malgré ces lumières qui l’agressent. Mais, comme vous le voyez, moue dépitée, elle ne peut plus sourire pour cacher son trouble, non, trop tard : nous sommes bien mal assortis. Et peut-être une façon de lui faire comprendre qu’il ne sert à rien de manier des mots trop compliqués en sa présence, que, même si elle les comprend, elle ne pourra pas s’y intéresser. Caecilia ne sait plus s’exprimer, a oublié ses jolies phrases dans les bras d’un amant raté.

 

Aujourd’hui, elle semble se présenter avec l’ombre de monsieur Fawley dans son dos. Le sorcier qui, entre ces murs, doit avoir la bonne réputation qu’elle connaît au sein de son propre département. Deux âmes égarées, emboitées de force dans un ensemble désastreux. Le raccourci de son esprit est efficace : qui se ressemble s’assemble et les opposés ne s’attirent pas, il n’y a qu’à voir comment les deux époux sont si doués pour dysfonctionner.

 

C’est étrange, mais la colère ne la prend pas, seul reste le dépit, la sensation d’avoir déjà perdu, de s’être fait devancer par un charme érudit qu’elle ne possédera jamais. La sorcière semble soudain porter le poids du monde sur ses épaules. Elle aimerait s’en foutre royalement, briser le nœud qui l’enchaîne à un mari qui a soudainement tant de raisons de s’éclipser d’un chez eux qui n’a de toute façon jamais réellement existé. Oui, ils ont fait l’amour et après ? Rien, pas un soupçon de complicité. La violence finira par réduire en cendres ce qu’ils ont pu entrapercevoir. Laissant dans le noir, une jeune femme accablée qui tente de survivre à un cœur brisé.

Enfin, pardonnez-moi de m’étaler, sourire presque véritablement contrit, j’essaie de oui quoi ? comprendre ce qu’il apprécie. À commencer par ce joli minois, façade d’un bel esprit. A priori.


Octogone

Message publié le 22/02/2026 à 18:31

Caecilia est lessivée. Son visage se marque d’un sourire lorsqu’elle observe sa jeune collègue se défaire de son maléfice avec facilité. Aucune des deux n’a réellement remporté ce duel, mais c’est peut-être bien comme ça. La jeune tireuse baisse sa baguette magique pour mettre fin à l’affrontement.

 

Ce duel a été pour elle l’occasion de renouer avec des sortilèges qu’elle n’a plus tentés depuis une demi-éternité. Elle sourit chaleureusement à son adversaire en lui tendant une main pour signer une égalité méritée.

 

Merci pour ce moment, madame Hilswood, cette petite pause m’a fait le plus grand bien ! Elle est probablement déjà en retard pour la suite de sa journée. La tireuse se demande comment elle survivra à l’intensité des heures à venir avec les courbatures qui se feront probablement rapidement sentir. Elle tourne le regard vers ses chaussures avant d’éclater de rire : elle va avoir un petit problème de soulier. Obstringere, tente-t-elle avec le soupçon d’énergie qui lui reste pour essayer de retrouver de quoi se chausser.

Rapidement, les chaussures retrouvent une taille convenable. Ouf, Caecilia ne devra pas se promener en chaussette à travers tout le département. 

Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !

Sortilège
Sortilège de Resserage
Difficulté
4
Résultat D20
6
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Rapidement, les chaussures retrouvent une taille convenable. Ouf, Caecilia ne devra pas se promener en chaussette à travers tout le département. 

Autres résultats possibles

Rapidement, les chaussures retrouvent une taille convenable. Ouf, Caecilia ne devra pas se promener en chaussette à travers tout le département. 

Malheureusement, les chaussures ne rétrécissent pas assez. Caecilia grimace : la fin de journée s'annonce compliquée.

Malheureusement, les chaussures ne rétrécissent pas assez. Caecilia grimace : la fin de journée s'annonce compliquée.


En chute libre

Message publié le 22/02/2026 à 10:06

Pas facile de voir Prisca, toujours si sûre d’elle, campée sur ses appuis, un équilibre parfait qui lui donne des airs d’invincibilité, à moitié inerte au fond de ce lit. Penchée vers son amie, le front plissé, de longues mèches de cheveux en bataille qu’elle dégage derrière son dos, Caecilia joue à l’infirmière.

 

Et cette crétine de médicomage qui semble ignorer qu’une série de phrases acerbes peuvent bien plus facilement blesser qu’une chute vertigineuse. Peu importe la hauteur ou la foule en délire. J’ai dégagé les gêneuses, réplique la brune avec sérieux malgré l’éclat de rire de son amie. Sa main garde fermement le verre d’eau collé aux doigts de la blonde. Elle ne sera tranquille que lorsque la joueuse aura été capable de se réhydrater.

 

Si Prisca plaisante, c’est qu’elle va mieux. C’est le chemin qui se trace dans l’esprit de la jeune tireuse. Elle se décrispe un peu. Mais certaines âmes ont le rire facile pour échapper au désespoir, masquer, éviter la vulnérabilité. Tout le monde n’est pas capable comme elle, de laisser ses larmes dévaler la pente d’un corps convulsé. T’es vraiment un homme toxique Pri, chiale si ça te chante, c’pas moi que ça va gêner. S’tu veux j’me retourne.

 

Un baiser sur le front.

Pour l’instant, c’est elle le marmot.

 

Caecilia reste perplexe face à la déclaration de son amie. Alors, t’as vraiment pris le risque genre avec Quintus ? Elle insiste tellement ça lui paraît gros. Le regard du sorcier derrière le verre de ses lunettes, un frisson de désir-dégoût ? L’ami d’enfance qu’elle aurait pu épouser et puis soudain un jeu du papa et la maman grandeur nature. La sorcière sent ses forces l’abandonner dans le tumulte de cette drôle de réalité. Elle s’assied sur le lit de son amie. Ses doigts prennent sa main, caresse un peu un bras, doucement effleurer, ne pas causer plus de douleur qu’elle n’en a déjà. Victor ou Victoria.

 

Elle n’arrive plus à sourire aux bêtises de son amie qui veut continuer le sport dans son état. La tendre provocation la touche pourtant : Prisca ne l’abandonne pas, pas tout à fait. Quintus, Scott et les enfants d’autres femmes, pas les siens. C’est drôle qu’elle ne puisse s’empêcher de se projeter.

 

La tireuse n’est pas certaine d’être tout à fait à l’aise avec l’idée du ou de la mini-Prisca dans le ventre de son amie. Elle jette un œil curieux au corps de la joueuse, à cette main maternelle qui semble si rapidement s’être faite à l’idée, comme si tout cela lui était naturel. La sorcière se sent tout à coup dysfonctionnelle. Elle a l’impression qu’elle ne pourra pas, jamais, éprouver la même tranquillité, parvenir sans débats à faire passer en priorité dans sa vie un bout d’elle-même qui ne l’aimera peut-être même pas. L’idée de son corps parasité, trop lourd, incapable de se mouvoir avec sa souplesse habituelle, la révulse brutalement.

 

Vic, répond-elle un peu absente sans comprendre pourquoi elle vient de proférer cette absurdité. Des prénoms oui, une lourde responsabilité. Caecilia, pourquoi lui avait-on choisi ce nom-là ? Les doigts de la jeune femme se retrouvent pris au piège de ceux de son amie qui les dépose contre son corps déjà transformé. La tireuse refrène un geste de recul et lui abandonne sa paume, prise dans un malaise qu’elle tente de masquer. Être là pour elle, ne pas la lâcher. Prisca a besoin d’une amie fiable, pas d’une pleureuse qui vient étaler ses états d’âme. Sinon, elle ne vaut pas mieux que Mayla.

 

M-Manius, elle s’étrangle. Elle et son sorcier de mari qui forment tout sauf une paire. Elle ferme un instant les yeux. Évidemment qu’il accepterait, quelle excellente idée, monsieur et madame Fawley unis autour d’un bébé qui n’est pas le leur, rassemblés face à leur propre incapacité à construire quoi que ce soit.

La jeune femme change de sujet pour cacher son trouble, mais Quintus, il, comment l’exprimer concrètement, tu penses que très délicat, trop délicat, qu’il voudra être un papa ? Étrangement, la tireuse repense à la jeune Égyptienne au visage défait apparue dans son salon il y a une demi-éternité. Neith n’a pas fini d’en voir de toutes les couleurs.


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Message publié le 21/02/2026 à 23:44

Presque essoufflée d’avoir trop vite parlé, d’avoir tant confié. Honteuse aussi de ses mots qu’elle écorche sans plus savoir si cela relève vraiment d’une action volontaire. Caecilia a-t-elle désappris toutes ses manières ? Elle se rappelle ses efforts d’adolescente pour arrêter de prononcer chaque syllabe distinctement, par mimétisme peut-être, pour séduire celui qui serait un jour son amant. Aujourd’hui, elle a l’impression de ne plus savoir s’exprimer, trop enfoncée dans le jeu d’elle-même, sa propre révolution interne contre des normes d’un autre temps. Ce qui ne l’a pas empêchée de finir la main liée à un sorcier toujours pris dans le carcan des mondanités.

 

La sorcière ne peut plus nier : elle tombe en amour, dévale chaque marche de l’infernal escalier. Combien de temps depuis leur premier baiser ? Alors, ce n’est peut-être pas vraiment ça, aimer, juste un avant-goût, un aperçu, une petite période d’essai avant de souscrire à l’abonnement pour la vie, mais peut-être qu’on le lui rappellera, quelques jours avant de la débiter, avant que toute marche arrière ne soit de l’ordre de l’impossibilité.

 

Manius Fawley. Elle veut retrouver son cavalier.

 

Pourquoi sont-ils incapables de valser correctement quand il s’agit de jouer aux grands ?

Pas son genre non, la tireuse veut rester une enfant. C’est peut-être déjà trop tard, presque

Elle l’a vu dans les bras de Quintus : tous ses sentiments sont aujourd'hui différents.

 

Des jalousies de cours de recréation, qui différencierait l’enfant triste de l’homme marié ? Pleure-t-il de se trouver coincé avec elle ? Elle repense à Prisca, à son idée de couple libre. Douleur dans la poitrine. Pourrait-elle le voir rentrer le soir, un peu décoiffé, un sourire sur des lèvres encore pleines d’autres baisers ?

Elle flanche.

 

Le corps de l’historien qu’elle serre, serre, serre.

Ils en ont besoin. Peut-être est-ce la seule solution pour lui de cacher ses larmes, pour elle d’essayer de les arrêter. Elle brûle toute entière, mi-amour mi-haine, même si la balance penche dangereusement vers le premier, semble pratiquement s’arrêter. Le cœur ne se commande pas, mais elle aurait aimé qu’un reflet dans ses yeux suffise à le garder contre elle.

 

Il n’est pas Scott non. Et peut-être que ce n’est pas vraiment un compliment. Emfield. Caecilia, troublée, investigue, cherche les bonnes raisons de ne plus y penser. Peut-être reviendra-t-il encore la hanter lorsqu’abandonnée au plaisir dans les bras de son mari, elle ne parviendra plus à raisonner. Un instant de faiblesse pour cracher son nom du bout des lèvres. Elle n’en veut plus, elle y pense encore. Se concentrer sur l’image du tissu rouge autour de sa taille fine, les mains de Manius tout contre, la découverte du sorcier comme un premier vrai regard posé sur son identité. Je t’aime, elle aurait pu le lui offrir la veille, ce matin, qu’en reste-t-il ?

Mais il est là, malgré l’odeur de la clope et le sel séché.

 

Merci de me choisir encore une fois. Même si ce matin, en réalité, il avait choisi Ophelia. C’est comme si le sorcier pouvait encore et encore le lui répéter sans que le message percute vraiment. Combien de fois Manius Fawley allait-il devoir renouveler ses vœux pour qu’elle baisse les armes ? Et pourtant, elle ne peut s’empêcher de noter qu’il ne lui a pas rendu la formule espérée, maladroite, certes, mais pourtant prononcée.

 

Comment pourrait-il ne pas l’aimer ? Avec sa tendresse au cœur des nuits voilées, ses lèvres qui s’offrent aux siennes comme aimantées, comme si c’était normal. Monsieur et madame Fawley. Mais il n’y a rien de cohérent dans cette union de grands enfants blessés. Caecilia ne sait plus s’il s’offre à elle par devoir ou par envie. Ces amants-là ne sont peut-être capables de s’aimer qu’une fois la nuit tombée. Dans la clarté du jour trop dur, leurs défauts sont trop évidents, trop violents pour qu’ils parviennent à les porter, à se supporter.

 

Sourcils froncés parce qu’elle ne comprend pas ce qu’il dit.

J’ai pas peur de la grossesse, répond-elle perplexe. Peut-être parce que ce corps, qu’elle s’emploie pourtant sciemment à saboter, reste l’un des piliers de son existence, un socle dans lequel elle a toute confiance. D’où vient donc cette pensée de son mari ? Je-j’ai peur de la liste peut cependant être très longue de plein d’autres trucs et puis tu vois si, elle tente de respirer, ferme les yeux pour mieux sentir le contact des lèvres contre son front, si je meurs pendant une intervention... 

 

Puis comme un élan de tristesse face à la possibilité d’imaginer son corps inanimé : si j’meurs, épouse une femme que t’aimes pleinement, supplie-t-elle avant de réaliser, le visage qui se détache pour retrouver ses yeux : mais tu m’aimais moi. Quand est-ce que… Puis elle ne finit pas, parce qu’après tout, non, elle ne veut pas connaitre la réponse à sa question. Jamais.


Celui qu'il n'était pas

Message publié le 20/02/2026 à 22:49

Scott Emfield. Quelques lettres, deux mots, plus qu’assez pour l’avoir conduite dans ce bar que les amants aimaient fréquenter il y a quelques mois, quelques jours, quelques années. Elle ne sait plus. La faute peut-être à ce énième verre de whisky que le serveur lui resserre sur un simple regard contrit. Caecilia Fawley fait pitié. La sorcière attend, à cette table qu’ils prenaient toujours, qui leur était presque réservée parce qu’elle s’en fichait qu’une poignée de moldus voit madame Fawley en train de minauder dans les bras d’un autre, non, ça l’amusait, le goût du danger sur les lèvres de l’ancien Gryffondor qui lui rappelait celui de la vie libre.

 

Peut-être même espérait-elle que l’information remonte jusqu’aux oreilles de son père, plante un poignard dans le cœur de son geôlier. La violence d’un coup dument mérité.

 

Ce soir pourtant, la fin de la provocation d’un conte de fées parti en fumée. Caecilia n’est plus qu’une ombre qui sent la clope et l’alcool. Deux yeux qui attendent un prince charmant absent. Le futur papa ne doit sans doute plus fréquenter ce genre d’endroit, mais elle espère, pourtant, se damnerait pour le voir passer cette fichue porte et la prendre par la taille. Putain.

 

Trop de bruits, trop de gens, elle ne sent plus rien, presque anesthésiée par le chagrin. Retournera-t-elle, l’âme fendue dans les bras de monsieur Fawley ce soir ? Cet inconnu qui l’a si tendrement consolée avant de lui avouer la tromper, lui aussi. La sorcière ne sait plus si elle est de mauvaise fois ou a fini par croire à ses impressions erronées, ses extrapolations exagérées. Un sentiment de trahison si puissant qu’il la rend incapable d’utiliser une autre grille de lecture. Ce soir, elle est trop maquillée, trop habillée, méconnaissable. Peut-être que Scott passerait devant elle sans la voir, sans un trouble, sans un mot. La douleur lui fait tourner la tête – ou est-ce l’alcool ? Impossible à dire. Elle a mal, c’est suffisant.

 

La main gauche dépourvue d’alliance comme si tout n’avait jamais été qu’un rêve. Elle pense à Prisca qui lèverait probablement les yeux aux cieux de la voir revenir sur les lieux du crime, comme si le fantôme de son cœur brisé aurait pu avoir, subitement, ce soir, le même instinct. Mais après tout, les âmes sœurs ne sont-elles pas censées se retrouver miraculeusement dans ce type de circonstances ? Caecilia réfléchit trop, ou plutôt est-elle en boucle sur les mêmes pensées. C’est selon.

 

Peut-être est-ce pour ça qu’elle ne la voit pas tout de suite, cette belle gueule qui lui soulève le cœur, qu’elle écarquille seulement les yeux quand il s’assied près d’elle avant qu’une voix ne mette un terme à l’illusion. La ressemblance est frappante, mais non, il ne s’agit pas d’Emfield. Caecilia hausse un sourcil : est-ce le destin qui a décidé de la narguer dans cette soirée rendue poussiéreuse par les souvenirs torturés ?

 

Il attend quelqu’un, oui. Tout le monde attend quelqu’un dans ce putain de bar, d’ailleurs, elle-même n’y venait jamais seule, avant. Le bras de Scott. Peut-être le plus beau couple de ces fichues soirées. Et ce crétin qui se sent le devoir de lui rappeler qu’elle est tristement seule. Hé bah moi j’attends personne, connard.

 

En fait, Caecilia ne voit pas pourquoi elle serait la seule à avoir le cœur brisé ce soir. 

Une si grosse peine ne mérite-t-elle pas d’être partagée ?

 

La sorcière prend son verre, avance d’un pas moins assuré qu’à son habitude vers le canapé occupé par l’individu qui ressemble cruellement à son ex-amant. Hé bien, vous en avez de la chance, sourit-elle avec toute la fausseté qu’elle parvient à ramasser, moi aussi, j’attends quelqu’un, ce n’est qu’un demi-mensonge après tout, mais si vous voulez, nous pouvons attendre ensemble. Le corps peut-être un peu trop proche de celui du jeune homme. Ce Scott de substitution fera finalement fort bien l’affaire pour une soirée de pacotille comme celle-ci. Qu’est-ce que vous buvez, monsieur… ?, interroge-t-elle pour récupérer un nom. Puis un haussement d’épaules mental, peu importe finalement, seule la lancinante douleur de son cœur implorant le premier remède venu semble compter.


En chute libre

Message publié le 20/02/2026 à 22:05

Entre trois et quatre mois, les yeux de Caecilia s’écarquillent plus qu’elle ne l’aurait voulu. Elle jette un coup d’œil suspect au ventre de sa sportive d’amie. C’est pas vrai… Dans moins de six mois, un mini gosse fera son apparition, pratiquement en même temps que celui de Scott. L’idée lui retourne l’estomac.

 

Puis voilà que Mayla la ramène. La brune fusille la joueuse du regard. De la jalousie ? Sérieusement ? Deux yeux assez noirs que pour faire passer à l’amante l’envie d’exister. La santé de son ami-sœur est en jeu, mais, oui, c’est probablement le moment de faire son intéressante. La jeune femme claque mentalement la langue : elle savait qu’on ne pouvait pas juste faire l’amour sans attaches, bienvenue dans le monde réel des cœurs troublés Pripri.

 

La coéquipière est d’ailleurs évincée de la confidence de Prisca, qui offre à son amie un indice précieux sur l’identité du géniteur. Caecilia a besoin de tout son self-control de tireuse d’élite pour ne rien laisser paraître sur ses traits. À l’intérieur pourtant, son sang ne fait qu’un tour : bordel de merde, ses meilleurs amis vont devenir parents ? Et Emfield, qui ne compte pas, mais compte beaucoup trop, parce que son gosse aurait dû être le sien, aurait pu, peut-être, il ne se protégeait pas, elle si.

Alors c’est comme ça.

 

Le jugement de la médicomage : direct, purement méchant. Les deux emmerdeuses veulent sans doute goûter à Eleftheria. Caecilia les comprend. Quel plaisir de se prendre un bon sortilège bien exécuté dans la figure. Prisca ne répond pas, la femme tire sur une soldate à terre. Et puis le verdict : évidemment que l’attrapeuse ne peut plus exercer jusqu’à nouvel ordre. La tireuse sent son cœur se serrer brutalement face à la souffrance qui marque instantanément les traits de la blonde.

 

Marrant, j’crois pas qu’on avait demandé un commentaire, crache Caecilia vers la médecin et son bon sens exécrable. Regard pour la batteuse qui va sans doute la détester bientôt, mais elle s’en fiche, c’est un risque à prendre. Mayla-chérie, désolée, mais t’es un peu trop impliquée-là. Le coup part trop rapidement – ou peut-être le mouvement est-il tout bonnement insensé ? – peu importe, la joueuse se trouve projetée en arrière par une Caecilia bien décidée à éloigner les obstacles au repos de l’amie qu’elle a cru perdre pendant de bien trop longues minutes.

La tireuse attrape le corps blessé de Prisca avant de disparaitre dans un craquement sonore.

Et une bonne chose de faite.

 

Caecilia dépose délicatement son amie sur un lit qui doit avoir accueilli un peu trop d’amants. Le corps léger aux muscles fins de Prisca lui semble brutalement fragile, trop fragile. C’est pourtant cette même enveloppe qui lui a permis de mener de front un début de grossesse et sa pratique sportive intensive. Quel qu’il soit, ce futur bébé-là sera forcément aussi bien accroché à la vie que sa jolie maman. Désolée Pripi, Caecilia remet correctement les oreillers de la joueuse, la quitte une minute et revient avec un grand verre d’eau qu’elle maintient dans la main de son amie de peur qu’elle ne le lâche par manque de force. Comment-tu te sens ? Une priorité à la fois. Pleure un coup si t’as besoin, ajoute-t-elle les yeux un peu vides, je t’aime Pripri, j’suis là

 

Ses doigts passent et repassent dans les cheveux de la sorcière comme si chaque caresse pouvait aspirer le chagrin de cette tête blonde. Quintus, le faux mariage, le regard de son ami cette nuit, cette drôle de nuit à moitié innocente. Ses amis ne sont pas amoureux. Manius. Le désir est-il suffisant pour s’occuper d’un enfant ?


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Message publié le 20/02/2026 à 20:32

Elle ne le touche pas, ne l’a pas touché, ne le touche plus. Caecilia ravale sa déception face à l’absence de réaction de son mari. Fatiguée de se livrer autant pour des morceaux d’affection. Elle laisse les images s’effacer de ses propres pensées. Manius ne veut sans doute plus qu’elle s’introduise dans son esprit dans toute son impertinente délicatesse. La tireuse dissimule son trouble en un demi-sourire. Elle essaie de ne pas penser qu’il n’envisage simplement pas leur vie de famille comme elle, qu’il s’en moque ou pire…

Ce n’est pas grave, non.

 

Il l’entraîne, la sorcière retrouve son enthousiasme. L’hirondelle bat des ailes, lumière sur son visage de jolie dame que l’on emmène danser. Manius mène et, pour une fois, elle se laisse guider. Les lumières douces de la soirée lui donnent des impressions de rêve éveillé. Comme toujours, leurs corps semblent mieux s’accorder que le reste. Peut-être faut-il que les deux époux cessent de tenter de communiquer pour se laisser porter au rythme des mélodies. Notes harmonieuses capables de faire la conversation à leur place.

 

Caecilia se perd dans ses bras, sa robe rouge l’érige en protagoniste d’une existence volée à la tristesse. Elle se sent bien. Pervenche légère aux longs cheveux lâchés. Le sourire avec les yeux. Au milieu de la foule, ces deux êtres ont quelque chose d’altier. Une délicatesse dans les mouvements appris dès la plus tendre enfance. La tireuse se reconnaît dans son semblable. Comme avec Quintus, les époux partagent la violence des familles bien nées. Pourvu qu’il la tienne encore, qu’il ne la lâche jamais.

 

La jeune femme ne retrouve presque plus son mari sous les traits de ce cavalier taquin et expert qui lui offre des pétales de complicité. Il lui semble soudain plus jeune. Madame Fawley serait-elle tombée amoureuse de ce garçon-là dans un bal de fin d’année ? Le charme opère, elle le dévore des yeux. Ce soir, Manius la rend belle.

 

Quand l’euphorie s’arrête, Caecilia ferme les yeux pour savourer encore un peu. Sa poitrine essoufflée se soulève trop rapidement, elle a mal aux joues à force de rire, mal aux pieds d’avoir tant tournoyé. La sorcière se tient au bras de son mari comme pour éviter de trébucher. Avec plaisir, répond-elle à sa proposition, les joues roses, les lèvres étirées dans la nuit. Elle l’embrasse avec l’ivresse du bonheur partagé. Peu lui importe que Manius décide à nouveau de ne pas lui rendre son baiser. Elle ne sait pas si elle aurait choisi ce mari, mais il est sûr qu’elle se promettrait les yeux fermés au cavalier de cette nuit. 

Il faudra que je sois un peu mieux habillée pour les réceptions de Lord Flint, s’amuse-t-elle en glissant une main dans ses longs cheveux emmêlés par l’effort.

 

Elle aimerait qu’il la trouve belle, là, au milieu des danseurs, qu’il le lui dise : c’est toi que je choisis. Pas parce qu’elle est tragique ou larmoyante, pas parce qu’elle lui inspire une peine trop grande, trop large pour une paire de bras, non. Elle voudrait qu’il l’aime pour ses éclats de rire et ses mouvements harmonieux, pour le plaisir de la valse à deux.

Le bonheur fait briller ses yeux et, ce soir, la princesse-chevaleresse y croit plus qu’un peu.

 

Ils s’éloignent de la fête comme deux enfants chapardeurs, quittent le bal pour mieux écouter la symphonie de leurs cœurs animés par l'exigence de la danse. Caecilia tournoie une dernière fois dans les bras de son mari avant que les époux ne disparaissent au détour d’une rue déserte pour rejoindre Dinefrw.

 

Coincée contre lui, quitte à les faire trébucher, l’épouse ne lâche plus un Manius qu’elle a brusquement décidé d’aimer de tout son être, autant qu’elle puisse en être capable. Cet homme-là, avec ses failles et ses tendresses, lui paraît mériter toute son attention. Ils sont beaux les deux amoureux. C’est peut-être ce qu’a pu penser une ribambelle d’inconnus ce soir sans savoir. Au clair de lune, les alliances heureuses brillent de mille feux.

 

Caecilia tente d’ouvrir la porte d’entrée avant le sorcier, se chamaille avec lui, lui vole un baiser pour le distraire et passer devant. Très vite, les vêtements deviennent trop encombrants. Leur chambre lève sans doute les yeux aux cieux en voyant revenir ces deux jeunes gens indécis, qui ne savent pas s’ils doivent se décevoir ou s’embrasser, peut-être un peu des deux pour avancer. Manius, je… dans un souffle. Heureusement, ses lèvres contre les siennes l’empêchent de terminer.


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Message publié le 20/02/2026 à 18:41

Caecilia peut bien attraper une pneumonie, la crève lui serait préférable à l’illusion comique qui se déroule dans sa propre… enfin, ce qu’elle a fini par considérer être une maison. Oui, voilà, un abri, lieu un peu plus rassurant, pas stable, tout de même, il ne faut pas déconner, mais tout juste assez pour avoir ce petit pincement de plaisir à l’âme quand elle en franchit le seuil. Un brin de chez elle dont elle cherche à s’exclure momentanément.

Manius a insisté pour la suivre, évidemment. 

Il est comme ça, ne peut pas faire autrement.

 

Bouffée de fumée dans ses poumons, ça lui fait un bien fou. La sorcière offre son visage au ciel d’hiver. La saison ne lui a jamais paru si longue. Elle ferme ses yeux de pluie et recommence à respirer. Se calmer, empêcher les sanglots de lui retourner le cœur, de lui donner la nausée. Prisca lui manque.

Terriblement. 

Mais elle pue la clope. La blonde la pardonnera-t-elle ? Peu importe, son amie-sœur a besoin de ses bras, pourra-t-elle réellement les lui refuser ?

 

Crac. Elle transplane.

 

Mais la joueuse n’est pas là. Caecilia frisonne. Se laisse tomber contre une chaise, frotte son visage fatigué. Une feuille de papier, un stylo, elle laisse un mot. Cherche quoi dire. Pripri, j’avais raison, Manius aime Ophelia. Moment en suspens. Et j’aime Manius Fawley ? Excellente blague, retournement hilarant. Autant se jeter aux fauves directement. Caecilia soupire, incapable de savoir ce qu’elle ressent vraiment. Spero patronum. Bah voyons. Spero priscam. Elle imagine son amie dehors en train de rire avec Mayla. Peut-être regarde-t-elle d’un peu plus près les vêtements pour bébés ? La vision lui retourne le cœur. La sorcière froisse la feuille de papier entre ses doigts.

 

Prisca est occupée, elle aura, à présent et pour toujours, une autre priorité qu’elle.

De quoi requérir toute son attention, ne pas répondre à l’appel un jour trouble de février où elle aurait tant eu besoin d’elle.

Caecilia Fawley n’est plus la priorité de personne.

 

Retour à Dinefrw, hideux théâtre de son malheur. Elle ne laisse rien chez son amie, espère ne pas avoir imprégné les murs d’un parfum de vie brisée. La tireuse est généreuse dans le partage de ses tourments. Elle entraine tout sur son passage. Rire sans joie. Pauvre Manius.

 

Sa peau chaude contre les draps froissés ce matin. Le sorcier semble lui faire l’amour pour mieux la poignarder : Ophelia, Ophelia, Ophelia. Qu’il pense soudainement à soulager son dos, avouer à son épouse les sentiments qu’il lui porte ou lui indiquer qu’il prévoit de travailler avec elle, le schéma est le même. O-phe-li-a. Et qui est Caecilia Fawley pour empêcher les deux amants de se retrouver ? La femme que t’as choisi d’épouser, connard.

 

L’historien voulait la protéger de Scott, mais que ne donnerait-elle pas pour retrouver un instant les bras de ce mari explicitement infidèle ? Contrat clair, bien établi : sexe, violences et larmes. Elle ne doit rien chercher à deviner. Ou au moins, elle le pensait jusqu’à… Il reviendra. Reviendra-t-il ?

 

Non, Caecilia ne veut plus quitter ses draps, n’ouvrira plus les yeux, aucun matin. Rester dans le déni de la volupté, croire qu’elle n’a pas rêvé, que ces matins ne sont pas tous mornes et décevants. Il a entraperçu que ça pouvait fonctionner, elle y a cru sincèrement. Quelle ironie, comme si cette femme fêlée était capable de réparer quoi que ce soit !

Qu’on la laisse crever.

 

C’est qu’elle comprend très bien monsieur Fawley. Son esprit lui a semblé limpide. L’évidence incarnée. Manius doit aimer cette femme : elle en est persuadée. Qu’est-ce qui peut bien attirer un homme comme lui chez une femme comme elle ? Et pourquoi est-ce qu’il la touche avec ses beaux mots, ses petits rires effacés, ses manières procédurales ? Ou peut-être ses sourires charmeurs et taquins d'hier soir, ses talents de danseur, la fusion de leurs corps amoureux dans la nuit. 

Elle y a cru, elle y a cru, elle y a cru. Putain.

 

Le mot du sorcier, Caecilia glisse un doigt sur les lettres calligraphiées. Elle ne sait plus si elle est coincée dans la tristesse ou la colère, la déception. L’humiliation d’avoir pensé tant de mots d’amour cette nuit, celle d’avoir cru que ses caresses les lui rendaient. S’il fouillait son esprit à son tour, trouverait-il des raisons de la quitter ? Définitivement ?

 

La tireuse monte vers le bureau de Manius comme un agneau à l’abattoir. Elle cherche de bonnes raisons de reculer, en trouve une centaine, continue quand même. Face à la porte close, elle hésite encore un peu. Ferme les yeux avant de frapper, puis de tourner la poignée. Manius est là.

 

Une robe rouge qui virevolte, les rires de deux époux épris, la lune comme confidente d’un embryon de miracle. Caecilia le fait pour sa certitude de la veille, son espoir du demain. Elle referme la porte, s’adosse contre le panneau de bois, comme pour se tenir à l’écart, rester loin de l’historien, corps pressé contre le battant, prête à s’enfuir au moindre faux mouvement – ou à bloquer la sortie à son époux, c’est selon.

 

Son regard vers elle porte les traces d’un trouble qu’elle pensait être la seule à ressentir.

Manius Fawley aussi est capable de pleurer.

Et Caecilia ne sait que faire de ces larmes-là.

 

Combien de promesses a-t-elle déjà trahies ? Je serai cette femme, je t’ai déjà choisi, je te rendrai heureux. La sorcière est vide, presque anesthésiée. Toutes les émotions se mélangent pour former un flot de paroles perturbées qui cherchent quelque chose auquel se raccrocher : j’te demande pardon, je t’en veux, pas parce que tu le mérites, mais c’est que… Scott et Vanessa… alors je me sens abandonnée, ‘fin j’ai peur, ‘tain j’sais pas parler et j’vois bien Ophelia et toi et j’pense que ce serait plus juste, mais tu m’as choisie, je devrais pas me monter la tête, juste j’peur ‘fin oui trop peur parce que j’commence à à les joues brûlantes, à t’aimer vraiment c’est dit voilà et hier fin bref se mordre la lèvre je ‘fin j’fais mal les choses mais je-je grande inspiration j’avais envie qu’on essaie et… et j’comprends pas parce que j’ai vu, la voix brisée, fin que tu voulais un bébé et retrouver des yeux qu’elle évite avec soin depuis le début de sa tirade : Manius tu te protèges parce que tu penses que je ferais une mauvaise mère ? Deux yeux humides et toute la force de sa volonté pour ne pas pleurer.

Spero patronum, spero patronum, spero patronum.


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Message publié le 18/02/2026 à 22:28

Quand aura-t-elle droit à un peu de répit ? Caecilia encore pleine de l’étreinte de la veille, dévisage un mari qu’elle ne comprend plus. Sa main la lance, il ne peut pas la réparer. Regard vers la brûlure qui commence à apparaitre. Elle n’a pas envie de se soigner, c’est qu’elle la lui brandirait presque au nez avec un regard de reproches : tu le vois ? Le mal que tu me fais ?

 

La sorcière ne peut garder aucun homme, quelle que soit l’intensité qu’elle choisisse de leur accorder, elle sera toujours celle que l’on jette. Tout son corps lui fait mal. Il s’approche, elle recule. Brièvement. Hirondelle blessée. Deux yeux posés sur une main qui attend la rédemption, elle ne lui offre pas, fixe les doigts tandis que les mots coulent sur ses oreilles dans un brouhaha de trahison dont elle ne distingue pas la signification. Rien ne la touche, son regard fixe est pris au piège d’une main sur une table de déjeuner brûlée par le café.

 

Toi et moi. Elle retrouve le visage de Manius. Un homme encore fidèle qu’elle a tant trompé. Mais où est la limite ? Est-il plus grave qu’elle offre son corps à un parfait inconnu alors que les époux n’ont encore rien construit ? Ou qu’il lui annonce retourner près de celle qui ne le laisse pas indifférent après une soirée de promesses et de rêves partagés ?

 

Caecilia n’est pas idiote, elle sait qu’il est malheureux, le voit errer comme une âme en peine dans la demeure pendant de trop longues heures. Oublier que les semaines passent, le mois dans lequel ils sont. Elle l’a retrouvé, en rentrant du travail, trop occupé à astiquer une série de bibelots déjà immaculés, s’est effrayée de son regard un peu trop intense qui lui a expliqué que, mais si, regarde bien là. Poussière microscopique dans une vie dénuée de tout intérêt.

Tellement désespéré qu’il lui propose de vérifier seule. La sorcière hausse un sourcil. Plonge son regard dans celui de son mari. Elle n’a plus envie de café. Voilà la façon dont tous leurs repas semblent condamnés à se terminer.

 

La tireuse aimerait avoir la force de refuser.

Hausser les épaules et lui offrir peut-être un simple : non, pas besoin, je te crois, j’ai confiance en toi. Elle se rappelle être entrée de force dans l’esprit de Scott lorsqu’il a commencé à fréquenter Vanessa. Le hoquet de douleur qui l’avait laissée paralysée et puis toute la haine du sorcier, furieux de son intrusion. Elle devait savoir, devait vérifier.

 

Elle aurait voulu rejeter la proposition, ne rien faire, sourire, puis se resservir cette tasse de café, réparer sa main comme si de rien n’était. Ne pas jouer le jeu de la jalousie, se complaire dans sa possessivité.

 

Mais elle n’est pas une bonne personne. Pas capable de contrer ses pulsions de haine, de rester sage, de ne pas bouger, de ne pas briser. La violence l’appelle avec cette envie de sentir son cœur broyé. La réponse à tous ses scénarios anxieux, une bonne fois pour toutes se prouver qu’elle avait eu raison de se méfier, de trop protéger son cœur, qu’elle ne peut s’empêcher d’offrir d’un battement de cil, d’une promesse d’amour volée.

Puisqu’il lui en offre la possibilité, la sorcière s’enferme à double tour dans la chambre de son malheur. Elle plonge dans l’esprit du sorcier. 

Caecilia comprend rapidement la portée de son choix. 

Elle n’a pas envie d’être-là. 

 

Spectatrice impuissante, elle assiste à l’horreur des sentiments de Manius à l’égard d’Ophelia. La tendresse, sa beauté qui le touche et surtout l’admiration sans bornes qu’il lui porte.

Elle suffoque. 

Sobre, intelligente, cultivée, patiente, douce

Des lames pour achever sa femme. Des qualités qu’elle ne possède pas, aucune. La sorcière n’arrive plus à s’en détacher. Sur l’enveloppe de son corps qui lui semble résider à mille lieues de là, une vallée de larmes ne cesse de couler. La sorcière sent le trouble et la résignation, l’envie et le devoir, le cœur en balance. Ophelia voudrait-elle un enfant ? Caecilia quitte l’esprit de Manius en y entendant cette pensée.

C’est trop pour elle.

 

Il n’a pas menti non, elle ne le laisse pas indifférent.

Manius ne fera rien, ne craquera jamais. Il y a, pour elle aussi, un bout d’amour volé.

Mais peu importe qu’il pose un jour ses lèvres contre celles d’Ophelia : que signifie la tromperie physique quand le cœur parle déjà ?

 

Caecilia ne sait plus comment exister. Elle ouvre la bouche pour mieux la refermer, finit de se servir une tasse de café, se relève, le corps un peu trop droit. Les pensées de Manius semblent l’avoir contaminée : à travers ce regard-là, elle-même tomberait amoureuse de la Fée Lya.

 

D’accord pour le Musée, articule-t-elle sans vie. Son regard baissé ne veut plus croiser les yeux du sorcier de peur de retomber dans ses pensées. Entre ses doigts la tasse tremble un peu. Le retenir ici ne pourra rien changer, c’est bien avant qu’elle aurait pu l’en préserver. Mais il y a quelques semaines encore, elle était trop prise dans d’autres bras pour s’en soucier.

 

Madame Fawley meurtrie demeure figée sans savoir qu’ajouter. Je comprends qu’elle te plaise, toujours cette voix blanche, le café, des petites vagues à la surface du liquide. Vous feriez de merveilleux parents, ajoute-t-elle pour terminer de se poignarder avant de tourner les talons.

 

 

Dans la fraicheur du petit matin, Caecilia enchaîne les clopes. Le jardin qu’elle a traversé en souriant la veille pour rentrer, ivre de joie au bras de son mari, semble la regarder avec des yeux apitoyés. Elle ferme les siens pour laisser son corps se couvrir de sanglots désespérés. Ainsi, l’enfer familier, les boucles qui se répètent dans les allées de Dinefrw. 

La douleur de l’amour à laquelle elle ne peut échapper.


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Message publié le 18/02/2026 à 21:26

Ses doigts retrouvent un instant les siens pour conclure le drôle d’accord que la sorcière a initié : voici les deux époux alliés. Ses mots semblent la pardonner, laisser le passé, retrouver le présent et, peut-être que, pour l’historien il ne s’agit pas réellement de quelque chose d’évident. Caecilia offre une poignée de main ferme pour prouver sa sincérité – et lui rappeler qu’elle n’a rien d’une femme sans défense que l’on écrase du revers de la main.

 

Ce soir, Manius lui offre un précieux cadeau. Sans le savoir, il lui apprend, lui offre un nouveau regard, un point de vue différent. Celui de la douceur, mais également de l’indignation face à la violence d’un quotidien banal pour la jeune femme qui comprend qu’elle a jusque-là vécu dans un monde parallèle. Un univers éloigné où les règles de l’amour sont différentes, où les coups seront toujours plus puissants qu’une tendre étreinte.

Est-ce pour cette raison que la sorcière a tant besoin d’offrir son corps à la chaleur du sorcier ? Pourrait-il apporter le même remède à son esprit fatigué ?

 

 

La petite hirondelle s’évapore dans la nuit et les lèvres de Caecilia se détachent de celles d’un Manius qui ne lui a pas rendu son baiser. Sourcils froncés, elle cherche à comprendre avant d’entendre le trouble de sa voix s’élever dans la nuit. Une question innocente qui vient toucher une plaie qu’elle n’a pas décelée, pas détectée, un faux pas en somme, pas le premier, pas le dernier. La surprise de la sorcière se lit sur des traits qu’elle essaie rapidement de modifier. Ne lui avait-il pas dit qu’il avait longuement étudié les détraqueurs en vue de les détruire ? La jeune femme se force à masquer la moue dubitative de son visage.

 

C’est donc cet homme-là qui se propose de la protéger ?

 

Il est impensable qu’une tireuse d’élite ne soit pas en mesure de réaliser un tel sort, même dans les pires conditions. Caecilia avait dû trouver la force nécessaire pour que la maîtrise du sortilège devienne un jeu d’enfant.

La jeune femme se souvient de ses premières tentatives, les frustrations successives face à l’échec, qui l’empêchaient de parvenir à réinvoquer un moment heureux. L’image d’elle-même, toute jeune, s’acharnant à obtenir un résultat satisfaisant, glisse un doux sourire sur son visage. L’amitié lui avait offert une protectrice : les bras de Quintus, le rire de Prisca et fatalement le sourire charmeur de Scott. Des fragments de bonheur qu’elle n’avait eu qu’à rassembler, bouts de quotidien heureux à n’en plus savoir que faire. De leurs petites chamailleries jusqu’aux belles déclarations. Les serments d’amitié, les noms donnés à leurs baguettes. Cette relation-là ne devait jamais finir, n’aurait jamais dû.

 

À présent, sur quoi se repose la petite hirondelle ? Une épaule un peu frêle, mais drôlement déterminée, deux yeux pervenche trop intenses pour la médiocrité. Une promesse de liberté qui fait battre son cœur, Eleftheria. Un mot pour guider sa vie, un mot pour s’envoler.

 

 

Le sorcier ne lui avoue pas seulement son échec, non.

Il se propose de lui démontrer son incapacité à l’exécuter. 

Comme si elle ne pouvait pas le croire, comme s’il avait espéré soudainement y arriver.

 

Le bonheur, petite chimère insaisissable. Caecilia se mord la lèvre en constatant le trouble autant que l’échec de son mari. Que lui dire ? Que faire ? Après avoir sous-entendu que tout le monde était tout à fait capable de produire un patronus corporel sans la moindre difficulté. La jeune femme doit avoir bien trop trainé du côté de la brigade magique pour en être venue à des conclusions aussi rapides. Lui en veut-il de l’avoir humilié ? Se sentirait-t-il d’autant plus coupable si elle essayait de le rassurer ?

 

Quel élément, quel souvenir pourrait-il rendre cet homme heureux ? 

Comment lui transmettre la rage de vivre qui l’a elle-même consumée ?

 

Elle range Eleftheria un peu honteuse pour prendre les deux mains de son allié. Nous ou je ? quelle formule utiliser ? Comment commencer une phrase assez performative pour qu’il puisse y croire ce soir ? Le bonheur c’est pas le sens de la formule bien placée comme Manius sait si bien en tisser c’pas facile, mais un pas en avant, trois pas en arrière, on va essayer, comme une promesse suffisamment réaliste pour être tenue : j’essaierai, je le trouble dans une voix de moins en moins sereine, de plus en plus vulnérable, je te rendrai heureux.

Comment ?

La jeune femme semble se rendre soudainement compte qu'elle ne sait rien de cet homme-là.

Qui êtes-vous, Manius Fawley. Quelles sont vos fêlures ? Vos rêves de bonheur ?

 

À nouveau, elle se demande à quoi ressemblerait le couple Fawley avec un bébé dans les bras. La promesse d’un bambin suffirait-elle à lui offrir une félicité suffisante ? Délicatement, la sorcière glisse dans son esprit l’image mentale d’un petit trio réuni par l’amour. Dans ses projections, Manius est toujours en train d’endormir l’être minuscule avec un gros livre à la main. L’Histoire n’a sans doute jamais été aussi douce que lorsqu’elle tente de bercer un nourrisson.

 

Caecilia se retire rapidement de l’esprit du sorcier sans y lire quoi que ce soit. Ses intrusions ne sont que des offrandes qu’elle dépose dans ses pensées. Venez, monsieur Fawley, vous avez promis de m’emmener danser, sourit-elle avec un ton un peu boudeur. La jeune femme est peut-être une sorcière brillante, elle n’en reste pas moins tout à fait incapable de comprendre le moindre élément qui relèverait du domaine de son mari. S’il parvient à créer son sortilège un jour, peut-être lui demandera-t-il de l’exécuter ? Après tout, c’est à ça que servent les alliés.


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Message publié le 17/02/2026 à 16:41

Le corps engourdi a du mal à accepter la réalité du petit matin. Caecilia a mal aux pieds d’avoir trop dansé. Elle émerge doucement entre des draps désespérément vides, cherche le corps d’un Manius déjà disparu. Long soupir, petite moue : où sont ses bras quand elle a besoin d’eux ? Le contact du tissu contre sa peau lui donne envie de replonger dans un sommeil sans rêves, elle passe une main dans ses cheveux, son corps est encore chaud.

 

La sorcière glisse ses doigts sur Eleftheria, elle fait un instant tournoyer sa baguette, pensive. Dans sa tête, un trop-plein de l’historien, de ses gestes, de ses mots, le cadeau d’une force plus douce, d’un cadre plus stable pour l’aider à repousser ceux qui la blessent. Ce matin, elle en est sûre : Scott ne reviendra dans sa vie que sous la forme d’un mauvais souvenir.

Léthargie douce-amère dont elle a fini par se réveiller.

 

Les rideaux s’ouvrent sur un paysage d’hiver que le vent fait ployer. Caecilia grimace en se refusant une énième clope. Fumer au petit matin, le regard vague dans un horizon dont elle connaît toutes les saisons lui manque terriblement. Elle tapote nerveusement sur le rebord de la fenêtre.

 

Devant le miroir, la tireuse sourit un peu, attache des cheveux qu’elle n’a toujours pas coupés malgré la courte discussion avec Prisca sur le sujet. L’eau glacée sur son visage achève de la réveiller, et elle s’octroie un brin de toilette avant de retrouver son mari, toujours impeccable.

 

L’odeur du café l’attire vers la salle à manger. Sa baguette glissée à sa ceinture, la tireuse relève les manches de sa chemise en entrant dans la pièce, peut-être plus mécaniquement que pour de véritables questions de température. Ses yeux rencontrent rapidement les strelitzias qu’elle caresse d’un regard charmé avant de retrouver ceux du sorcier. Merci monsieur Fawley, murmure-t-elle en volant un baiser à son mari. Gratitude innocente qui englobe pourtant bien plus qu’un petit bouquet. Pas trop mal aux pieds ? interroge-t-elle en attrapant une tasse à café. Les matins sont brusquement plus doux depuis quelques minutes.

 

Caecilia repère sa boîte à musique sur un coin de la table. Encore un mystère non élucidé qui avait su faire diversion. Elle la remercie silencieusement. Combien de petits détails de ce type ont-ils permis aux deux époux de finir par tomber dans les bras l’un de l’autre ? 

Ce matin, la sorcière est reconnaissante, elle a brusquement l’impression d’avoir avancé.

L’impression.

 

Les mots de Manius claquent brusquement dans l’air. Le tremblement incontrôlé de ses doigts, puis une sensation de brûlure sur le dos de sa main gauche. Caecilia laisse échapper un gémissement de douleur physique et psychologique en déposant la cafetière sur la table un peu trop brusquement. Elle éponge sa main avec une serviette en lançant à son mari un regard désemparé.

 

Son corps retrouve soudain son état d’alerte, l’estomac noué, le cœur serré. Elle sent l'organe se tordre dans sa poitrine en une douleur bien plus intense que celle du café brûlant. La sorcière essaie de capter le regard de Manius, d’y chercher une explication à ce retournement de situation.

 

Que lui disait-il encore la veille ? Je n'ai pas pris l'emploi au musée parce que je ne veux pas que tu t'inquiètes de me savoir près d’elle. Et aujourd’hui ? Le léger bonheur de la matinée quitte brusquement Caecilia, qui se demande quel impair elle a encore commis pour qu’il décide de fuir dans d’autres bras. Alors qu’elle a eu l’impression qu’ils étaient parvenus à effleurer un bout d’harmonie entre leurs mains liées, le voilà qui repart déjà.

 

Parce que, dans la tête de la jeune femme, le musée de Godric's Hollow ne rime qu’avec un seul mot :

O-phe-li-a.

 

La sorcière sent son cœur battre douloureusement dans sa main. Elle s’assied lentement. Sur la nappe, une tache colorée retient le déni de lui boucher les oreilles.

Caecilia se sent vide. Vide et conne.

La douleur l’empêche d’écouter la prévenance de son mari, la nécessité de lui faire confiance, la volonté de ne pas lui faire de mal. Les pas qu’elle a faits dans sa direction n’ont eu qu’une et unique conséquence : le faire reculer.

Qu’est-ce que j’ai fait ? articule-t-elle douloureusement en levant les yeux vers un visage qui lui semble soudain étranger.


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Message publié le 17/02/2026 à 14:56

Ft. quelques mots de Solann

 

Ce soir j’dis au revoir au d’vant d’la scène

Si vous saviez comme j’ai connu l’obscène

J’la mérite ma place sur les planches.

 

Lui en vouloir, c’est un premier réflexe dont elle aurait bien du mal à se débarrasser. Manius, qui enlace, serre, cajole comme si la sorcière était déjà totalement brisée, qu’il pouvait coller ses lèvres contre son corps pour tout réparer. Elle pourrait, voudrait y croire. Hésite.

 

Double injonction dans son esprit : être forte, se laisser protéger. Mais que peut monsieur Fawley pour enrayer son autodestruction méthodiquement organisée ? Une succession de pas de travers soigneusement choisis pour la faire valser par-dessus bord. Quitter le navire avant qu’il ne l’emmène vers la morosité.

Que peut Manius là où les yeux de Prisca n’ont rien décelé.

Des yeux de professionnelles.

Que peut-elle faire de ses excuses ? Les chiffonner, plier les bonnes intentions en avions de papier à destination de femmes qui sauraient mieux les recevoir ? Parce que Caecilia ne veut pas être une victime. Elle ne l’est pas. Jamais. Dans aucun des scénarios qu’elle revisite la nuit avec anxiété.

 

Si la douleur la prend à la gorge ce soir c’est simplement parce qu’elle comprend que Scott Emfield ne devait pas l’aimer vraiment. Qui marquerait sciemment un corps et un visage en le trouvant charmant ? Un amant qui répond aux coups par une violence plus forte encore ne peut pas être un aimant. Mais les règles du jeu sont bien établies, le scénario cohérent. Alors c’est moins difficile de s’essayer à l’amour : la déception est prévisible. Elle peut l’anticiper et s’en remettre. De moins en moins facilement. Sacrifier un corps pour sauver un cœur. Et puis, il n’y a plus rien à sauver.

 

Caecilia sait au fond d’elle qu’il reviendra. Elle se le raconte en long et en large. Emfield frappe à sa porte, l’air désolé. Il s’excuse, s’explique, lui demande de la pardonner. Si elle boude trop longtemps, il finit par s’énerver, alors la sorcière a plutôt intérêt à calculer jusqu’où elle peut aller avant le premier éclat de voix. Peu importe les prémices, elle finit dans ses bras. Dans l’ordre des choses. Caecilia & Scott, Scott & Caecilia. C’est écrit comme ça.

 

Ce soir, sous le regard de Manius plongé dans le sien, qui tente de la rassurer en lui parlant latin, la tireuse se demande ce qu’elle fera lorsque l’homme qui a piétiné son cœur sans ménagement reviendra. Sera-t-elle capable de le repousser ? Tu mérites des caresses et de l'affection. Il lui rirait au nez avec ses airs de petite noble sacrée aux poignets qu’il est si simple d’attraper. Une petite poupée trop facile à faire craquer.

 

La sorcière n’a pas besoin d’un protecteur.

C’est elle le danger.

 

Elle pense encore à lui, sa future vie de famille, devine quelque part que cet homme-là n’a probablement jamais levé la main sur Vanessa. Toujours charmant, fédérateur, avenant. Non, cette ombre en lui, c’est elle qui la provoque : il le lui a déjà dit. C’est sa faute s’il est comme ça, à cause d’elle, qu’il ne se maitrise pas. Parce qu’elle le rend fou avec sa jalousie et ses problèmes de bourgeoise.

 

Manius semble avoir besoin à tout prix de la protéger, d’agir, d’aider. Comme à chaque fois qu’elle évoque son père, la même réaction. Mais la sorcière n’a pas de place pour une aide extérieure. L’attitude l’irrite, elle doit se contrôler pour ne pas tout faire voler en éclats. Accueillir l’émotion de l’autre, qui prend soin des siennes depuis plusieurs heures.

Caecilia ne croit pas qu’il puisse la sauver de quoi que ce soit. Cela reviendrait presque à s’avouer qu’il est plus fort qu’elle, qu’il maitrise mieux. L’idée blesse profondément la jeune tireuse d’élite lorsqu’elle imagine son mari le nez dans ses bouquins.

Mais comment exprimer que ses promesses de protection constituent pour elle un affront ?

 

La sorcière se mord la lèvre avant de parler, les yeux de son ange, l’odeur de Scott dans ses draps, son sourire de mépris qui la fait chavirer. Est-elle vraiment capable de lui tenir tête ? Ou bien l’amour qui camoufle sa lucidité l’empêche-t-il de se sauver ?

Spero patronum, murmure-t-elle pour goûter les syllabes sur le bout de ses lèvres. Manius, je ne veux pas de protecteur, un sourire presque apaisé sous les larmes, j’ai déjà une protectrice. La main contre Eleftheria. Caecilia sait se défendre et, même si ce n’est peut-être pas toujours entièrement le cas, elle veut apprendre à le faire seule.

Seule ? Alors à quoi rime la vie à deux ?

Pourquoi essayer de faire fonctionner cette union discordante si elle se débrouille mieux seule ?

 

J’ai besoin d’un allié, propose-t-elle alors. Quelques secondes supplémentaires en corps à corps avant de s’éloigner doucement de l’étreinte du sorcier. Je elle hésite avant l’aveu, je sais que c’est mal, mais c’était notre façon de faire, Scott et et moi, non, l’ensemble n’existe plus, Caecilia ne garde que le temps au passé : fin j’veux dire que j’suis aussi responsable que lui voilà, même peut-être plus. T-tu vois, toi aussi, je t’ai blessé, je elle saute à pieds joints dans le danger de le voir la repousser, c’ma manière foireuse de fonctionner, grimace de dégoût, puis un regard inquiet pour le sorcier et presque dans un murmure : fin c’était.

 

 

De rue en rue, les deux époux regagnent le Londres sorcier. Même après avoir mangé, il leur reste encore un peu de temps avant d’aller danser. Caecilia se sent de plus en plus enthousiaste à cette idée. Manius sera-t-il un bon cavalier ? Le Chemin de Traverse est presque désert, l’atmosphère du début de la nuit rend la sorcière joyeuse. À l’abri des regards moldus, elle récupère sa baguette dans sa main : au fait, c’est quoi ton patronus interroge-t-elle alors que les mots de son mari ont du mal à quitter ses pensées.

 

La sorcière lui offre le sien d’une formule prononcée avec application. Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée. Brin de bonheur et de liberté pour entourer deux êtres injustement liés. Caecilia glisse ses doigts dans ceux de Manius. Elle cueille un baiser sur ses lèvres brièvement éclairées par le sortilège.

 

Aime-moi nouvelle

Moins abimée, plus belle.

Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !

Sortilège
Sortilège du Patronus
Difficulté
12
Résultat D20
9
Interprétation
Échec
XP gagnée
10

Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

Autres résultats possibles

La petite hirondelle translucide qui s’échappe d’Eleftheria volette quelques instants autour du sorcier avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

La petite hirondelle translucide qui s’échappe d’Eleftheria volette quelques instants autour du sorcier avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.

Une esquisse d'hirondelle translucide  à peine formée s’échappe d’Eleftheria avant de s’évaporer dans la nuit, laissant derrière elle une légère brume argentée.


Éprouver le quotidien

Message publié le 16/02/2026 à 23:55

Hors du mouvement de la circulation, les corps un peu perdus. Dans le coucher de soleil qui les nimbe d’une couleur dorée et glacée, les deux époux semblent à nouveau tenter de se regarder. Caecilia en tenue de princesse, cherche à tâtons son cavalier. C’est lui qui la trouve d’une main contre sa joue, sa nuque et puis le goût de ses lèvres qui la rassure.

Manius Fawley tout proche. Elle ne sait plus bien s’il la désire ou la déteste. S’il lui en veut ou simplement la veut. Alors, elle sourit pour cacher son trouble.

 

Il y a quelques jours encore, deux parfaits étrangers et pourtant, depuis cette drôle de nuit, l’alliance démise et puis réparée, une tendresse nouvelle, moins feinte, plus naturelle. Elle aime qu’il la regarde avec ces yeux-là, glisse à ses oreilles des mots qui cadenassent l’angoisse.

Très bien, personne n’abandonne personne.

Réponse muette à la promesse de son mari. Le cœur brusquement accéléré lui rappelle un émoi adolescent dont elle a presque honte. Pourquoi Caecilia Fawley se sent-elle soudainement embarrassée ?

 

Des pas qui s’accordent pour avancer encore un peu dans la même direction. La sorcière semble redouter l’instant où l’un des deux tournera les talons. Elle a peur d’initier la fin de la chanson. C’est souvent elle qui fait volte-face – ou est-ce Manius qui la pousse dans les tranchées ?

Alors, elle tient ses doigts fermement, comme une petite enfant qui aurait peur de s’égarer dans un trop grand élan de curiosité. Pour une fois, elle a l’impression de ne pas trop mal se débrouiller, les paroles sortent plus facilement. Pourtant l’homme se fige, lâche des doigts qui instinctivement se portent à Eleftheria comme si elle avait flairé le danger.

 

Caecilia reconnait ce regard, le même que celui qui lui avait ordonné de ne pas même penser à s’en prendre à Ophelia. La sorcière a un mouvement de recul, se demande si elle est fautive, quelle erreur elle a pu commettre dans l’instant qui lui paraissait jusque-là plutôt harmonieux.

 

Encore une fois, elle semble avoir tout fait voler en morceaux. Cae. Elle se crispe. Ne m’appelle pas comme lui. Il ne peut pas savoir, non. Le surnom qui lui lacère le cœur la perfore avec une violence symbolique inouïe.

Elle aimerait lui crier de reprendre sa main, de reprendre sa marche. Replonger dans la soirée aux accents mélodramatiques délicats. La douceur d’exister à ses côtés. Chasser cet air-là qui lui donne l’impression d’avoir commis une grosse bêtise.

 

Est-ce qu’il a levé la main sur elle ? L’idée la ferait rire jaune. Scott et Caecilia ne savent faire que ça : lever des mains, tantôt douces, tantôt brutales. C’est plutôt normal. De saines disputes pour faire avancer la relation et puis Vanessa et les conflits qui tournent en rond. Tu m’as appelée comment, sale crevard ? Des mains auxquelles elle ne résiste pas, ne veut pas résister parce qu’elle les aime, baisers forcés jusqu’à ce qu’elle soupire. Caecilia frappe, Scott rend les coups, œil pour œil, un amour réciproque qui l’avait fait se sentir tant désirée.

 

Jusqu’à Manius.

L’historien qui ne la frappe pas en retour.

Ses certitudes envolées dans un regard meurtri qui cherche à lui apprendre qu’on ne violente pas quelqu’un par amour, jamais.

 

La jeune tireuse forcée de se replonger dans ses souvenirs revoit les menaces à peine voilées, les mains d’Emfield dans ses cheveux qui tirent trop fort si elle parle encore de s’approcher de Vanessa.

 

Elle comprend ce qu’essaie de lui dire le sorcier. La réflexion déjà amorcée ce midi l’attrape à la gorge. Oui, mais deux yeux un peu perdus, un peu effrayés, c’est moi j’ai l’expression si dure du mari Fawley, tu vois j’provoque, je frappe, je est-ce qu’il allait la quitter là ? Tourner les talons pour s’éloigner de cette folle furieuse qu’il n’imaginait pas derrière l’adolescente solaire qu’il avait choisi d’épouser.

 

Elle s’étrangle un peu dans ses tentatives : c’est pas grave c’est c’est quoi ? Le visage de sa mère. Qu’il la prenne dans ses bras. Caecilia cherche à s’y glisser, une faille, un geste pour la rassurer. Dans son dos, elle peut laisser des larmes silencieuses couler : je savais pas.

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