Homme
17 ans
Sang-mêlé
Ukrainien
Identité
-
- Septième année
- Surnoms : Sashou
- Nationalité : Ukrainien
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 25/02/2026 à 20:28
Sasha avait du mal à dissimuler son embarras. Tant les propos que la façon de Zuey de se mouvoir et de déclamer ses pensées le laissaient démuni, avec cette incertitude qui habillait son regard - comprenait-il exactement, ne se moquait-on pas de lui ? Non, Zuey paraissait sincère, portée par une fraîcheur d'outre-tombe : grave et fugace à la fois. Sasha s'humectait les lèvres, la suivait du regard, attentif. Il avait oublié les oiseaux qui les épiaient, et aussi son journal abandonné à ses côtés.
Il fronça les sourcils, et un coin de ses lèvres fut étiré en un demi-sourire incertain.
- Cassie ? demanda-t-il, étonné. Tu te trompes, cette fille-là m'a pris en grippe. Je sais pas pourquoi, mais sûrement pas parce qu'elle aurait tenté quoique ce soit avec moi.
Il parut réfléchir un bref instant, porta une main abîmée à son menton dans une mimique faussement profonde.
- Ah si, maintenant que tu le dis, elle a bien essayé de me tuer par exaspération à plusieurs reprises, mais je qualifierais pas vraiment ça comme une approche.
De nouveau, Zuey regardait sa main. Mal à l'aise, Sasha la rangea dans la poche ventrale de son pull.
- Pour les épines, j'suis au courant, grommela-t-il. Et j'en ai assez fait les frais, merci bien.
Inutile de dire à quelle rose il s'était piqué ; il avait l'impression que toute l'école était au courant de la relation manquée qu'il avait eu avec la belle championne Alison. Avec le recul, c'était l'histoire absurde de la Belle et la Bête, sauf qu'elle était restée belle et qu'il était resté une bête, loin de se transformer en prince charmant. Sasha haussa les épaules, de toute façon bientôt plus intéressé par les déclarations de Zuey concernant l'animagie. Ses yeux s'écarquillèrent subrepticement.
- Vraiment... ? souffla-t-il. Tu sais qu'il peut y avoir des effets secondaires graves au procédé d'animagie s'il est raté, hein ?
Un corbeau croassa à quelques mètres au-dessus d'eux, comme pour souligner de sa voix sinistre le ton dramatique de la remarque du Gryffondor.
- Non merci, dit Sasha en repoussant doucement la main de Zuey. Aussi, tu sais que la transformation est très douloureuse. Tu es accompagnée pour faire ça ? Faut pas faire ça toute seule, Zuey.
Il était sérieux, soudain. Ses lèvres se pinçaient comme s'il se concentrait sur une volonté qu'il n'était pas en mesure de plier à la sienne. Il reprenait subitement son attitude de grand frère avec un naturel protecteur qui paraissait ne jamais trouver l'âme qu'il aurait dû abriter. Même Kalina s'échappait de son aile providentielle, tant et si bien qu'il se demandait pourquoi il s'imaginait avoir une aile protectrice à offrir au monde. Sasha secoua la tête en se plaquant contre le mur froid de la volière, regardant Zuey comme si elle avait dit une obscénité. Pleurer, lui ? Sûrement pas !
- J'ai plus vraiment de flamme à partager, désolé de te décevoir, grommela-t-il tandis que Zuey s'élevait soudain.
Elle lui parut s'animer comme une poupée étrange dans une tirade qui prouvait son point : elle n'était pas l'artiste, c'était vrai, elle était une oeuvre. Et Sasha la contempla comme telle ; comme une pièce éphémère, dont chaque scène ne serait jouée qu'une seule et unique fois, et il était le témoin, ce soir, de cette scène-là, qui ne serait joué pour aucun autre. Il était aisé de se laisser bercer par les mots de Zuey, de lui donner raison sur le fond parce que la forme était à la fois poétique, émouvante et convaincante. Mais quand elle se tut, le silence qu'elle avait instauré dans le cerveau de l'ukrainien se vit bientôt reconquis par les sentences arachnéennes qui avait construit leur emprise et leur empire sur le terreau piétiné de son histoire.
- J'en sais rien, dit-il soudain, et sa poitrine s'affaissa d'un gros soupir. J'ai l'impression que maintenant tout ce qui compte, c'est juste de faire mon devoir, en attendant que plus personne n'ait besoin de moi.
Il baissa les yeux, penaud. Que ferait-il après ? Il avait l'impression que ce serait, tout bonnement, la fin de sa raison d'exister encore.
Message publié le 21/02/2026 à 20:00
- Ca, j'sais bien que t'es capable, c'est pas c'qui m'inquiète.
Kalina, elle, s'était émerveillée devant la présentation de Charlie, et s'était approchée des écharpes brodées pour le Tournoi en se mordant la lèvre inférieure, tandis que Sasha gardait sur elle un oeil prudent.
- Dommage, je voulu porter un tshirt Alison pour la prochaine épreuve, commenta la petite fille avec sa conjugaison bien à elle, mais elle ne paraissait pas si bouleversée que ça.
- C'est p't'être pas plus mal, lui intima Sasha. La célébrité ne peut donner que ce qu'elle a.
Kalina se retourna ensuite vivement vers Charlie, et un sourire se peignit sur son visage d'une oreille à l'autre.
- Vy rozmovlyayete ukrayinsʹkoyu ?! (Tu parles ukrainien ?!)
- Elle connait quelques mots, Kalinka, intervint rapidement Sasha, et il récupéra sa petite soeur excitée par une épaule pour l'emmener avec lui vers le fond de la boutique.
- Quelques mots c'est bien ! J'apprendra à toi plus ! claironna-t-elle avant de se laisser entraîner vers les escaliers.
Kalina voulut bien suivre Marley plus que Sasha, ses yeux ayant l'air de vouloir toucher à tout sur son passage : les cadres, les meubles, même les ustensiles de cuisine une fois qu'ils furent arrivés à destination paraissaient la passionner.
- On est dans la maison de la championne, chuchota-t-elle avec excitation à son frère tandis qu'elle se pendait à sa manche. Est-ce qu'il y a un Tournoi du Monde, après ?
- Nan.
Sasha lui répondit d'une voix absente, déconcerté qu'il était par le regard subitement fixe de Marley en face de lui. Ils s'observèrent l'un et l'autre, et Sasha avait la curieuse impression que l'enfant avait perçu quelque chose en lui, mais il ne savait quoi. Peut-être que sa tête ne lui revenait tout simplement pas. Sasha soutint son regard d'une manière qu'il espérait la plus neutre possible.
- Tu me diras si t'as aimé Marley ok ? fit Kalina, inconscient de l'échange silencieux entre les deux garçons, lorsque Freya fit son apparition à son tour.
Aussitôt, la petite fille sursauta et alla se cacher derrière son frère, les joues empourprées de timidité. D'ailleurs, il n'y avait pas qu'elle : maintenant que Marley s'en allait, Sasha aussi avait l'impression de sentir son visage chauffer d'embarras. Certes Freya était belle et courageuse et il y avait toujours été sensible, mais il était encore plus gêné qu'habituellement pour s'adresser à elle.
- Huummm, ouais, désolé, j'espère qu'on va pas te prendre longtemps.
Parce que Freya ne devait plus gérer qu'une petite boutique et ses petites soeurs : il y avait désormais un autre petit frère dont elle semblait avoir naturellement pris la charge et il savait pour avoir contribué à la boutique que les nombreuses ventes signifiaient beaucoup de travail invisible pour elle. Il se sentait d'autant plus coupable de venir encore une fois lui demander de l'aide.
- Ecoute, commença-t-il, merci pour tout ce que votre famille a fait pour nous deux, les vêtements pour Kalina et tout le reste. C'est vraiment, hum... C'est vraiment important pour nous.
La principale concernée avait décidé de fourrer son visage dans le pull de son frère, histoire de ne rien voir de la situation, à défaut de ne pouvoir éviter d'entendre.
- Et alors j'suis d'autant plus gêné de venir encore te demander un truc. Mais si vous avez besoin de quoique ce soit, même un peu d'aide gratuitement à la boutique, hésite vraiment pas, ok ? Ca sera avec plaisir, je t'assure.
Sasha avait bien réfléchi à demander à d'autres personnes, mais il avait vite fait le tour des filles qu'il connaissait : Charlie était peut-être trop jeune, Fenella était partie, les autres filles de Gryffondor le regardaient souvent de travers, et Alison... Non, il y avait autant de raisons de ne pas demander à Alison que de plumes sur Micmac.
Il prit une inspiration, sentit sa soeur tirer sur son vêtement et tâcha d'en faire abstraction, mais Sasha la désigna d'un regard en coin, brièvement, avant de confronter de nouveau ses prunelles à celles, intimidantes, de l'aînée des Carter.
- Hum, voilà. J'crois qu'elle a ses règles ?
Voilà, c'était dit, il avait les joues en feu et sa voix était peut-être un poil plus aiguë que d'habitude. Il déglutit.
- Hum, on... On lui a mis un linge propre en attendant ?
Non, ce n'était pas une question, même si ça sonnait tout comme. Sasha secoua la tête.
- Je suppose qu'il y a des sorts de base pour les sorcières pour gérer ça, mais moi je sais pas, dit-il, penaud. Et Kalina refuse d'aller voir l'infirmière de Poudlard, et je l'ai pas forcée parce qu'en ce moment c'est un peu compliqué... Et elle dit que ses copines de dortoir n'ont encore rien du tout. Alors je me suis dit, si tu avais cinq minutes, juste pour lui expliquer...
Sasha s'humecta les lèvres, la mine interdite. Ses mains avaient naturellement entouré les épaules de Kalina qui se cachait toujours. Il haussa les épaules dans une mimique gênée.
- J'suis désolé qu'on te prenne tout le temps autant de temps alors que t'es déjà débordée, confia-t-il subitement, la mine défaite. J'sais que t'as déjà tellement à gérer, alors j'suis sérieux Freya. Si je peux te soulager de quelque chose, dis-moi.
Message publié le 21/02/2026 à 17:37
Sasha avait acquiescé d'un bref mouvement de tête.
- Ca ira parfaitement, pour les casiers OCQ, approuva-t-il, avant de confronter, lui aussi, son regard à celui, déterminé, de la Serpentard, par-dessus la table qui les séparait.
Il accueillit les propos suivants avec un instant de silence, visiblement quelque peu dérouté devant le discours d'Alison. Sasha s'humecta brièvement les lèvres en la regardant s'occuper de ses cheveux, réfléchissant visiblement de son côté.
- Ca me va très bien, finit-il par dire posément, il faut qu'on se concentre sur le Tournoi.
Sasha parut toutefois soulagé qu'elle mît fin à cette discussion en tentant un nouveau sortilège. Il grimaça devant son échec.
- T'inquiète, celui-là est pas difficile, ça fera partie de la liste des sorts qu'on va répéter, tu l'auras vite.
Sasha déposa sa propre baguette sur la table pour se libérer les mains, et tira du matériel un rouleau de parchemin vierge. Il dut déplacer quelques autres objets mis en vrac dans le sac pour trouver, au bout de quelques secondes, une plume et un encrier.
- On fera la liste des sortilèges utiles pour pouvoir être sûr de n'en oublier aucun d'important, raconta-t-il en tirant une chaise pour se mettre directement au travail - l'une de ses mains abîmées trempait déjà la plume dans l'encrier avant qu'une fois assis, il ne se penchât sur le parchemin pour tracer de longs traits verticaux. Il y a les sorts d'attaque et de protection bien sûr, les sorts de soin, les sorts pour répondre aux différents environnements, et... tous les autres, je suppose, qui peuvent être utiles pour bricoler des solutions, par exemple.
Il apposa les titres. L'écriture de Sasha ne s'était guère améliorée depuis son arrivée à Poudlard : il écrivait en pattes de mouches et se glissait souvent des erreurs d'orthographe dans son anglais qu'il avait plus appris à l'oral qu'à l'écrit. Mais ça n'avait ici aucune importance : ce parchemin, ce serait surtout lui qui le contrôlerait pour être sûr de ne rien oublier dans la responsabilité qu'il avait prise d'aider Alison à au moins dessiner les contours d'un entraînement efficace.
Il releva la tête pour la consulter d'un regard sérieux.
- Tu as sûrement déjà fait ça, mais j'ai été à la bibliothèque pour lire les détails des Tournois précédents. Je n'ai pas encore eu le temps de tous les étudier, mais je vais continuer pendant mes pauses déjeuner la semaine prochaine. Bref, tu as dû constater toi aussi que la grande majorité des épreuves consistent à affronter des créatures plus ou moins dangereuses ou qui peuvent entraver une progression. Donc les sortilèges offensifs et défensifs resteront notre priorité.
Sasha se releva, récupéra sa baguette en abandonnant momentanément le parchemin. Sous la voûte de pierre, la pièce étant presque vide, leurs voix résonnaient curieusement, comme s'ils étaient dans une bulle isolée du reste du château.
- Je ne sais pas si tu as vu, mais certaines années, les champions ont dû s'affronter entre eux. C'est une éventualité qu'il faudra prendre en compte. Donc les sorts qui s'appliquent aux humains comme aux créatures doivent être maîtrisés. On pourrait commencer avec des basiques comme celui-ci : impedimenta.
De la baguette de Sasha jaillit un arc rouge, qui fut projeté vers le mur. Il percuta la pierre avec une discrète onde sonore. La lumière avait momentanément éclairé les traits d'Alison et Sasha d'une clarté orange, mais bientôt leur visage reprit les couleurs blafardes que leur conférait le cachot à la lumière pâle.
- Bref... En dehors des milieux hostiles et des créatures, il y a parfois des épreuves d'intelligence, d'agilité, d'endurance, et parfois même psychologiques, comme la confrontation à des souvenirs ou l'utilisation de la famille, par exemple.
Il secoua la tête, visiblement dépité. Mais finalement, il n'avait jamais eu autant de choses à dire à Alison. Il ne s'en rendait pas compte, pris dans un sujet qui l'avait visiblement captivé depuis plusieurs jours maintenant.
- Il y a encore quelques semaines j'aurais pensé qu'ils n'oseraient pas faire ça aujourd'hui, mais maintenant je ne suis plus sûr de rien. Tu as vu l'épreuve des Miroirs aux Remords de 2102 ? Le staff a dû intervenir à cause d'un élève qui allait faire une tentative de suicide. Il faudra absolument qu'on réfléchisse à comment...
Sasha détourna le regard le temps de réfléchir, et s'humecta les lèvres.
- Comment t'aider à gérer les émotions fortes.
Il prit une inspiration avant de confronter de nouveau le regard d'Alison.
- Les Veilleurs nous apprenaient des techniques de centrage mental, dit-il subitement, pour ne pas perdre de vue l'objectif quand... ça devenait un peu turbulent. On essaiera si tu veux.
Sasha Shevchen a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Zorepys !
- Sortilège
- Maléfice d’Entrave
- Difficulté
- 5
- Résultat D20
- 12
- Interprétation
- Réussite
- XP gagnée
- 3
De la baguette de Sasha jaillit un arc rouge, qui fut projeté vers le mur. Il percuta la pierre avec une discrète onde sonore. La lumière avait momentanément éclairé les traits d'Alison et Sasha d'une clarté orange, mais bientôt leur visage reprit les couleurs blafardes que leur conférait le cachot à la lumière pâle.
Autres résultats possibles
De la baguette de Sasha jaillit un arc étincelant et rouge, qui fut projeté violemment vers le mur. Il percuta la pierre avec une onde sonore et celle-ci fut marquée d'une trace sombre - premier vestige durable dans cette pièce de leur entraînement consciencieux. La lumière avait momentanément éclairé les traits d'Alison et Sasha d'une éblouissante clarté orange, mais bientôt leur visage reprit les couleurs blafardes que leur conférait le cachot à la lumière pâle.
La baguette de Sasha vibra et de la pointe jaillit subitement une gerbe d'étincelles rougeâtres qui retombèrent pauvrement devant lui.
- J'suis meilleur sur les sorts de soin, bougonna-t-il.
Il soupira.
La baguette de Sasha vibra et de la pointe jaillit subitement une gerbe d'étincelles rougeâtres, qui bientôt crépitèrent bruyamment. Sasha se hâta d'éteindre le début d'incendie en essuyant rapidement le bout de la baguette sur sa manche d'un geste nerveux.
- J'suis meilleur sur les sorts de soin, bougonna-t-il, avant de constater qu'il avait fait un joli trou dans son pull.
Il soupira. Une odeur de roussi s'était maintenant installée entre eux.
Message publié le 20/02/2026 à 17:46
Novembre était venu dans leur vie avec un souffle de bonnes résolutions. Le début du mois avait été particulièrement éprouvant pour Kalina, qui semblait soudain réaliser qu'il n'y avait aucune certitude quant à un retour en Ukraine à la fin de l'année, et encore moins pour les fêtes de Noël. Plusieurs fois, Sasha avait dû passer de longues heures en soirée avec elle, dans la salle commune à cause du couvre-feu, à l'accompagner pour surmonter de grosses crises qui ne pouvaient avoir lieu dans l'espace confiné de leurs dortoirs respectifs, car Poudlard n'autorisait pas le mélange des genres dans les quartiers des élèves. Tour à tour, Kalina était en colère contre son frère et puis elle fondait en larmes dans ses bras, jusqu'à ce que l'épuisement la conduisît à accepter d'aller se mettre au lit avec force de reniflements. Sasha en était tout autant épuisé qu'elle - et inquiet, aussi, de constater une détérioration de son humeur plutôt qu'une amélioration, malgré des progrès nets en anglais et dans les principales matières qu'elle étudiait à Poudlard. Il tentait de la distraire de ses pensées moroses en l'intégrant à l'entraînement qu'il préparait pour Alison, et cela fonctionnait plutôt bien car Kalina n'en avait que pour la championne de Poudlard. Elle ne cessait de demander pourquoi Sasha lui avait tant parlé de Charlie dans ses lettres et jamais d'Alison, sujet que son frère éludait rapidement.
Toujours était-il que, la veille au soir, il y avait eu une crise un peu différente des autres. Alors, Sasha avait décidé que plutôt que de passer le lendemain à travailler, comme tous les dimanches, ils feraient une sortie à Pré-au-Lard. Mêlant l'utile à l'agréable, ils iraient voir la boutique OCQ et la famille Carter. Le temps n'était pas très clément, apportant son lot de pluies intermittentes, aussi furent-ils soulagés de s'engouffrer dans l'établissement, dont la chaleur sèche les enveloppa chaleureusement - avant que ce ne fût carrément les bras d'une Charlie enthousiaste. Sasha l'étreignit avec la tranquillité habituelle qu'il avait avec elle - même si désormais, une pointe de culpabilité le rendait plus mutique, le souvenir de la révélation qu'elle lui avait faite par lettre restant un choc qu'il ne parvenait à s'ôter de la mémoire. Kalina, elle, se hissa sur la pointe des pieds pour rendre l'étreinte avec un petit sourire embarrassé. Bientôt, ses yeux dévorèrent l'endroit et les mille petites choses suspendues qui étaient vendues là.
- Wouahou, le stock a été renouvelé, fit remarquer Sasha en promenant lui aussi ses yeux sur les étalages, qu'il avait bien connu.
- Vous avez faire des choses avec Alison dessus ? ne put s'empêcher d'intervenir Kalina, une pointe d'excitation dans le regard.
- Vous avez fait. Salut Marley.
- Salut Marley ! répéta Kalina en sautillant subitement, ayant aperçu la tignasse rousse derrière le comptoir.
Sasha balaya de nouveau l'endroit du regard, cette fois-ci moins pour s'intéresser aux articles que pour constater l'absence de Freya, qu'il s'était attendu à voir en premier.
- C'est vous qui tenez la boutique ? demanda-t-il, étonné, à Charlie. Ca doit être l'effusion.
Sasha sentit de nouveau une étrange impression l'emplir en songeant à Owen. Est-ce que ce n'était pas lui qui devait tenir la boutique, maintenant, plutôt que des enfants ? Il se morigéna néanmoins, se rappelant que chez lui, Kalina et lui avaient toujours massivement participé au travail de leurs parents. Mais il en voulait à Owen d'une façon que lui-même ne comprenait pas parfaitement. Peut-être qu'il était, tout simplement, une cible facile pour toutes les frustrations qu'il avait accumulé ces dernières années.
- Charlie, on a apporté cadeau ! claironna Kalina, bien loin des préoccupations de son frère.
Vêtue d'une petite robe et de collants en laine hérités de la plus jeune des Carter, Kalina tenait en effet dans une main un sac qu'elle se hâta d'ouvrir. A l'intérieur, maladroitement emballés dans un torchon propre, des petits gâteaux étaient empilés, un peu collés les uns aux autres à cause de leur texture.
- C'est medovi pryanyky, enchaîna-t-elle, excitée de pouvoir remercier Charlie pour les vêtements avec quelque chose qu'elle avait confectionné - bien sûr avec l'aide de Sasha, le matin même. Si tu as l'assiette on peut mettre dedans ?
- Medovi veut dire miel et pryanyky ce sont des gâteaux aux épices chez nous, traduisit Sasha pour Charlie, dont il connaissait la soif de savoir - et la capacité à retenir tout un tas d'informations, par ailleurs. Dis, Freya est là ? On aurait voulu...
- Sashaaaa, le coupa Kalina immédiatement en se renfrognant. Pas maintenaaant !
Sasha lui coula un regard las, mais il reprit quand même.
- On aurait voulu lui dire un petit mot en privé, Kalina et moi. Si c'est possible, bien sûr.
Message publié le 20/02/2026 à 15:00
Le Gryffondor resta un moment interdit, à observer la jeune fille en face de lui dont l'aplomb était tel qu'il commençait à se demander si elle avait un humour particulier ou bien s'il était tout simplement tombé sur une paranoïaque. Il pencha lentement la tête, peut-être pour se donner le temps de la réflexion, sans la quitter du regard, essayant de faire abstraction de ce qu'elle pouvait penser de lui parce qu'il avait vérifié sa braguette.
- Alors c'est ça, fit-il en haussant les sourcils. Tu veux savoir qui sort se bécoter dehors, en fait.
Un petit sourire étira ses lèvres. C'était fou, toutes ces filles qui se critiquaient pour leur frivolité mais qui n'avaient qu'une envie : démontrer être celle qui se cachait dans les fourrés avec un garçon - le premier venu faisant l'affaire, pour preuve sa propre histoire avec Alison. Sasha relâcha un souffle ironique, à mi-chemin entre l'amusement et l'amertume. Un léger vent s'était levé : il s'insinuait dans leurs cheveux, coulait froidement dans leur nuque, et même Sasha qui supportait bien le froid devait avouer qu'il sentait ses vêtements lui coller fraîchement à la peau - maigre protection en comparaison de la fourrure qui l'habillait lorsqu'il sortait habituellement.
Mais puisque c'était un défi, il resta planté là, tâchant de ne montrer aucune faiblesse face aux températures qui chutaient de minute en minute sous la Lune blafarde. Celle-ci se voilait de temps à autre de nuages sombres, dissimulant momentanément leurs visages d'un masque de pénombre avant qu'ils ne réapparussent inchangés : la bravade dans le regard, de part et d'autre.
- Hé bien si ça t'intéresse tant, je sais exactement qui vient se peloter ici le soir et dans quel fourré, annonça-t-il. Je les vois sortir et entrer et glousser comme des oies en allant vers les serres ou vers le Saule Cogneur pour espérer passer entre les branches.
Il laissa un silence s'écouler, le temps que son annonce fît son petit effet, observant avec attention la réaction de celle qu'il avait en face de lui. Probablement penserait-elle qu'il bluffait. Bluffait-il, d'ailleurs ?
- D'ailleurs depuis qu'ils sont arrivés pour le Tournoi, les Français ne sont pas en reste avec les Anglaises. Elles tombent comme des mouches.
Sasha haussa les épaules, comme si ce détail n'était pour lui que des broutilles insignifiantes. Mais à Poudlard, certaines choses se monnayaient et il l'avait appris - parfois à ses dépens. Il eut une expression interrogatrice, comme pour savoir si Madame était satisfaite. Un peu comme il aurait lancé un "Ce sera tout ?" après avoir servi une baguette de pain et un pain au chocolat*.
- Et puisque tu sembles vouloir savoir si j'y participe, la réponse est non, parce que je viens juste prendre l'air.
Ok, s'il avait eu une opportunité, il aurait peut-être participé lui aussi. Mais son attitude souvent inamicale lui valait peu d'ouvertures à des histoires romantiques, plus encore cette année où il avait laissé tomber l'idée de se fondre dans la masse d'élèves de Poudlard. Il désigna d'une paume ouverte le chemin vers les serres.
- Mais fais-toi plaisir, tu trouveras peut-être de quoi satisfaire ta curiosité. La serre numéro trois est la plus fréquentée, probablement à cause des températures qui sont maintenues pour les mandragores...
Une rafale secoua leurs vêtements, plia les branches des arbres voisins qui jetèrent nerveusement des gouttes d'eau sur les parois du château à proximité. La surface du lac se rida et le vent chuinta, faisant claquer une fenêtre ouverte au deuxième étage, mais Sasha faisait toujours comme si de rien n'était, ses poings revenus sur les hanches.
* Chocolatine n'est pas un terme autorisé sur le forum (ndla).**
** C'est une blague, me modérez pas !
Message publié le 20/02/2026 à 12:45
- Hhuuumm...
Sasha devait froncer les sourcils (encore) pour déchiffrer à peu près ce que lui disait sa camarade de maison. Mais comme d'habitude, il avait cette étrange sensation de ne pas en saisir tout à fait le sens, tout en étant parfaitement convaincu qu'elle touchait vrai. Cette fille-là avait un drôle de super-pouvoir, mais bientôt il sentit ses joues s'empourprer et son estomac se nouer.
- Heuuuu... De qui tu parles ?
Kalina ? Probablement Kalina.
Sasha posa le journal à ses côtés pour mieux saisir le petit morceau de cookie - qu'il n'osait en réalité refuser ; c'était donné avec tant de conviction. Et grand bien lui en avait pris, puisqu'à la place du journal Zuey vint loger sa tête et il resta la sienne suspendue au-dessus, le menton en arrière, à la contempler avec un malaise évident.
- Hum. Moi je lis un journal.
Sa réponse était d'une simplicité effarante à côté de l'occupation parfaitement sybilline de Zuey, tant en réalité qu'elle lui parut idiote. Il cligna des yeux, décida de manger le morceau de pâtisserie pour se donner le temps de réfléchir à l'attitude à adopter face à cette... humaine légèrement collante. Il souleva le coude pour la voir tout en dégustant.
- Pou'quoi, t'es animagus ? plaisanta-t-il la bouche pleine.
Demi-plaisanterie en réalité : si c'était le cas et qu'elle se transformait réellement en chauve-souris, il préférait le savoir. Sasha se rendit compte qu'il ne connaissait rien du tout de Zuey : était-elle là depuis ses onze ans comme les élèves habituels ? Lui n'avait pas grandi comme les autres Gryffondor avec les mêmes partenaires de chambre, sauf depuis l'année dernière, et il s'était peu intéressé aux nouvelles têtes de la salle commune, s'il y en avait eu. Tout ce qu'il savait, c'était que Zuey n'avait l'air de rentrer dans aucun cadre. Il l'avait vue papillonner ici et là, avec différentes personnes, et ne l'avait remarquée que depuis sa prestation théâtrale quelques jours plus tôt, dans la salle commune. Maintenant qu'il l'avait sous les yeux, il ne pouvait que constater l'effort important que celle-ci mettait à souligner ses yeux et ses lèvres d'un maquillage soigneux. Des sillons noirs habillaient toutefois le haut de ses joues.
Sasha poussa la dernière bouchée dans sa bouche d'un index.
- T'as pleu'é ?
La question portait moins sur les faits que les motifs, bien sûr. Il se l'imaginait subitement en âme collectrice des peines de chacun des élèves du château, comme un pare-foudre qui encaissait principalement la douleur des flèches que Cupidon décochait aux uns et aux autres sans qu'ils pussent satisfaire leurs émois adolescents.
- J'espère que c'est pas à cause de mon paquet que j't'ai laissé la dernière fois, il en vaut pas le coup, dit-il après avoir enfin dégluti et récupéré sur le bout de ses doigts abîmés les quelques miettes qui y étaient restées. Mais tu sais, les chauve-souris ont des p... Aaaah.
Ca y était. Une souris sans poil. Il se sentit bête d'avoir si vite sauté à une conclusion qui le trahissait presque. Sasha grimaça, avant de hausser les épaules. Précautionneusement, maintenant que sa main était libérée du cookie, il alla la poser sur le sol, le long de son corps, ne sachant visiblement que faire du paquet qui s'était invité sur lui. Si quelqu'un les trouvait là, songea-t-il, on dirait encore qu'il profitait des plus jeunes que lui. La pensée lui assombrit le visage. Mais si elle avait pleuré, il ne pouvait quand même pas lui ordonner de dégager de là. Alors il récupéra sa main pour se gratter la tête.
- Est-ce que t'es un genre d'artiste ? il demanda de but en blanc.
Les oiseaux qui peuplaient la volière demeuraient silencieux, comme un public attentif attendrait le dénouement d'une scène incongrue.
La nuit, tous les chats sont gris
Message publié le 19/02/2026 à 20:42
C'était une expérience particulière que de se laisser aller à des instincts animaux et joueurs. L'adrénaline d'éviter de peu un impact, l'excitation de voir la pointe d'une branche s'éloigner et échapper au dernier instant à ses griffes qui plongeaient dans la poudreuse, éclaboussant sa vision de flocons blancs. Il lui avait toujours semblé qu'à Poudlard, personne ne pourrait jamais comprendre. Mais aujourd'hui, c'était une expérience plus particulière encore de la partager.
Ils ne jouèrent pas si longtemps. Juste le temps nécessaire à se rendre compte que ce partage était possible ; le temps aussi d'avoir leur fourrure couverte d'humidité - phénomène qui ne semblait pas gêner la panthère outre mesure.
Ils s'éloignèrent ensuite tous deux, la panthère jetant curieusement des regards vers la chatte - comme s'il contrôlait qu'elle était encore là, comme s'il cherchait à distinguer des détails qui ne l'auraient peut-être pas frappé plus tôt mais qui avaient leur importance. Le son aigu de son miaulement soulignait leurs différences de gabarit, et le plus gros de deux félins sursauta au contact soudain de la chatte, qui se frottait à lui.
Leurs regards se croisèrent, comme il tournait la tête pour l'interroger de ses yeux verts que la nuit rendait blafards.
Qui pouvait-elle être ?
Ce qui était sûr, c'était qu'elle n'était pas là l'année précédente. La possibilité que ce fut une élève en visite pour le Tournoi d'une école étrangère était très élevée, mais ce pouvait être aussi un membre du personnel. Non, un membre du personnel ne jouerait pas avec lui. Il pariait sur Uagadou, où les élèves, du moins disait-on, était nombreux à devenir animagus au cours de leur scolarité. Sa découverte du Saule Cogneur prouvait aussi qu'il ne s'agissait pas d'une habituée de Poudlard.
Une jeune fille de son âge, en visite. Qui disparaîtrait à la fin du Tournoi. Quelqu'un de passage, comme lui.
Pensait-elle avoir à faire à l'un de ses camarades d'école ? Probablement. Les britanniques, eux, devenaient rarement animagus dès Poudlard. Sasha n'était pas pressé de lui dévoiler qu'il n'était pas du tout de Uagadou. Profitant de son anonymat, il utilisa l'une de ses grosses pattes pour abriter la chatte contre lui, entre ses deux pattes avant, le temps de la réchauffer quelque peu. Le temps peut-être de réfléchir aussi un peu. Sous le pelage plus clair et doux de son ventre, les battements accélérés de son coeur après l'exercice pouvaient être perçus, autant qu'une chaleur tranquille qui traduisait l'aisance de Sasha par des températures aussi froides. Sa fourrure était épaisse, empêchant l'humidité d'atteindre sa peau bien dissimulée, et faite pour traverser de froids hivers.
Et puis, une idée lui vint et il prit la direction du château, la libérant d'un bond soudain.
De nouveau, un regard en arrière, pour lui intimer de suivre.
Ils longèrent un mur sombre qui, en les dissimulant à la Lune, les engloutit dans une obscurité que seuls leurs yeux de félin pouvaient percer. Les graviers crissaient à peine sous leurs pattes légères et même un observateur avisé posté à l'une des fenêtres éclairées n'aurait pu les distinguer.
Au bout d'un moment, ils bifurquèrent à un angle, contournèrent une tour massive. Sasha vérifia plusieurs fois que la petite chatte couleur sable, au poil tristement mouillé, suivait.
Et alors, ils parvinrent à destination : dans un recoin dissimulé de quelques roches proches du mur du château, la neige avait fondu : un espace exigu était éclairé de stries lumineuses provenant d'une grille placée comme une aération provenant des sous-sols de l'école. Sasha la contourna pour s'asseoir de l'autre côté, éclairé subitement par les lueurs dansantes d'un feu proche, à quelques mètres d'eux à l'intérieur du château : alors quand il s'assit, on put voir son pelage cuivré poinçonné de tâches plus sombres et ses yeux émeraudes qui guettaient l'arrivée du chat, l'invitant à profiter de l'endroit réchauffé par les vapeurs des cuisines de Poudlard. Des senteurs douces - épices, pain qui cuisait et autres fumets savoureux - embaumaient l'atmosphère.
Les mâchoires de la panthère s'ouvrirent subitement en un bâillement qui exposa ses crocs énormes, avant qu'il ne se couchât à même le sol, dans une posture confortable.
Message publié le 19/02/2026 à 07:47
- Parfait, ça faisait partie des choses sur lesquelles on devait travailler.
La voix de Sasha dans le dos d'Alison, et il attendit qu'elle se retournât pour la saluer d'un bref mouvement de tête encourageant. Une main dans une poche, l'autre sur la sangle d'un sac bandoulière en tissu aux grosses fleurs bleues et blanches, orné de centaines de petites perles entourant un prénom brodé : Charlie. Quand il vit qu'Alison posait les yeux dessus, Sasha haussa les épaules.
- J'ai dû ruser pour pas qu'on m'aperçoive avec ça, plaisanta-t-il à demi. Kalina voulait aider et j'avais pas de sac assez grand alors elle me l'a prêté.
Inutile de dire d'où l'objet venait, puisque c'était marqué dessus et Alison l'avait sûrement reconnu. Sasha entra dans le cachot et referma la porte derrière lui. La pierre voûtée et humide au-dessus d'eux créait une atmosphère confinée mais plus lugubre qu'intime ; ça n'avait pas tellement l'air de déranger le Gryffondor qui déposa tout son barda sur une table, faisant tinter quelques-unes des fioles à l'intérieur. Il l'ouvrit pour commencer à en sortir quelques éléments : des fioles effectivement, quelques carnets et parchemins vierges, quelques objets divers : corde, sifflet, boussole, harnais, gants...
- J'ai essayé de rassembler tout ce qui pourrait nous être utile dans les semaines à venir, mais j'ai pas encore tout trouvé. Ce serait bien qu'on ait un endroit où on pourrait stocker notre matériel. Tu crois que tu pourrais demander au concierge ? demanda-t-il, et sa main sortit de la besace un gros sac de papier kraft. Ca, ce sont des boules au miel, aux amandes et au chocolat magique qu'on t'a préparé. C'est très revigorant, si jamais tu as un coup de fatigue pendant l'entraînement ou pendant une épreuve, si t'as le droit d'en mettre dans tes poches.
Il les posa sur la table et dans son geste un peu brusque, l'une des boules s'échappa du sac et tomba à côté, sur la table. Elle ne roula pas car elle avait une drôle de forme, non sphérique. Sasha grimaça.
- Alors les coeurs c'est pas moi hein, c'est parce que Kalina m'a aidé à les faire, précisa-t-il, bougon. Il y a des onguents et des potions pour soigner différents maux, et du matériel pour s'entraîner. Je complèterai au fur et à mesure de ce que j'arrive à rassembler ce dont on pourrait avoir besoin.
Sasha se détacha de la table pour mettre les mains sur les hanches et observer Alison de pied en cap. Elle avait meilleure mine que la dernière fois qu'ils s'étaient vus, et il se demanda dans quelle mesure il serait raisonnable de surveiller si elle mangeait suffisamment lors des repas. Ou plutôt à quelle vitesse il se ferait vertement congédier pour s'immiscer un peu trop dans ses affaires. Il décida de garder ce sujet sensible pour plus tard.
- C'était pas mal, reprit-il en désignant d'un mouvement du menton l'endroit où la forme lumineuse s'était matérialisée un peu plus tôt. Mais ça fait partie des sorts sur lesquels il va falloir qu'on s'entraîne très souvent. Avec les boucliers et tous les enchantements qui te permettront d'évoluer dans différents environnements : chaleur ou froid extrême, obscurité, dans l'eau...
Sasha avait visiblement passé beaucoup de temps à réfléchir à tout ce qu'il faudrait à Alison, mais il ne voulait pas aller trop vite en lui annonçant un programme qui la découragerait. Il avait donc décidé de l'amener progressivement sur différents sujets, et d'exploiter à fond le temps qu'elle voudrait bien consacrer à ces exercices.
Il sortit sa propre baguette, non sans hausser les sourcils d'un mouvement un peu las.
- Ca fait longtemps que j'en ai pas fait et c'était pas vraiment mon fort, commenta-t-il d'une voix morne, mais les patronus, c'est surtout beaucoup d'entraînement pour s'habituer à appeler correctement les souvenirs que tu souhaites là-dedans.
Il désigna sa tempe de son index libre, avant d'agiter sa baguette à son tour, dans un mouvement similaire à celui qu'avait exécuté Alison un peu plus tôt.
- Spero patronum.
De la baguette de Sasha s'échappa un léger filet de fumée lumineuse qui s'évapora aussitôt. Il soupira.
- Ben heureusement que c'est toi qui a été tirée au sort pour le Tournoi, grommela-t-il.
Sasha Shevchen a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Zorepys !
- Sortilège
- Sortilège du Patronus
- Difficulté
- 13
- Résultat D20
- 9
- Interprétation
- Échec
- XP gagnée
- 10
De la baguette de Sasha s'échappa un léger filet de fumée lumineuse qui s'évapora aussitôt. Il soupira.
- Ben heureusement que c'est toi qui a été tirée au sort pour le Tournoi, grommela-t-il.
Autres résultats possibles
Aussitôt, un filet lumineux s'échappa de la pointe de la baguette de Sasha. Le nuage se transforma presque instantanément en un gros chien hirsute, aux oreilles dressées, et Sasha resta coi, les yeux rivés sur l'animal musculeux qui se mouvait avec grâce devant lui.
- Sh.. Shto ? laissa-t-il échapper, le souffle coupé.
Aussitôt, un filet lumineux s'échappa de la pointe de la baguette de Sasha. Une forme floue se matérialisa devant Alison et Sasha avant de s'évaporer doucement.
- C'est le mieux que j'aie jamais su faire, il dit en haussant les épaules.
Devant la baguette de Sasha, une brume argentée se forma... Mais elle noircit aussitôt, se muant en une ombre haute qui glissa vers lui l'espace d'une poignée de secondes, sous la forme d'une silhouette humaine les bras pendants. Sasha bondit en arrière avec un cri de frayeur, et il percuta la table derrière lui, renversant quelques-uns des flacons qu'il avait sorti du sac.
- Tchort ! jura-t-il dans sa langue natale, figé dans une expression de terreur, mais la silhouette sombre s'évanouit subitement.
Il resta là, tremblant, à observer l'espace vide où s'était tenu la silhouette.
- On... On va se concentrer sur ton entraînement, précisa-t-il d'une voix blanche.
Qu'est-ce qui lui avait pris de participer ?!
Message publié le 17/02/2026 à 07:57
Les mois passaient, et avec eux l'hiver affichait un soleil plus encourageant. La neige pourtant s'accrochait encore sur les pointes du château écossais, mais la luminosité étirait les journées jusqu'à ce que les dîners de Poudlard ne se déroulassent plus dans une nuit noire mais au contraire proche du coucher du soleil.
Pendant presque tout l'automne, Sasha avait raccompagné Kalina après chaque dîner jusqu'à la salle commune, puis l'avait suivie dans ses devoirs. Depuis quelques semaines, cependant, Kalina avait eu moins besoin de lui. Elle voulait parfois remonter avec ses nouvelles amies de dortoir, et le repoussait sans ménagement parce que "tu leur fais peur". Sasha avait plusieurs fois eu l'air bougon en réponse, la morigénant sur l'importance de se coucher tôt, mais au fond, il était content pour elle. Alors pourquoi cela l'agaçait-il, cela aussi ?
Toujours était-il qu'il avait retrouvé un temps juste après le dîner, qu'il n'avait pas le coeur à passer sur ses propres devoirs. Il tuait le temps, avec l'impression que c'était le temps qui l'achevait, lui, chaque jour un peu plus, en attendant que ce fût l'heure d'aller aider Alison et surtout, que ce fût l'heure ensuite de s'échapper dans la nuit, sous sa forme animale.
Il savait qu'il aurait dû investir dans sa vie sociale à Poudlard. Se faire des amis, comme Kalina. Peut-être s'inscrire à un club ou une équipe, comme faisaient bien des élèves, plutôt que de s'isoler comme un félin solitaire, en attendant de pouvoir aller chasser la nuit tombée. Plusieurs fois, il s'était dit qu'il devrait tenter de passer une soirée en compagnie de quelqu'un d'autre plutôt que sous cette forme, mais ses rares soirées sociales cette dernière année ne lui avaient apporté que des blessures supplémentaires, qu'il peinait à panser.
Et puis, il y avait un tout nouveau paramètre.
Quelqu'un d'autre s'évadait sous une forme féline.
Il ne la voyait pas toutes les nuits, la petite chatte au pelage couleur du désert. Mais suffisamment souvent pour espérer la croiser. Le coeur battant, il guettait dans l'obscurité. Si elle ne se montrait pas au bout d'un moment, il finissait par s'en retourner effectuer sa propre ronde. Mais les jours où elle se montrait, ils exploraient ensemble, ou bien traquaient des pistes à la lisière de la forêt. Ou, les nuits les plus clémentes, ils se perchaient sur un rocher pour s'étendre - lui guettait les mouvements dans le parc tandis qu'elle remplissait ses grands yeux de la forme de la Lune, le nez pointé vers le ciel.
Parfois, quand la neige tombait et rafraîchissait leur fourrure, ils se pelotonnaient l'un contre l'autre.
Sasha savait une chose : une telle proximité, même un peu aléatoire, même sans engagement possible puisqu'ils étaient dénués de parole, était d'une nature qu'il était incapable de développer sous sa forme humaine.
C'était précisément ce à quoi il pensait ce jour-là en essayant de se concentrer vainement sur sa lecture, assis par terre dans la volière, après un nouveau dîner où Kalina s'était éclipsée avant lui. C'était un mardi, et le mardi était l'une des rares fois où il avait un peu quelque chose à faire : un hibou venait lui livrer un journal qui lui apportait des nouvelles de la guerre. Une fois par semaine, il passait donc une heure à lire ces actualités, cherchant des informations qui lui donnaient toujours plus le sentiment d'être trop loin de ceux qui se battaient encore.
Le séant par terre, les genoux ramenés devant lui en un pupitre de fortune pour mieux tenir son journal devant ses yeux, Sasha affichait une moue grognonne tandis que le soleil couchant transperçait la tour de ses lames incandescentes. Il s'infiltrait par toutes les alcôves ouvertes pour les rapaces de l'endroit qui, silencieux en sa présence, le surveillaient de leurs yeux méfiants. Indifférent à cette hostilité latente, Sasha devait plisser les yeux pour utiliser ces derniers rayons de lumière pour sa lecture, malgré ses difficultés à se concentrer avec la pénombre qui gagnait du terrain.
Peine perdue. Ses pensées divaguaient trop. Il soupira en lâchant le journal qui retomba sur ses genoux.
De l'autre côté du papier, une silhouette pâle et symétrique, aux cheveux sombres et raides, avec deux yeux comme des canons pointés sur lui.
- AAAH !
Sasha avait crié en sursautant mais, une fois ses mains plaquées au sol poussiéreux de la volière, et il prit une inspiration et ferma les yeux.
- Zu-ey, articula-t-il en tâchant de calmer son coeur qui battait la chamade. Qui t'a dit que c'était une bonne idée de te déplacer aussi silencieusement ?
Message publié le 14/02/2026 à 11:17
Sasha observa la jeune femme en face de lui, qui visiblement n'avait pas décidé de lui emboîter tout de suite le pas vers le château. Après avoir contemplé sa posture, il choisit de croiser lui aussi les bras, adoptant la même position, le même regard détaché. Pour la même voix anodine, seul le ton y était puisque sa voix était basse et peut-être un brin plus ironique.
- Bien sûr que oui, je suis le dévoreur de petites filles, tu te rappelles ?
Habile façon de laisser le doute dans l'esprit de la Gryffondor. Il leva les yeux au ciel avant de détacher ses bras et d'enfoncer ses mains dans ses poches, pour mieux contourner l'élève et s'éloigner tranquillement en direction du château - mais en passant devant elle, il passa peut-être un tout petit peu proche, passant brièvement son visage à proximité de l'épaule de la jeune femme comme s'il vérifiait quelque chose que seul lui pouvait voir.
Hé zut, si elle restait là à le guetter, elle allait lui faire perdre un temps fou.
Au bout de quelques pas, il s'arrêta donc pour se retourner de nouveau vers elle, et cette fois, posa les mains sur les hanches.
- Qu'est-ce que ça peut t'faire, que je me promène ici ? grommela-t-il, agacé. Tu veux avoir un truc intéressant à dire à notre directeur de maison ? Tu candidates au poste de Préfète ?
Les Préfets, pire espèce parmi les pires espèces d'élèves, traîtres à leurs camarades. Sasha ne les portait pas dans son coeur depuis que l'un de ses colocataires de dortoir l'avait dénoncé, l'année précédente, pour être effectivement régulièrement sorti discrètement, auprès de l'un d'eux. S'en était suivi des échanges houleux et quelques menaces de sa part, qui lui avait valu un retrait de points pour sa propre maison, effectué par le Préfet lui-même. Depuis, il les avait placés dans la catégorie des Infréquentables Illoyaux Crétins qui le faisaient rugir intérieurement quand il n'avait rien d'autre pour être énervé contre ce monde écossais.
Mais ça ne pouvait pas être l'intention de cette fille: comment justifierait-elle sa propre présence ici, en ce cas ?
- Je te l'ai dit, j'aime bien prendre l'air, donc oui.
Ce n'était même pas un mensonge.
Silence.
La nuit portait les voix de quelques grillons qui n'avaient pas encore succombé à l'arrivée de l'hiver écossais. Sasha fronça les sourcils et baissa les yeux sur ses propres vêtements brièvement.
- Heu, qu'est-ce que tu regardes ?
Mal à l'aise, il vérifia s'il n'avait pas la braguette ouverte, mais non, tout était en place.
- Dépêche-toi, tu vas avoir froid, toi, marmonna-t-il dans un grognement comme pour faire diversion vu son geste peu coquet en direction de son entrejambe.
Lui était fait différemment. Il avait froid aussi, en réalité. Mais il avait juste de bonnes raisons de supporter ce froid jusqu'à se débarrasser de cette invitée inopportune. Elle n'était pas une habituée et il le savait : autrement, il l'aurait senti. Et son odeur était inconnue, il l'avait deviné en passant près d'elle, un peu plus tôt.
Message publié le 14/02/2026 à 08:31
Le commentaire d'Alison au sujet de sa soeur et d'une inscription au Tournoi lui tira un bref soupir amusé. Il avait repris sa position accoudée sur ses genoux après avoir tapoté son doigt à travers le pull de maille, ayant perçu le malaise fugace de la jeune fille qui changeait de position. Alison n'était touchée qu'à ses conditions, se rappela-t-il, et il ne s'en offusqua pas.
Elle lui confiait bientôt qu'elle voulait prouver quelque chose. Sasha acquiesça en silence, satisfait qu'elle eût mangé. Et pour ce qui était de ses motivations pour le tournoi, il s'en doutait bien.
- Si mon nom avait été tiré, je l'aurais fait pour prouver quelque chose aussi, admit-il.
Mais ça n'avait pas été son cas. Il aurait aimé, pourtant, montrer à Poudlard qu'il avait de la valeur. Mais le sort en avait décidé ainsi. Il resterait donc dans l'ombre, et c'était probablement bien mieux pour qu'il pût se concentrer sur Kalina.
Alors que les trombones acceptaient le retour du violoncelle,
La question d'Alison le figea comme une statue de sel.
Est-ce qu'il était détruit.
Son coeur sembla subitement manquer un battement ou deux,
Comme on chuterait soudain bouche ouverte en un cri silencieux.
Le souffle lui manqua.
Comme une vitre aux morceaux maladroitement recollés,
Le froid s'engouffra dans les failles de ses entrailles disloquées.
Un silence plus long que les autres avaient dû s'écouler, car la voix d'Alison retentit de nouveau alors qu'il fixait toujours le fond de la salle devant lui.
Evidemment, revint-il à la réalité, il y avait les vrais amis d'Alison qui attendaient. Ceux qui étaient plus civilisés, ceux dont le corps n'était pas défiguré, ceux qui savaient se tenir à Poudlard, ceux qui savaient bien s'y prendre avec les filles, ceux qui n'avaient pas de trou béant dans le ventre, bref, ceux auprès de qui Alison devait être.
Alors Sasha la regarda et lui sourit.
- Vas-y, file.
Message publié le 13/02/2026 à 14:58
Alison n'avait pas refusé. C'était étrange ; Sasha s'était attendu à devoir se battre pour avoir son mot à dire dans la préparation d'Alison : il la savait très indépendante et accepter de l'aide n'était pas toujours chose facile. Mais son aplomb payait peut-être, puisqu'elle le remercia même. Il la contempla un moment. Elle tenait toujours le violoncelle, comme accrochée à une bouée, sans savoir ce qu'il pouvait bien représenter pour elle si elle ne jouait pas d'un instrument. Un souvenir fugace provenant de l'habitat des Carter lui revenait vaguement. N'avait-il pas vu une photo d'elle ou de sa mère avec un violon ? Ou peut-être justement un violoncelle ? Son esprit n'arrivait plus à mettre le doigt précisément sur le souvenir. Le dîner en compagnie de Freya, Fenella et Charlie lui semblait déjà si lointain. Il lui en restait surtout des impressions fugaces - l'odeur du plat qu'il avait dévoré, les couleurs si différentes des trois chambres, l'agencement de photos et de divers objets sur les murs. Une maison si ordinaire, et si spéciale à la fois.
Sasha baissa les yeux lorsqu'elle se débarrassa de l'instrument, peut-être pour éviter la vision interdite des jambes écartées d'Alison - de toute façon, les dernières paroles de celle-ci le prirent au dépourvu. Il resta un moment silencieux, à réfléchir. Il ne pouvait nier un certain nombre de choses ; il n'était pas revenu par plaisir, c'était vrai. Mais Alison avait une vision un peu déformée de ce qui se passait pour lui. Peut-être parce qu'il ne l'avait expliqué à personne. Il sortit ses mains de ses poches pour se pencher en avant, s'accouder sur ses genoux en joignant les mains. Machinalement, il passait le bout de ses doigts sur les cicatrices qui cisaillaient sa peau, comme une vieille habitude rassurante, tandis que son regard se perdit de nouveau devant eux. Il regardait la salle sans plus la voir.
- C'est pas que ça me saoule. Je suis revenu pour Kalina, Charlie a dû te dire. Mes parents ont vu l'opportunité pour elle d'aller vivre et étudier dans un pays sûr grâce à ma possibilité de la faire entrer ici et ils ont eu raison, puisque ça a marché.
La décision avait beau avoir été difficile à prendre, il ne la regrettait pas. C'était le reste, qui était difficile. Il parut réfléchir encore un peu, mais les mots pour verbaliser ce reste ne voulaient pas venir, alors il déglutit et soupira.
- Bref, le Tournoi me paraît pas ridicule. Mais je pensais pas que ce serait si... Enfin, si dangereux. J'sais qu'ils vont pas te laisser mourir, c'est pas ça. C'est...
Il y avait d'autres dangers que la mort. Sasha la regarda de nouveau et il prit une inspiration.
- Si tu veux utiliser le Tournoi pour prouver quelque chose, ok, comme tu veux, pour moi tu n'as rien à prouver. Moi je veux juste que ça te détruise pas de l'intérieur.
Il décrocha immédiatement son regard en pinçant les lèvres, comme s'il réalisait qu'il risquait de glisser sur des choses qui ne la concernaient pas. Et qui la concernaient très directement en même temps. Il secoua la tête pour lui-même. Le silence s'installa de nouveau tandis qu'il faisait le tri dans ce qu'il devait, ou non, dire. Il haussa les épaules, comme s'il abandonnait une bataille intérieure.
- C'est pas parce que tu peux pas aimer qu'il y a rien à protéger là-dedans, expliqua-t-il subitement et pour illustrer, décrocha l'une de ses mains pour tapoter brièvement du bout de l'index entre les clavicules d'Alison.
Or, Owen et Freya ne lui paraissaient pas conscients de ce qu'il y avait à sécuriser à cet endroit. Mais Sasha ne pouvait pas le dire sans avoir l'air de critiquer la famille Carter ; celle-là même qui venait encore de fournir des vêtements à Kalina parce qu'ils avaient dû voyager très léger pour rejoindre l'Ecosse. Alors il garderait son opinion en lien avec cette drôle de famille pour lui. Alison n'avait pas besoin d'entendre ses doutes de toute manière ; il supposait qu'elle avait déjà les siennes.
- Peut-être que je me trompe sur toute la ligne. Que l'objectif c'est seulement de réussir. Si c'est le cas et que je me fais du souci pour rien, ben au moins ça occupera un peu mes soirées et mes week-ends, sourit-il.
Et des occupations en dehors des devoirs, il en avait besoin. Les longues soirées solitaires qu'il passait en ce moment dans le parc lui donnaient trop de temps pour réfléchir. Son sourire s'évanouit de lui-même, et il baissa les yeux sur les mains d'Alison, dont les doigts dépassaient légèrement de son pull en maille. La couleur de sa peau tranchait avec les collants noirs, la faisant paraître pâle.
- Tu as mangé depuis l'épreuve ?
Message publié le 12/02/2026 à 21:04
Sasha fronça les sourcils. Pourquoi avait-il posé une question ? Pourquoi posait-il toujours ses questions aux gens qui ne pouvaient pas lui donner une réponse qu'il pouvait comprendre. Il se passa une main sur le front, tout en essayant de se concentrer. Il avait beau bien se débrouiller en anglais, avec Zuey il fallait véritablement s'accrocher pour suivre.
- Hé bah ça risque pas que j'aille lui poser la question, grinça-t-il pour tout commentaire quand ils eurent terminé le sujet de Cassie Dunn.
Et puis la jeune fille se leva, virevolta, revint vers lui, lui leva le menton et déposa un baiser au coin de ses lèvres. Il resta figé, les yeux subitement agrandis par cet aplomb qu'elle avait eu. Personne dans ces dortoirs n'aurait osé un tel geste en plein milieu d'une salle commune et son premier réflexe fut de vérifier que personne n'avait vu ce qui venait de se produire. L'instant suivant, elle complimentait ses mains et comme par un mouvement automatique il les rétracta pour les dissimuler sous la table. Ses yeux se froncèrent et il eut un mouvement de recul.
Mais Zuey n'avait pas l'air de se moquer. Elle disparut un instant, pendant ce temps, Sasha ressortit une main pour la contempler. Essaya d'y voir quelque chose d'esthétique. Jugea que même en faisant un effort, ça restait toujours assez affreux. Il n'eut le temps de relever le nez que pour voir le flash qui immortalisa son expression dépitée.
- Err... Non merci...
Cette fille n'était pas nette. Il la regarda s'éloigner en direction de sa soeur, complètement absorbée par sa cible du soir.
- Aha.... Essence. Aha.
Kalina acquiesçait en effet avec beaucoup d'application, tout en plongeant son regard dans les beaux yeux bleus de Basil, le chevalier juste. Elle avait fait reposer son menton sur sa paume, son bras soutenu par le bord de la table. Elle sembla à peine remarquer la présence de Zuey lorsqu'elle les rejoignit.
- Struc-turer, oui.
Kalina n'avait aucune idée de ce que ça voulait dire, mais si Basil disait que c'était important, alors c'était important. Et Basil lui posait des questions. Tout se passait comme elle l'avait prévu.
- Alors Sasha commencé m'apprendre vraiment depuis mois d'août. Mais à l'école chez moi on appris déjà les couleurs : bleu, rouge, jaune, vert, marron, blanc, noir, orange, violet, rose. Et aussi les nombres, et même un peu des objets. Pour exemple : table, porte, arbre, fenêtre, fleur, voiture, journal, chapeau, veste, chaussure...
- Kalina.
- Et aussi les pièces : séjour, salle de bain, salle à manger, cuisine, chambre, toilettes. Et aussi les endroits des pièces, sol, plafond...
- Kalina.
- Les animaux : tortue, éléphant, lion, chien, chat, oiseau, âne, souris...
- Kaaaaaaaaaa...
- Serpent, aigle, cheval...
- ....liiiiiiiiiii.....
- Singe, tigre, ours...
- ... na.
- Araignée, fourmi, lapin...
- Tu l'ennuies.
- Mouche, vache, abeille...
Kalina se pencha un peu vers Basil pour parler plus bas.
- Fais pas attention il est juste jaloux parce que lui ça marche jamais quand il parle aux autres.
- Et je t'entends, pauvre dinde.
- Dinde ! Poule, chenille, cochon...
Sasha soupira de lassitude et consentit à se lever pour rejoindre le trio. Non pour s'asseoir avec eux : il saisit Kalina par la taille pour la mettre sous son bras sans ménagement.
- Sa-shaaaaa ! râla-t-elle en tambourinant dans son dos avec ses petits poings.
- Bonne nuit, il fit aux deux autres en l'ignorant, avant de faire demi-tour pour se diriger vers les dortoirs, et tandis qu'ils s'éloignaient leurs voix parvenaient toujours à la salle commune.
- Sashaaaa lâche-moiiii !
- Tu vas au lit.
- J'suis pas fatiguée !
- Si, t'es chiante. Quand t'es chiante, c'est que t'es fatiguée !
- Comment tu l'sais !
- T'étais déjà comme ça quand tu parlais même pas.
- C'est pas vrai ! Banane !
- Pomme, poire, orange, abricot...
Message publié le 12/02/2026 à 13:47
Sasha restait la tête courbée, les yeux posées sur leurs deux mains réunies, comme s'il contemplait une image qu'il lui avait été offert de voir alors qu'elle aurait dû être interdite : avec une curiosité et une distance simultanée. Il était silencieux, à écouter Alison s'ouvrir sur des sujets qui divergeaient. Oui, avait-il seulement répondu d'un signe de tête quand elle lui avait demandé s'il l'avait cherchée. Bien sûr, il n'était pas là par hasard. Il l'avait cherchée pour délivrer son message, qu'il savait crucial à cet instant précis. Demain, il aurait eu moins d'importance. La première nuit était toujours la plus critique. C'était celle où tout se figeait dans la tête, où tout le corps accusait du poids des épreuves du jour.
Et son message était délivré - en partie tout du moins, mais la suite, ce serait peut-être pour un autre jour ; il ne savait pas. Tout ce qui se passerait au-delà de ce message ce soir, il avait décidé qu'il n'y attacherait aucune de ses propres attentes. Alison vivait sa vie, désormais, et lui la sienne, focalisée sur la réussite de Kalina à Poudlard. Mais les mots d'Alison le troublaient. S'il restait silencieux, c'est parce qu'il ne pouvait plus oublier l'existence du filet. Il avait l'impression qu'assis côte à côte, ils matérialisaient ce qui se passait entre eux : ils parlaient côte à côte et de temps en temps ils s'entendaient, et des fois non.
Mais leurs mains qui se touchaient brouillaient ses pensées, et il se sentait fébrile. Ses résolutions tiendraient-elles ? Il le fallait. Construire en soi des murs qu'il ne fallait plus franchir était un travail depuis son année à Poudlard mais il en avait construit tant qu'il s'y perdait, et de temps à autre, le désir de tous les faire tomber pour être libre enflait dans sa poitrine - mais il ne cèderait pas. Pas cette fois. Les fois précédentes, cela ne l'avait conduit qu'à la souffrance. Alors il se contenta dans un premier temps de ne faire qu'acquiescer en silence, la tête penchée. Il évitait de la regarder au-delà de ses doigts blancs posés dans sa main. Minuscule. Le contraste lui parut d'autant plus évident qu'ayant travaillé une grande partie de l'été en extérieur, sa peau s'était couverte d'un hâle brun qui n'avait pas encore tout à fait disparu pour l'hiver. Malgré son épreuve, les doigts d'Alison qui caressaient les siens étaient doux quand il savait les siennes abimées et rugueuses. Comment avait-il pu croire...
Il prit une inspiration quand Alison souffla ses derniers mots, à propos de quelqu'un qui avait trahi sa confiance et Sasha préféra ne pas poser de question là-dessus.
- C'est triste, il commenta simplement. Je pourrais essayer de te dire comment c'est, mais je sais pas si c'est pour tout le monde pareil.
Sasha parlait à voix basse. Ils étaient si proches, de toute façon, qu'il n'avait besoin que de murmurer pour être entendu. Il essaya de penser aux gens qu'il aimait, de façon générale, à ce que ça lui faisait à l'intérieur.
- Ca fait mal parfois mais dans l'ensemble c'est bien, il raconta avec simplicité. C'est être content de voir quelqu'un, et se sentir moins seul quand tu ris avec. C'est avoir l'impression d'avoir vécu pour quelque chose parce que l'autre sourit, et avoir l'impression d'être utile sur cette Terre parce que l'autre pleure et a besoin de tes bras. C'est avoir l'impression qu'une fois qu'on sera tous morts, on aura existé pour toujours quand même, parce que rien ne pourra effacer le fait d'avoir aimé.
Il se tut quelques secondes et ferma les yeux. L'image de leurs mains se déroba à sa vision, mais il sentait toujours la chaleur de la peau d'Alison dans sa paume, et celle de sa cuisse sur le dos de sa main. Une odeur familière s'immisçait dans ses perceptions, et subitement il soupira en rouvrant les yeux.
- Ali.
Sasha retira sa main, doucement, rompant le contact entre leur peau. Il la rangea avec l'autre, dans la poche ventrale de son pull tandis que, dans une posture un peu avachie, il jeta son regard vers le fond de la salle, devant eux, comme une fuite résolue.
- Si les épreuves sont de plus en plus dures, et elles sont censées l'être, je crois, je veux pas qu'il t'arrive du mal, tu comprends ?
Non, elle ne pouvait pas. Son ton était sérieux, et ne laissait entrevoir qu'une détermination qu'il espérait relativement détachée ; ce qu'elle n'était pas, au fond. Mais Sasha avait déjà pris sa décision et tous les émois qui l'accompagnaient devaient être laissés de côté.
- Je vais t'aider à te préparer à la suivante, annonça-t-il.
Ce n'était pas une proposition. Il ne lui laissait pas le choix. Il la regarda enfin, et ses prunelles déterminées, faites d'une jade dure, percutèrent celles d'Alison.
Il ne parlait plus d'amour. Il parlait de ce qu'elle ne serait plus jamais en sécurité nulle part, et qu'il fallait au moins être deux pour ce combat-là. Et peu importait ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, désormais.
Message publié le 12/02/2026 à 08:38
Kalina s'était laissée enlacer par Charlie avec étonnement. Même si Sasha le lui avait dit, elle restait toujours étonnée de cette générosité sans borne que semblait offrir la Serdaigle.
- Ton idée du bracelet, c'était super intelligent ! glissa Kalina à l'attention de la troisième fille des Carter, mais bientôt, son regard fut attiré par les échanges entre Sasha et le reste de la famille.
Elle n'était pas sûre de tout comprendre, mais son frère restait maintenant silencieux face aux réponses qu'on lui faisait, mais Kalina n'était pas en mesure de vraiment entendre ce qui se disait.
Sasha, lui, sentait quelque chose se verrouiller brusquement au fond de son estomac. Freya protégeait son père. Ce père absent, qui aurait dû les protéger elles. Pour Sasha, c'était le monde à l'envers. Mais comment en vouloir à Freya ? Il comprenait maintenant l'étendue de la mesure dans laquelle Freya était le pilier de la famille. Elle ne soutenait pas uniquement ses petites soeurs et la boutique. Il cligna des yeux en l'observant, sentant sa colère lui brûler les entrailles. Soudain il comprenait une part de l'injustice ressentie par Alison. Ce qui comptait alors, c'était qu'elle gagnât ? Pourquoi Freya protégeait-elle son père avant Alison ? Probablement à cause d'OCQ. Probablement que leur survie financière à long terme était ce qui comptait le plus et qu'elle avait raison, mais Sasha serra les dents, frustré de ne pas voir dans la famille les mêmes inquiétudes que lui ressentait. Est-ce qu'il dramatisait ? Pourquoi ne voyait-il jamais les choses comme les autres ?
Il resta muet, les sourcils froncés. De toute façon, le directeur donnait un bref discours qui était le signal qu'ils pouvaient tous descendre aller voir Alison, et la famille et les amis de la championne formaient déjà une cohue prête à dévaler les gradins pour l'accueillir.
- Non, il y a trop de monde, Kalina et moi nous irons la féliciter plus tard, dit-il en détournant les yeux vers la sortie de l'arène, où les trois champions étaient enfin libres - Alison visiblement épuisée.
- Ale budʹ laska ! (Mais s'il te plaît !)
Kalina avait soudain surgi de nouveau et se pendit au bras de son frère.
- Bud'laska-bud'laska-bud'laska ! (St'euh-plaît-st'euh-plaît-st'euh-plaît !)
Sasha baissa sur sa petite soeur un regard lourd, afficha un air déçu, alors que le reste du groupe se mettait déjà en branle sans eux.
- Ok, soupira-t-il en se résignant. Vas-y. J't'attendrai là.
Les Carter s'évanouirent vers l'arène. Dans la foulée, des groupes d'élèves se pressèrent, ainsi que des journalistes, en contrebas, et Sasha enfonça ses mains dans ses poches avant d'aller s'asseoir dans les gradins, le plus haut possible. Ceux-ci se vidèrent. Et puis.
- Ben qu'est-ce que tu fais, fit Sasha, car Kalina était restée plantée debout à quelques pas de lui.
- Finalement je reste avec toi, elle dit.
Et elle remonta les gradins pour s'asseoir à côté de lui. Sasha la regarda faire. Au bout d'un moment, il passa un bras autour de ses épaules et ils regardèrent, de loin, le spectacle des retrouvailles. Ils n'avaient pas le son, mais ils pouvaient seulement deviner. Un groupe de Poufsouffle approchait déjà Alison après qu'elle eût vu ses plus proches parents.
- C'est un drôle de pays, dit Kalina.
- Ouais.
On voyait des journalistes se disputer la meilleure place pour prendre des photos.
- C'est une drôle d'école, dit encore Kalina.
- Ouais.
Un vent léger se formait, repoussant les bruits de la foule vers le lointain, comme s'il emportait avec lui toute la scène et leur réservait un traitement spécial, à eux qui se trouvaient le plus haut possible sur les gradins, deux silhouettes isolées.
- C'est une drôle de famille.
- Ouais.
Kalina leva les yeux vers Sasha.
- Qu'est-ce qu'ils diraient, Papa et Maman, s'ils voyaient tout ça ?
Sasha ne répondit rien. Qu'est-ce qu'il en savait ? Aujourd'hui, il avait l'impression de mieux connaître les Carter que sa propre famille. Il ressentait cette pulsion de l'injustice que tout adolescent avait envers ses parents, sauf que c'était Freya et Owen contre qui il voulait s'énerver. C'était encore plus frustrant de se rendre compte qu'ils ne le méritaient probablement pas.
- Ils me manquent, couina Kalina.
Sasha la serra un peu plus fort contre lui.
- Ouais.
- Pourquoi t'es toujours énervé ?
Sasha ferma les yeux, parce que la question de Kalina l'énervait.
- Tu leur en veux ?
- Non, non, ils pensent faire ce qui est bien pour Alison.
- Quoi ? Non, je parle de papa et maman. Notre papa et maman.
Subitement Kalina se défit de l'étreinte de son frère pour se lever.
- Tu penses même plus à eux ! l'accusa-t-elle avec les larmes aux yeux, et Sasha la toisa, éberlué.
- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?!
Kalina ne répondit rien, et elle cacha son visage dans ses mains. Sasha se pencha pour l'attirer contre lui de nouveau. Elle sanglota contre son épaule.
- J'pense surtout à toi, maintenant, lui dit-il maladroitement.
Mais plutôt que de calmer Kalina, cette phrase la fit fondre en larmes encore plus bruyamment contre lui.