Harry Potter RPG

Liste des messages de Manius Fawley

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Le point de rupture

Message publié le 25/01/2026 à 11:19

— Tu ne me dégoûtes pas. Honnêtement ? Tu pues le tabac. On aménagera un fumoir pour toi. Mais il en faudra plus pour que tu me dégoûtes.

 

Manius se mord la langue. Si mentir n'est pas son point fort et ne lui avait jamais rien valu, il est encore plus mauvais pour dire la vérité. Quoi qu'il fasse ou pas, dise ou pas, il blesserait toujours Caecilia parce que c'est le simple fait d'exister qui rouvrait les cicatrices de la jeune femme divorcée à l'instant de l'homme de sa vie semble-t-il. Il sait qu'il devrait se taire. Ce serait au moins plus prévenant pour sa femme. Mais il en marre de se taire. Il finira par n'avoir plus de voix à force de hurler seul dans les tréfonds d'un abîme qu'il a lui-même creusé. Il aime beaucoup trop creuser ce blaireau. Au point d'avoir fait de son terrier son propre tombeau. Un tombeau qui, contrairement à ceux qu'il aimait découvrir, n'aurait jamais rien à raconter. L'existence minable et inutile d'un homme minable et inutile. 

 

— Je me moque de ce qu'Emfield pense de toi. C'est pas un homme. Quand il reviendra... je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est le bienvenu mais la porte peut rester ouverte. 

 

Pas de tabac pour Manius. Encore quelque chose qu'elle refuse de partager avec lui. La seule porte qu'elle lui ouvrira jamais, à lui, c'est pour la refermer sur sa main. Ainsi soit-il. Elle a mal, ça se voit. Plus que jamais car sa douleur cette fois vient de quelqu'un qui compte pour elle. Manius a envie de lui prendre la main. De la serrer contre lui. De l'embrasser sur le front. Elle ne le laissera jamais faire. Elle prendrait sa compassion pour de la pitié. Alors il se retient. Gloup. C'est pas si dégueulasse après quelques gorgées. La bouteille suivante sera peut-être même meilleure. Elle garde les fleurs. Il sourit dans son dos. Si elle voit sa satisfaction, elle les brûle sans une seconde pensée, c'est certain. Il va répondre quand elle parle de l'héritier. Héritier de quoi, de toute façon ? Puis elle crie. Il voudrait lui dire quelque chose de rassurant. Elle le prendrait mal. Il ferme sa gueule. Et voilà, ça recommence.

 

Ils vont dîner ensemble ce soir. Elle a accepté. Manius a pourtant le goût cendreux de la défaite. Tant pis. Le restaurant sera au moins l'occasion de lui donner officiellement les clefs qu'il a toujours laissé traîner consciencieusement à sa portée. Au moins elle aurait peut-être la sensation d'être maîtresse de son destin. Si seulement ils pouvaient se dire ce qu'ils veulent. Mais non. Manius l'a muselée sept ans plus tôt. Tocard.

 

Pendant qu'elle se prépare, il fait comme promis. Il change les draps d'un lit dans lequel il ne s'est jamais couché, ne se couchera jamais. Lui il dort dans la chambre d'amis et même ça c'est un mensonge. Manius Fawley n'a pas d'ami. Encore moins chez lui. Et encore encore moins lui-même. Il ne change pas les draps parce que le fantôme d'Emfield est dedans et l'importune. Il les brûlerait sinon. Il brûlerait Dinefrw au feudeymon. Il veut juste que Caecilia dorme dans des draps propres. Surtout si son amoureux vient de la larguer. Puis il profite qu'elle ne le voie pas pour consulter son carnet de notes. Il le connait par cœur mais il a besoin de se rassurer lui-même. La liste des tous les restaurants vietnamiens des environs raisonnablement accessibles. Il les a tous testés, parfois trois par trois. À s'en faire vomir. Le meilleur, c'est celui-là. D'après-lui. Aucun moyen de savoir si ce sera le préféré de Caecilia. Sans doute pas.

 

C'était plus facile de l'emmener dîner à son insu quand ils étaient à Poudlard. Qu'il la couvrait discrètement lors de ses visites interdites dans les cuisines pour qu'elle profite un peu avec son amie Prisca. Cette amie à la vigilance de laquelle il n'avait jamais réussi à échapper. Mais tacitement, elle approuvait. Prisca savait que Manius dérogeait à ses règles si précieuses et sa morale irréprochable pour elles. Et elle le tolérait.

 

La passé s'efface quand Caecilia revient. Ce n'est pas plus mal. Il n'y a que des fantômes dans le passé et Manius s'y complaît trop. Ce qu'elle peut être belle. Ce qu'elle va détester l'entendre lui dire. Il le dit quand même. Le feu dans sa gorge et les fourmis dans ses doigts délient sa langue. Depuis quand la bouteille est si légère dans sa main ?

 

— Tu as une préférence ? Je pensais aller chez Lai Rai. Mais si tu as une autre idée, je prends.

 

Est-ce qu'elle essaie de lui plaire ? Manius réalise qu'il n'en a aucune foutue idée. Qu'il ne saura jamais faire la part des choses entre une Caecilia qui fait un pas vers lui et une Caecilia complaisante. Ça l'énerve d'être aussi con. Mais ce soir, elle lui permet de l'emmener dîner. Il la remercie avec ses yeux et fait la seule chose qu'il puisse faire dans pareil contexte : il se montre distingué. Il lui ôte son manteau à l'entrée, lui tira sa chaise. La laisse choisir le menu. Il essaie de l'écouter, de lui prêter une oreille attentive. Ce n'est pas comme si elle risquait de s'épancher d'aucune manière mais cette soirée est à propos d'elle. Sauf qu'il est énervé. De retour dans les souvenirs. Plus récents toutefois. Ça sort tout seul. Lui-même est interdit au son de sa propre voix.

 

— T'as dit que ton père est une sombre merde. Pourquoi ?

 

Il scrute trop attentivement le visage de Caecilia. Il l'a souvent fait. Il la connait. Il sait ses mimiques, les réflexes qui trahissent la différence entre ce qu'elle ressent et ce qu'elle dit. Il n'a pas le droit de se tromper. Quelque chose s'éveille en lui. Sombre. Dangereux. Le résultat, peut-être, d'années consacrées a étudier la magie noire en théorie. C'est loin la théorie. Ce n'est pas tangible. Caecilia est blessée et il a trois suspects. Emfield est confirmé. Au tour de Rowle. Feudeymon ? Non, ça sentirait trop mauvais. Et puis, il ne goûterait pas la satisfaction. Endoloris. Il aurait besoin de le désirer. Il mesurerait l'ampleur de sa détermination à venger Caecilia. Il connaissait l'histoire d'une famille qui avait été brisée au-delà de tout retour par ce sortilège. Parfait. Il ne voulait pas accorder la moindre miséricorde à ces bourreaux. Et certainement pas la délivrance trop douce de la mort. les morts dorment tranquilles, même quand on vient profaner leurs tombes. Sauf les inferi. Mais en voilà une idée de génie. L'interdiction du dernier repos. Oui. Il s'occuperait personnellement, sans se défiler, des hommes qui avaient osé faire du mal à Caecilia. Et puis, il ne resterait plus que le troisième.


Bulstrode a des amis ?!

Message publié le 25/01/2026 à 03:20

S'il y avait un nom capable d'interrompre Manius dans n'importe quel élan, c'était celui de sa femme. Comment ces deux Dames-là avaient pu se rencontrer ? Caecilia ne fréquentait pas Poudlard  pourtant. Difficilement, le sorcier ravala toutes ces fichues questions qui semblaient se reproduire comme des lapins sur le bout de sa langue.

 

— Caecilia, tout à fait. Elle a du être charmée. C''est une sorcière exceptionnelle et un peu trop modeste. Elle aura voulu éviter de vous ennuyer avec ses anecdotes scolaires.

 

L'historien dissimulait mal son trouble. La seule évocation de son épouse suffisait à le déstabiliser et à le plonger dans les pires affres des pensées qu'il essayait de ne pas avoir la concernant sous peine de ne pas pouvoir fermer l'œil de la nuit. Heureusement, Neith changea rapidement de sujet et offrit à Manius quelque chose à quoi se raccrocher. Et surtout un prétexte pour s'attarder encore un peu. Woodcraft ne pourrait tout de même pas lui en vouloir d'avoir obligeamment répondu aux questions d'une quasi-princesse.

 

— Bien entendu, un homme tout à fait brillant. Et courageux compte-tenu des luttes qu'il a menées malgré sa famille... 

 

Ô combien devait-il bien choisir ses mots. Les Pthachepsès étaient indubitablement du genre à être "très attachés aux vieilles idées ou aux anciennes tradition".

 

— ...moins prompte que lui à bouleverser le statu quo je dirais. Il m'a d'ailleurs invité à une élocution qu'il donne demain. Quelqu'un de si admirable, je me demande quelle surprise il nous réserve.

 

Non. Non. Non non non non non NON ! Trop tard, la curiosité l'emporta sur la raison. Manius avait un peu trop l'habitude de laisser sa raison se taire quand elle devait sonner l'alarme et l'empêcher de mettre les deux pieds dans les pires situations possibles.

 

— Si je puis me permettre, Votre grâce, pourquoi cette question ? Auriez-vous eu le bon plaisir de rencontrer Monsieur Bulstrode ?


Le point de rupture

Message publié le 25/01/2026 à 00:57

Des regards qui en disent long. Des silences qui montrent tout. Même Manius n'avait jamais eu droit à ce regard noir, assassin. Pour que Caecilia le déteste, encore eut-il fallu qu'elle admette son existence. La confirmation ne tarde pas à émaner de la talentueuse sorcière. Il ne répond pas. Pour une fois qu'elle lui parle, il l'écoute, cherche dans ce qu'elle dit et ne dit pas ce qu'elle veut entendre. Pas pour le le dire ensuite avec complaisance. Simplement pour la comprendre. Scott. Son père. Les deux hommes qui ont terni de leur médiocrité un diamant brut. Et puis, le changement d'attitude. Manius doit se retenir pour ne pas vomir. La complaisance. L'odeur nauséabonde du tabac, de l'alcool, d'Emfield qui empestent sur elle. Il y a des répulsions que tout l'amour du monde ne peut pas réprimer. Non. Et pourtant, l'historien sourit sincèrement. Ce soir n'est pas celui lors duquel ils consommeraient leur union. Ce soir est celui de leur rencontre.

 

— Merci.

 

Que dire de plus ? Elle lui ouvre une porte qui lui semblait irrémédiablement close jusqu'à maintenant. Pour une fois, ils se parlent.

 

— Le moment me paraît... délicat. Tu as l'air de ne pas savoir si tu es plus furieuse que triste. Vous venez de rompre, Emfield et toi ?

 

Avec le meilleur compromis possible entre douceur et fermeté, Manius repousse Caecilia et remplit un nouveau verre de whisky qu'il lui tend.

 

— Je suis désolé pour toi. J'aimerais te demander comment tu vas. Mais je suppose que ce n'est pas à moi que tu souhaites en parler. J'aimerais bien pourtant. Je doute que tu puisses m'accepter un jour. Malgré tout, j'aimerais que tu saches que tu peux me confier tes problèmes.

 

Une nouvelle rasade de rhum pour lui. Bon sang, peut-être qu'il devrait essayer autre chose. C'est infâme. Il désigne du menton les cigarettes.

 

— Je peux ? demande Manius avant de reprendre la conversation. Je devrais peut-être commencer par t'offrir la politesse. J'ai fait une erreur il y a sept ans. J'ai cru que tu étais condamnée à finir dans une geôle. J'ai cru que ce serait moins difficile pour toi si ton geôlier oubliait de fermer ta cellule à clefs. Ne voyait pas tes fugues dans les bras de l'homme que tu aimes pour dérober quelques miettes de bonheur et survivre. C'était idiot de ma part. J'ai toujours... disons au moins supposé que tu n'avais pas renoncé à lui. Presque espéré même. Parce que je l'ai si souvent vu te faire sourire. Alors je suis désolé pour toi.

 

Elle n'essaie pas de le faire souffrir. Heureusement car il s'y prend déjà très bien tout seul sur ce tableau-là. Elle vaut mieux que lui.

 

— J'ai passé sept ans à te faire souffrir. Je regrette de n'avoir pas trouvé le moyen de t'épargner ça. Je sais que je te fais plus de requêtes ce soir qu'en sept ans mais j'aimerais te demander pardon.

 

Manius ne peut retenir un sourire amer. Il a commis une erreur qui avait coûté sept ans de sa vie à Caecilia. Elle veux en faire une qu'un innocent paierait toute son existence qui n'a pas encore commencé. Il ne serait pas assez stupide pour réitérer.

 

— J'ai envie de toi. Mais pas comme un dû ou une possession. Je veux te mériter, être à la hauteur. J'ai besoin que toi tu veuilles bien de moi pour ça. En toute consensualité et en pleine possession de tes moyens. Je ne veux pas d'un héritier. J'aimerais un enfant, juste un enfant. J'aimerais que ce soit le nôtre et que tu puisses l'aimer. Mais nous ne sommes pas prêts pour ça. Cette fois, ce serait bien de faire les choses dans l'ordre.

 

Manius revient vers Caecilia, hypocrite et conscient de l'être. Sept ans trop tard. Juste après s'être refusé à elle. Elle va le tuer, c'est sûr. Tant pis. Mieux vaut mourir sans regret que vivre avec cela comme seul sentiment. Il lui tend la main, paume vers le haut. Pas pour une poignée mais comme un amoureux qui déclare sa flamme.

 

— Caecilia, accepterais-tu que je t'invite à dîner ? Vietnamien, à tout hasard ? On pourrait, je ne sais pas, faire connaissance. Ou manger sans rien avoir à se dire. Au moins, on aurait le prétexte d'avoir la bouche pleine.


Le point de rupture

Message publié le 24/01/2026 à 02:15

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu :

Adultère, auto-destruction

Qu'est-ce qui l'attendait à l'intérieur ? Qu'est-ce que lui attendait à l'intérieur ? La pire des choses que Manius pouvait concevoir dans son esprit : la solitude, à deux. Est-ce qu'elle lui reprocherait son retour, son échec à rejoindre le corps enseignant de Poudlard ? Est-ce qu'il parviendrait à la regarder dans les yeux et lui parler ? Quand bien même, de quoi ? Caecilia n'en avait rien à cirer de son travail, rien à cirer qu'il ait eu l'honneur de serrer la main de Neith Ptahchepsès et sans doute encore plus rien à cirer qu'il rentre avec un bouquet de ses fleurs préférées. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux de les jeter sous une topiaire. Se demanda s'il n'avait pas envie de le faire.

 

Ce n'était de toute façon pas ce dont il souhaitait lui parler. Devait même. Ces dernières années, le mariage, l'héritier surtout. Non, ce n'était pas ça le plus important. Ses sentiments. Comment pourrait-il jamais ? Manius Fawley gava ses poumons de l'air sombre et froid et poussa la porte, parcourut le hall sans se dévêtir. Prêt à repartir si sa présence insupportait son épouse. Un étranger dans sa propre demeure. Indésirable.

 

Ce qui le dérangea le plus dans la scène qui se découpait avec une netteté aveuglante, ce fut lui-même. Ses yeux lurent la pièce comme il en avait l'habitude sur un site de fouille. Méthodiquement. Scientifiquement. Repérant les pièces d'un puzzle et les assemblant une par une pour former le motif. Scott Emfield. Tant mieux. La tenue plus qu'inappropriée de Caecilia. Ou trop appropriée, c'était selon. L'odeur du tabac. Les bouteilles trop entamées dans le bar. Manius espéra que c'était à cause des invités de sa femme plutôt qu'une consommation personnelle inquiétante. Le plus difficile, c'était le soulagement qu'il éprouva. De pouvoir enfin lever le doute, d'avoir une réponse à cette question qui tournait sans cesse en arrière-plan de chacun des moments de sa vie. Non. De son existence. Manius ne vivait plus, il existait simplement. Il sourit sans effort malgré sa peine. Ce n'était pas vraiment la sienne de toute façon. C'était celle qu'il partageait avec une femme innocente loin d'ici qui attendait un mari occupé à lui infliger cette blessure insupportable. Est-ce qu'elle aussi se posait des questions ? Ces questions qui vous érodent aussi sûrement que la mer creuse les falaises mais qu'on ne pose pas, jamais. Parce que, quelle que soit la réponse, poser la question c'était déjà la sentence.

 

— Bonsoir Monsieur Emfield. Merci pour votre visite. Caecilia.

 

Impossible pour lui d'être plus courtois pour congédier le jeune homme. Jamais il n'avait trouvé à lui reprocher. Il ne lui en voulait même pas de le faire cocu. Peut-on seulement l'être d'une femme qu'on a jamais touchée ? Mais il n'avait aucune sorte de respect pour un lâche qui trompait son épouse. Ce type n'avait aucune excuse. Il avait délibérément choisi de jurer fidélité et s'était manifestement empressé de rompre ses vœux. Tocard. Le silence à peine dissipé par le bruit des pas d'Emfield pesait davantage que le plomb. Manius attendit d'entendre la porte se refermer avant de regarder et de s'adresser à son épouse.

 

— Je changerai les draps.

 

Ce n'était pas un reproche. Juste une façon de la dissuader d'essayer de l'insulter encore davantage en lui prétendant que ce n'était pas ce qu'il croyait. Manius ne croyait rien, il savait. Le savait depuis longtemps en vérité. Puisait dans le réconfort de se dire que son malheur à lui faisait son bonheur à elle. Ou du moins un peu de répit dans ce qu'il lui avait imposé. Plus las qu'amer, il se débarrassa négligemment de son manteau et abandonna à même le sol sa valise. C'en était assez. Ils avaient atteint le point de rupture. Le sien en tout cas.

 

— Il faut qu'on parle. Je vais finir par te détruire si on continue comme ça.

 

Soigneusement, il évita de laisser paraître que c'était déjà le cas pour lui. Il baissa les fleurs comme on baisse sa baguette sans parvenir à réaliser un sort, vaincu. Incapable.

 

— Je présume que c'est déplacé. Je les jetterai si tu n'en veux pas.

 

Manius se dirigea vers le bar d'une démarche tranquille, sereine même. Quelle que fût l'issue de cette soirée, tout ne pourrait qu'aller mieux ensuite. On ne peut pas tomber plus bas qu'au fond des enfers.

 

— Whisky ?

 

Lui se servit un rhum. Pas dans un verre. Puis un deuxième. Grimaça. Boire n'était pas une habitude pour Manius.

 

— Tu sais, je me hais de te faire ça mais j'ai quelque chose à te demander. Et il va falloir que tu choisisses.

 

Il chercha à accrocher le regard de Caecilia. Il ne pouvait lui dire ce qu'il avait à dire avec un regard fuyant, en n'étant pas sûr de lui.

 

— Nous savons tous les deux que la question de l'héritier devra être éclaircie tôt ou tard. Et je me disais...

 

Mauvaise idée. La pire qui eût jamais traversé l'esprit de Manius. Mais la seule qui lui sembla un tant soit peu juste pour elle. Ranger sa fierté, piétiner sa dignité. Qu'en restait-il de toute façon ?

 

— Si tu veux un enfant... seulement si tu le désires pour toi. J'aimerais te demander de mentir. Le sien ou celui d'un autre, peu m'importe sur qui tu jettes ton dévolu. Je te demande seulement qu'il porte mon nom. Si en revanche tu n'en veux pas...

 

C'était la soirée des mauvaises idées. Celle-ci ne finirait pas simplement de le broyer lui, elle jetterait l'opprobre sur son nom et toute sa famille. Jamais il ne pourrait reconstruire sa vie ni sa lignée après cela. C'en serait fait du nom Fawley. Le moindre de ses soucis s'il devait être honnête. Tant pis. C'était un geste fou. Mais un geste d'amour.

 

— Divorçons. Je porterai le blâme, je te fabriquerai un excellent prétexte. Mais j'aurai une condition quand même. Je t'implore, je te supplie de ne pas, jamais, retourner auprès de ton père. J'ai honte de te le dire mais je pense que c'est un homme abject. La façon dont il a voulu se débarrasser de toi... et je sais que je ne vaux guère mieux, que j'ai utilisé sa démarche comme une opportunité. J'aimerais que tu m'entendes, même si c'est la seule fois où ma voix peut t'atteindre.

 

Impossible. Cela faisait trop longtemps qu'il jouait à l'homme. Sa voix se brisa en même temps que son cœur pansé et recousu à chaque regard, chaque silence qui le poignardaient sans pitié.

 

— Crois-moi, je ne voulais que te protéger. Jamais, tu le sais, je n'ai tenté d'en profiter. Je craignais juste ce qui pourrait t'arriver si... c'était quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui ne t'aimait pas. J'aurais voulu te dire ça autrement, sans doute dans un autre monde. Je t'aime sincèrement. Et j'en ai assez de te faire du mal. De te voir dépérir. Je veux que tu retrouves ta vie, que tu cherches ton bonheur.

 

Le saut de l'ange. Et pour seule inéluctable conclusion, s'écraser en bas, tout bas. Heurter le sol si violemment que ce ne serait pas le corps mais l'âme qui mourrait. Aussi, il tendait la dague de son sacrifice à cette femme qui le haïssait probablement lui plus que tout au monde. Puisse-t-elle avoir la miséricorde de l'achever avant l'impact.


Une terrible méprise

Message publié le 22/01/2026 à 17:15

Adossé dans un coin, position qui permettait de moins prêter le flanc, Manius observait avec tous ses sens en alerte. Sa main en apparence nonchalamment posée sur sa hanche était prête à saisir sa baguette et ses yeux dardaient vers l'accès à la salle dès que quelqu'un en franchissait le pas. Un type accompagné dont la dégaine décontractée l'inquiétait fit son apparition. Ce genre d'attitude dans un contexte aussi tendu, même pour des mages noirs, ne pouvait pas être bon signe. Soit il allait commettre une bourde soit il était le genre de dangereux individus qui les corrigeait. 

 

Suivit peu après un jeune homme un peu trop confiant aux vêtements délavés. Comment pouvait-on déambuler aussi à l'aise parmi pareille foule ? Quand on a rien à perdre, peut-être. Et peu après ce fut un grand gaillard trapu à la mine franchement patibulaire. Le genre de profil qui ne craignait pas d'être embêté. Quelques autres encore arrivèrent au compte-goutte, s'entassant dans la moiteur glauque de la pièce mal éclairée. Le début des ventes approchait.

 

D'après la liste établie par Manius, certains objets justifiaient la présence de sales types au pédigrée criminel faramineux. Certains n'étaient indubitablement que des rumeurs propagées pour attirer du monde. Comme le prétendu retourneur de temps. D'autres avaient toutes leurs chances de provoquer des hostilités dans la lutte à l'achat. La fiole de Felix Felicis par exemple. Si elle existait bel et bien. Un œuf d'Acromentule — charmant —, des artefacts de magie noire divers et variés qui pouvaient bien être susceptibles d'intéresser l'historien. La soirée promettait d'être agitée.

 

Avant longtemps; le commissaire-priseur se montra sur l'estrade pour annoncer l'ouverture des ventes et chauffer la salle. Manius profita de l'attention générale détournée pour se faufiler discrètement jusqu'au sorcier détendu qui avait discuté peu après son entrée avec quelqu'un de l'organisation. S'il était impliqué dans la vente, il existait une petite chance qu'il possédât des informations sur les objets effectivement présents. Au plus proche afin de lui parler à voix basse, il le héla.

 

— Dites, vous êtes du cercle intérieur ? J'aimerais quelques confirmations sur les articles de ce soir si cela ne vous fait rien.

 

Mais déjà le premier, ou plutôt les premiers objets, ouvraient les enchères. Des runes en os aux origines douteuses ? L'ouverture se faisait généralement sur quelque chose qui n'attirait pas trop d'attention et qu'il était possible de s'accaparer à bon prix. Et ces runes avaient potentiellement un intérêt historiques alors... En se maudissant de ne pas savoir se tenir aussi discret qu'il savait devoir l'être, Manius fut le premier à proposer sa mise. Après tout, quitte à s'être déplacé, autant en profiter, non ?


Bulstrode a des amis ?!

Message publié le 21/01/2026 à 23:01

La voix le tira de ses songes éveillés. Manius comprit tout de suite au port altier de l'élève qui l'abordait qu'elle était née dans l'aristocratie sans la reconnaître toutefois. Pas étonnant avec tous ces gens venus d'ailleurs que la Grande-Bretagne qui fréquentaient Poudlard en ce moment. La demoiselle le devança dans les présentations et...

 

Instinctivement, d'un geste souple et maîtrisé, l'historien se fendit de sa plus respectueuse révérence avant de serrer la main qui lui était tendue avec le sourire d'un homme qui vient de se voir exaucer un souhait.

 

— Votre Grâce, c'est un honneur sans pareil que de vous rencontrer. Je vous prie d'excuser mon manque d'étiquette : je ne suis pas aussi familier que je le devrais avec les titres de noblesse égyptiens. Manius Fawley, votre humble serviteur s'il vous agrée.

 

Elle portait l'uniforme de Serpentard. La maison vert et argent avait là de quoi s'enorgueillir que de compter parmi ses étudiants une personnalité aussi importante qu'une descendante de la très ancienne lignée Ptahchepsès, une famille qui n'avait cessé de marquer l'Histoire. Manius s'imposa d'importuner le moins possible la noble Dame et d'essayer de se contenter de répondre à sa question. Juste répondre. Ne pas lui poser toutes celles qui déjà se disputaient pour être la première à s'échapper de sa bouche.

 

— Merci pour votre aimable proposition, je me suis simplement égaré. Dans les dangereux méandres du dédale des souvenirs en vérité. J'ai été élève ici, ajouta-t-il en désignant la photographie de lui comme preuve matérielle.

 

Soudainement, il réalisa que la situation avait quelque chose d'extrêmement incongru. Voilà qu'il était seul avec une élève, et pas des moindre, dans cette pièce. Cela n'aurait jamais dû arriver. Si le directeur Woodcraft l'apprenait, c'est légitimement qu'il pourrait interdire à Manius d'approcher encore ne serait-ce que de Pré-au-Lard. L'urgence de partir était évidente. L'envie en revanche...

 

— Je n'en reviens pas que Poudlard accueille parmi ses élèves une personnalité de votre dignité. Je ne peux qu'espérer que l'hospitalité britannique trouve grâce à vos yeux. Le contraste avec votre belle patrie doit être dépaysant.

 

Il fallait se ranger à la raison. Sa présence en ce lieux n'aurait jamais dû advenir et il ne risquait que de déranger Mademoiselle Ptahchepsès. À regret, Manius s'inclina de nouveau.

 

— Avec votre permission, je devrais me retirer car ma présence ici est inconvenante. Soyez assurée que je chérirai la chance de vous avoir rencontrée, Votre Grâce.


Bulstrode a des amis ?!

Message publié le 20/01/2026 à 09:18

En dépit de tout l'entrain qu'y avait déployé le sorcier, le directeur Woodcraft lui avait tout aussi courtoisement que fermement fait savoir qu'il ne pouvait pourvoir à Manius le poste de professeur d'histoire de la magie. Pas même en guise de stagiaire. Les circonstances y étaient pour beaucoup.

 

Pour le moins déconfit, Manius s'éloigna du bureau où il avait été accueilli d'un pas lent. Moitié à cause de la réflexion que nécessitaient les propos entendus quelque instant plus tôt moitié parce qu'il profitait du sentiment nostalgique d'arpenter, si longtemps après lui sembla-t-il, les dalles familière du château riche en souvenirs. Sentimental, il se laissa égarer par ses pensées et atterrit, sans vraiment savoir comment ni pourquoi son subconscient l'avait amené là, dans la salle des trophées. Il consulta sa montre : il était encore tôt en ce début de soirée. Pourquoi ne pas s'attarder ? À Llandeilo, son épouse ne se languissait pas de lui. Autant lui rendre ce service de ne pas rentrer trop tôt et défait que le poste de professeur brigué lui fût refusé.

 

Était-il incongru dans cette pièce chargée d'histoire et de souvenirs où la pierre elle-même semblait empreinte de vie ? Peut-être. Mais pour empêcher Manius Fawley de déterrer le passé, il fallait le contraindre. D'abord il s'intéressa naturellement à la période de sa propre scolarité. La photo d'un fringuant Poufsouffle fier comme un paon de porter l'insigne de préfet en chef. Et non loin, celles des préfets qu'il avait chaperonnés. Quintus, le plus extravagant des Bulstrode. Caecilia figurait malgré sa rapide déchéance du poste parmi les élèves illustrés là, lui arrachant un sourire doux-amer. Poudlard n'oubliait rien, jamais. Et puis tous les autres.

 

Transporté par tout ce que racontaient les plaques, les badges, les commémorations de l'endroit, l'historien devint une humble feuille dérivant paisiblement en aval de la rivière, emportée par le courant. Cette salle avait tant de choses à dire et à montrer. Plus encore qu'elle taisait, secrets dissimulés là à l'insu de tous sauf ceux qui en possédaient la clef. Lui-même en était un exemple. Qui savait que son sourire sur sa photo de préfet en chef était moins dû à l'insigne qu'à la jeune fille qu'il regardait amoureusement au moment où la photographie fut prise ? Personne d'autre.

 

À son insu, son errance s'éternisait. Il n'entendit même pas le bruit des pas qui se rapprochaient.


Une terrible méprise

Message publié le 16/01/2026 à 08:58

— Pardon. Veuillez m'excuser. Non merci. Bonsoir, Madame Nott. J'ai dit non, merci. J'apprécie votre sollicitude mais je ne suis pas perdu.

 

Par Ekrizdis, quelle plaie que de traverser cette allée ! Bousculade, démarchage, arnaque, bousculade encore. À croire que les gens du quartier le faisaient exprès. Hé mais celui qui venait de percuter Manius lui disait quelque chose ! N'était-ce pas la deuxième fois en peu de temps ? Alliance, bourse, montre... bien, rien ne manquait. Enfin ! Barjow & Beurk. L'historien poussa la porte, presque soulagé de quitter l'Allée...

 

— Fermé ! Z'avez pas vu l'écrite... Oh ! mille excuses Monsieur Fawley. Quelle élégance, nous sommes ravis de vous compter parmi nous ce soir, Monsieur. Prendrez-vous le thé ?

 

... s'il n'y avait pas eu l'hypocrite servilité des employés de la maison.

 

— Bonsoir. Sans façon, j'ai déjà pris le thé. Voici mon invitation.

 

Manius produisit le gallion contrefait qui faisait office de laisser-passer pour la vente aux enchères du jour. Cette pièce ainsi que la présence du sang-pur dans ce bouge sordide résultaient d'une fastidieuse enquête afin de retrouver quelque chose de très important. Lors de ses dernières fouilles, son équipe avait mis la main sur une tablette antédiluvienne en miraculeusement bon état et ayant appartenu à un sorcier potentiellement fourchelang antérieur à Herpo l'Ancien. Si cela s'avérait, cette découverte pouvait remettre en question tout ce que l'on croyait acquis concernant la faculté de communiquer avec les serpents ! Hélas, la tablette avait disparu, indubitablement dérobée. D'après les informations péniblement recueillies par Manius, elle était susceptible de refaire surface ici ce soir lors des ventes. Hors de question de laisser filer l'occasion de la récupérer, même si la source de l'information n'était pas fiable et qu'il fallait y mettre le prix.

 

Optimiste sans toutefois se bercer d'illusions, Manius se laissa guider jusqu'à une arrière-salle où quelques sorcières et sorciers peu fréquentables s'acoquinaient entre eux. Des regards torves et méfiants le saluèrent en silence. Ce n'était pas sa première valse avec la lie des mages noirs de Grande-Bretagne, aussi était-il pertinemment conscient de n'être pas le bienvenu et de marcher sur des œufs. Au pire, si quelque chose devait lui arriver, cela ferait au moins une veuve heureuse.

 

tl;dr : Manius traverse l'Allée des Embrumes, importuné par la foule. Il entre chez Barjow et Beurk et se fait conduire à une vente aux enchères très privée où sa présence n'est guère appréciée.

Liste des messages de Manius Fawley