Harry Potter RPG

Liste des messages de Manius Fawley

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

L'ombre dans ses yeux

Message publié le 29/01/2026 à 23:19

Manius délaisse un instant sa mine renfrognée d'inquiétude pour sourire devant la curiosité scientifique d'Ophelia. Il appréciait les grandes qualités intellectuelles de sa consœur, son sens des priorités bien à elle et son entrain à toujours partir en quête de réponses à la moindre théorie. Depuis qu'ils ont commencé à travailler ensemble, il se demande d'où elle tire toute cette énergie positive alors qu'elle s'épuise chaque jour sur ces chaises de tortionnaire à éplucher minutieusement tous les documents et toutes les reliques qui passent un rien trop près de ses doigts avides d'étude qui les happent avec diligence et les retournent dans tous les sens. Ce soir, il réalise même qu'elle va lui manquer.

 

Quand elle répond avec ce grand sérieux dont elle seule est capable en toutes circonstances, elle lui arrache ce semblant de rire qui a remplacé celui de son adolescence, un peu d'air dérobé à ses narines. Un silence passe tandis que les deux collègues triturent leurs tasses. Manius baisse les yeux, n'ose pas affronter le regard de jugement qu'elle pourrait avoir. Jamais il n'a vu Ophelia Frost juger qui ou quoi que ce soit pourtant. C'est sans doute précisément pour ça qu'il a peur de l'en découvrir capable ce soir.

 

Bien qu'il approuve chacune de ses paroles au sujet de l'entretien des traditions archaïques des sang-purs, chaque mot qu'elle prononce sonne le glas de sa dignité et de l'homme qu'il aurait tellement souhaité être. Pu être, peut-être. Dans un autre monde, dans un monde ou les Fawley naissaient dans d'humbles maisons dépourvues de responsabilités et vivaient libres d'aimer.

 

Puis, comme une main timidement tendue, une lueur de compréhension. D'égards pour lui, de compassion. Un geste anodin presque mais suffisant pour que Manius Fawley relève la tête et trouve les yeux d'Ophelia Frost comme s'il la rencontrait pour la première fois. Un petit sourire contrit, une ride d'inquiétude qui se creuse comme un coup de poignard sur le front de l'historienne. Et comme un coup de poignard dans le cœur de l'historien. Vous êtes heureux ?

 

Bruits d'éclats sur le sol du musée et dans la poitrine de Manius. Par terre, la tasse brisée qui s'est échappée de ses mains. En lui, son cœur d'enfant qui ne sait pas ce que c'est que le bonheur, n'a jamais eu que les mots devoirs et responsabilités dans les oreilles. Son cœur d'homme qui espère un amour impossible. Les deux se sont percutés violemment et le choc terrasse leur propriétaire. Inconsciemment, sa tête tourne lentement de gauche à droite. Il n'entend pas les excuses proférées par Ophelia. Manius est tombé, prostré comme un enfant blessé qui fond en larmes. Adieux l'homme et sa dignité. Après vingt-quatre ans d'existence, quelqu'un s'est soucié de lui, de ce qu'il désirait, de son bonheur. Et ça le brise.


Le point de départ

Message publié le 29/01/2026 à 20:43

Le regard attendri de Manius parcourt Caecilia sans indécence. C'est bon de se parler, qu'importe le sujet. Obligations ou banalités, la voix de la jeune femme lui est d'autant plus agréable qu'elle s'adresse à lui. Du moins jusqu'à ce qu'elle dise quelque chose qui arrache à Manius, malgré lui, un regard noir et sévère qu'il n'a plus eu depuis qu'il n'est plus préfet. Non, il ne veut pas que Caecilia meure. Ça ne le libérerait pas le moins du monde.

 

— Ne dis pas ça.

 

S'il est surpris de l'inflexion dure dans sa propre voix, les excuses qu'il prodigue d’ordinaire profusément ne suivent pas. La plaisanterie ne l'a pas goûté et il assume ses paroles. Mais ce n'est pas pour autant qu'il souhaite se montrer autoritaire avec la sorcière qui lui avoue l'air de rien une crainte qu'il ne lui connaissait pas. Malgré la dangerosité du métier qu'elle exerce, sa vie lui est assez précieuse pour ne pas la jouer à la fois au black jack et au poker. Manius lui sourit légèrement, comme s'il signait un contrat mutuellement bénéfique.

 

— Si tu ne voulais pas d'enfant avec celui que tu aimes, la question est réglée. Je prendrai une potion contraceptive pour être sûr.

 

Ce n'est que trop tard qu'il réalise la signification implicite de ses derniers mots et s'empourpre violemment en renversant sur lui son thé qui tanguait déjà depuis longtemps dans la tasse. Tout en tapotant la tache du breuvage, il balbutie des justifications plus qu'approximatives.

 

— Enfin, je... voulais dire, enfin non ne pas dire, plutôt. Je ne voulais pas dire qu'on doit... tu sais. Si tu n'as pas envie. Rien ne nous oblige. 

 

Pour seule diversion, sans doute la moins appropriée. Manius Fawley ne s'est jamais senti le talent de l'éloquence, encore moins quand il s'agissait de faire la conversation. Et il semble déterminer à se prouver qu'il n'a pas tort sur le sujet, ce matin.

 

— Mes parents ne m'aiment déjà pas, moi tout seul. J'aimerais pouvoir te dire autre chose mais je pense qu'ils s'en fichent tout simplement. Et leur opinion ne m'importe plus.

 

Pendant un instant de réflexion, Manius entrevoit quelque chose qui le fait rire autant qu'il en est capable : en expulsant un peu d'air par les narines.

 

— Ma famille... finalement ce sera que toi et moi. Alors, à toi de répondre à cette question.

 

Demeurait le sujet du boulot. Ce n'étaient pas les moyens qui manquaient dans le foyer, juste l'occupation de l'esprit. Poudlard ne voulait pas de lui et il le comprenait. Qui voulait de Manius Fawley, le fouisseur de boue accro à la magie noire ? Une seule personne semblait le supporter depuis qu'il avait fini son parcours scolaire. Une jeune femme brillante probablement déjà occupée à cultiver son torticolis de la journée dans une salle d'étude mal éclairée en écoutant le disque de blues qu'y avait laissé Manius.

 

— Je comprends la décision de Woodcraft. Les circonstances ne s'y prêtent pas. Ses paroles. Mais ce n'est pas grave, j'irai de temps en temps faire un tour à Godric's. Au moins pour m'assurer qu'Ophelia apprécie les nouveaux fauteuils que j'y fais livrer. La pauvre avait le dos en vrac quand on s'est quittés. D'ailleurs j'y pense, tu aimes le blues ?

 

Pas adroit dans les conversation, l'historien. Et trop candide pour le réaliser en prime. Il agite sa baguette et prononce la formule du sortilège d'attraction pour prendre de quoi écrire.

 

Le nécessaire lui parvient sans encombre.

Manius Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Illyius !

Sortilège
Sortilège d'Attraction
Difficulté
4
Résultat D20
12
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Le nécessaire lui parvient sans encombre.

Autres résultats possibles

Le nécessaire lui parvient sans encombre.

Après quelques secondes sans résultat probant, Manius grommelle en se levant pour aller chercher le nécessaire.

Après quelques secondes sans résultat probant, Manius grommelle en se levant pour aller chercher le nécessaire.


Histoire de famille

Message publié le 29/01/2026 à 11:34

Un court instant de silence suit l'intervention de la Dame. Non seulement parce que Manius Fawley a une sensation étrangement familière en étant pourtant certain de ne l'avoir jamais rencontrée mais aussi mais parce qu'il prend la peine de considérer sa réponse avant de la livrer. Une lueur vive, éclat d'intérêt autant que d'intelligence, brille dans le regard intense de l'intervenante qui manifeste les qualités physionomiques de la gent méditerranéenne. Pas si étonnant qu'elle semble la seule véritablement passionnée par le sujet au milieu des yeux certes curieux mais pas tant engagés du reste des invités de ce colloque. Où qu'il aille, les recherches de l'historien orientées vers la magie noire se heurtent à une sorte de tabou qui met mal à l'aise les moins initiés.

 

— Ma très chère Dame, vous mettez élégamment en évidence l'aspect le plus compliqué du travail archéologique. On ne peut en effet apercevoir l'Histoire qu'au travers du prisme de ceux qui l'ont écrite et du message qu'ils ont souhaité transmettre en leur temps et pour la postérité. Et les drames tels que la disparition des archives alexandrines nous privent hélas de tant de connaissances.

 

Officiellement, a-t-elle prit la peine de préciser. Ce terme tourne dans l'esprit de Manius, convaincu que son emploi s'accompagne implicitement de sa contrepartie, de l'existence d'une autre vérité dissimulée aux yeux de l'information publique. Une personne telle que celle qui s'adresse à lui ne peut l'avoir employé sans dessein. L'urgence de s'entretenir plus longuement, et peut-être ouvertement, avec cette femme presse son instinct curieux.

 

— Je paierais volontiers de mon temps et ma loyauté pour avoir un aperçu des précieux ouvrages de Manéthon. Une telle sommité dans son domaine ! Ne serait-ce que pour vérifier si cette édifiante hypothèse selon laquelle le "cuivre gobelin" ne serait en réalité pas un mystérieux matériau égaré dans les méandres du passé mais une métaphore de la couleur de peau de ces renégats a quelque source tangible. Ce ne sont que des élucubrations en l'état mais, personnellement, je trouve qu'il y a au moins une sorte de poésie un rien séduisante à l'idée que ces moldus n'aient jamais été enfermés par le descendant d'Heqaib mais tout simplement dans leur condition mortelle et dépourvue de magie. Prisonniers de leur propre peau, leur être tout entier. De là, il n'y a qu'un pas pour amener la réflexion philosophique : sommes-nous libres ?

 

Pour en arriver à ce genre de considérations existentielles, c'est que la discussion a profondément enflammé le sang-pur qui ressent en lui le feu de la passion alimenté par les paroles cultivées de son interlocutrice. Elle lui rappelle quelque peu Ophelia Frost, sa consœur, qui n'a pas tout à fait la posture digne de cette Dame mais rivalise avec les plus grands esprits qu'il eût rencontrés. Elle lui rappelle même autre chose sur laquelle Manius n'arrive pas à mettre le doigt.

 

— Je vous prie d'excuser mon indélicatesse mais votre verbe me paraît singulièrement familier et je crois pourtant ne pas encore avoir eu la chance de vous rencontrer. Permettez-moi de vous dire que votre présence ici honore la haute réputation des invités de Sa Grâce De Luca. Auriez-vous l'obligeance de m'autoriser à vous inviter autour d'un verre afin de poursuivre cet échange ?


Le point de départ

Message publié le 29/01/2026 à 00:03

C'est avec une horrifiante lucidité que Manius vit cette conversation improbable qu'il a ce matin avec Caecilia. Deux époux qui se sont à peine adressés la parole en sept ans, viennent de coucher ensemble pour la première fois comme s'ils livraient chacun une guerre personnelle à coup de tendresse et débattent de la fiancée d'un autre, prise dans les mêmes tourments qu'eux. C'est lunaire, complètement déplacé et... apaisant.

 

— Et t'as le droit d'être chiante. Je t'ai... t'apprécie comme ça et je ne veux pas que tu changes pour rendre notre relation complaisante.

 

Le récit de la visite impromptue de Ptahchepsès laisse Manius un peu songeur, très amer. Une histoire qui ressemble fort à celle qu'il vit avec la sorcière dans ses bras et qui compatit forcément avec elle mieux que lui ne le pourrait jamais. Qu'est-ce qui avait bien pu, chez Bulstrode, écœurer autant une Dame aussi noble que Neith Ptahchepsès ?

 

— Monsieur Bulstrode devait savoir ce qu'il faisait en t'envoyant Mademoisellle Ptahchepsès. Je suis sûr que tu es exactement la personne qu'il fallait pour la réconforter. Les mariages entre sang-purs sont décidément une sale affaire.

 

Pas certain du tout que Caecilia apprécie l'ironie mais c'est ainsi que Manius veut se montrer devant elle : franc. Dans une certaine mesure du moins, il peut bien faire une concession pour une cigarette et lui amener un petit-déjeuner au lit alors que ce n'est pas dans ses habitudes.

 

— Elle m'a paru altière et en forme. Je crois qu'elle se remet bien de sa rencontre avec son fiancé. J'espère.

 

Ce à quoi l'historien s'attendait moins, c'est que Caecilia revienne sur le sujet pour le moins délicat de leurs obligations familiales. Cette question était pour lui aussi quelque chose d'important. Mais il voulait que ce le soit pour les bonnes raisons. Il retient un soupir embarrassé, se gratte inconsciemment la lèvre supérieure avec son pouce comme quand il réfléchi.

 

— Est-ce qu'on peut envisager les choses autrement, à ce sujet ? risque-t-il alors qu'elle lui réitère son accord pour avoir un enfant. Ce mot, héritier... je ne veux pas d'un héritier, Caecilia. Et encore moins te l'imposer. Mais... j'aimerais être père un jour. Aimer mon enfant, le nôtre si tu partages ce souhait. Lui épargner les soucis... les emmerdes qu'on a traversées, corrige-t-il avec un vocabulaire qui ne lui est pas coutumier. On peut se laisser le temps. Mon père peut aller se faire voir. Et le sien et tous les Fawley qui m'ont précédé aussi. Je ne répéterai pas ce cycle dénué d'amour, entretenu par tradition. Si tu veux de moi, j'ai besoin que ce soit par... en tout cas pas par devoir. Mais je ne sais pas si tu peux me désirer après ce que je t'ai fait.

 

Manius sourit de l'attitude toujours un peu revêche de la jeune femme. Après tout, elle est justifiée et ça ne gâche pas son charme. Peut-être même l'inverse. S'apprivoiser, le terme n'est peut-être pas inapproprié. Elle a des allures de féline farouche et lui... de chien battu, sans doute ? Alors qu'elle va fumer sa cigarette près de la fenêtre, il la regarde avec les mêmes yeux qu'un jour de septembre lors de sa dernière année à Poudlard. Le jour où en prenant leurs photos de préfets, son sourire était celui d'un adolescent qui vient d'avoir un coup de foudre. 

 

— Je me suis dit que ça avait du sens quand tu as enlevé... nos bijoux, hier soir. Tu avais l'air sûre de toi en tout cas. J'ai rangé ma bague là où elle me rappellera que j'ai commis une erreur à tes dépens. Et que je suis reconnaissant que tu m'accordes une chance de me rattraper.

 

Même avec sa deuxième main libre, manger dans le lit ne s'avère pas plus confortable qu'auparavant et Manius décide de mettre un terme à ses efforts en ce sens. Il regarde la paume bandée de son serment solitaire avec comme une pointe de satisfaction qui lui arrache un semblant de rire bref exprimé en un souffle amusé, optimiste. Il y a quand même quelque chose dont il doit faire part à Caecilia toutefois.

 

— En parlant de s'apprivoiser, je risque d'être plus souvent dans tes pattes. Beaucoup plus souvent. Monsieur Woodcraft a refusé ma candidature. Je n'ai pas eu le poste à Poudlard. Je retournerai probablement mener quelques recherches en freelance au musée de Godric's Hollow mais les expéditions c'est fini pour le moment. D'ailleurs, ça me rappelle que je voulais faire un don à ce musée. On s'y brise la nuque avec ces vieilles chaises. Heu... je peux avoir ma baguette ? J'aimerais prendre de quoi écrire. S'il-te-plaît.


Histoire de famille

Message publié le 28/01/2026 à 19:20

L'ambiance au Ventre de Bacchus est, comme toujours, pour le moins excentrique. L'historien n'est pas exactement à son aise dans ces lieux trop exubérants pour quelqu'un d'aussi réservé mais il apprécie chacune des invitations de Valentina De Luca, une femme qui l'impressionne par sa faculté à attirer et réunir des personnalités parmi les plus fascinantes du monde. Et que dire de sa collection d'art qui recèle de véritables trésors souvent chargés d'intérêt archéologique également. Alors Manius prend sur lui, essaie d'ignorer ces femmes et ces hommes aux manières séductrices qui déambulent dans l'établissement en invitant ses visiteurs à toutes sortes de tentations.

 

Malgré la sensation de chaleur qui l'étoufferait presque, il s'efforce de terminer son monologue aussi magistralement qu'il en est capable sans céder à la tentation de défaire sa cravate et déboutonner sa chemise. Les interventions en public ne sont généralement pas son point fort mais l'incommensurable intérêt que soulève son sujet de ce soir le rend volubile et la passion qui l'anime lui confère une certaine éloquence dont il ne se rend pas compte. Dans ses mains moites, une lampe à huile à moitié carbonisée et respectueusement manipulée dans un linge pour la protéger lui sert de pièce à conviction pour appuyer ses dire.

 

— [...] Ainsi, Heqaib Ptahchepsès est le sorcier à qui l'on peut attribuer la croyance persistante que les Djinns peuvent être emprisonnés dans ce genre d'instruments. Vous constaterez que l'or qui compose cette lampe a manifestement fondu en partie, ce qui témoigne de son exposition à une température supérieure à mille degrés Celsius et contribue à accepter l'hypothèse qu'un Éfrit s'en serait échappé. Mais cela ne constitue pas une preuve, il est tout à fait possible que cette lampe ne soit qu'un savant bluff destiné à dissuader les ennemis de Ptahchepsès à l'époque. Cependant, si la lampe était fonctionnelle, cela nous amène à envisager des questions absolument terrifiantes. De quelle puissance phénoménale peut être doté la Djinn évadée de cette geôle et ourdit-elle depuis des siècles une vengeance inconcevable à l'encontre du clan d'Heqaib ? Et quelles sont les restrictions qui s'appliquent au pouvoir de la lampe ? Peut-elle capturer d'autres créatures ? Des... êtres humains ? Mesdames et messieurs, je vous remercie infiniment de votre attention et vous souhaite une excellente soirée en la demeure de notre estimée hôtesse Valentina de Luca ! 

 

L'orateur est à bout de force, le souffle court d'avoir tant parlé. Sa gorge desséchée requiert l'eau de toute une oasis pour étancher sa soif mais il n'est pas encore temps de s'éclipser au bar pour cela. Tâchant de faire bonne figure, il se tient à disposition de l'assemblée pour répondre aux éventuelles questions qu'il prie Gormlaith Gaunt d'être peu nombreuses. La tête qui lui tourne légèrement permet à ses pensées de divaguer un court instant vers Caecilia et il se demande ce qu'elle penserait de le trouver dans un tel endroit. Distraitement, il repose la lampe et caresse son annulaire à l'endroit où la trace de son alliance absente demeure. Puis une voix rappelle son attention à l'ordre.


Bulstrode a des amis ?!

Message publié le 28/01/2026 à 07:59

En réalisant qu'il n'était vraiment pas à jour du tout dans les relations entre les grandes familles de sang-purs car les mondanités n'étaient pas l'aspect de sa vie qu'il appréciait le plus, Manius retomba très vite dans son travers de s'excuser profusément. Mais surtout, il éprouva la plus sincère compassion pour Neith en l'entendant parler de ses fiançailles très précoces avec un homme qu'elle ne connaissait forcément pas bien et seulement dans un contexte très codifié. Un instant, il vit Ptahchepsès non pas comme une fière héritière mais telle la jeune fille qu'elle était et eut envie de la serrer dans ses bras paternellement et de lui assurer que tout irait bien. Sans aucune certitude de dire la vérité cependant.

 

— Je vous présente mes excuses, je ne suis pas très au fait des... alliances actuelles entre les familles nobles. Monsieur Bulstrode me paraît un bon parti et je le connais en tant qu'homme fiable. J'espère qu'il vous sera agréable dans votre vie privée. Veuillez me pardonner de ne pas vous féliciter pour vos fiançailles, je n'ai pas le goût de ces choses-là dans notre société. Vous avez dû être promise si jeune à Monsieur Bulstrode. Ces arrangements peuvent avoir un goût très amer, je... je vous parle d'expérience. Les jeunes femmes comme vous ne devraient pas se voir infliger ces chaînes. Désolé, Votre Grâce, je n'aurais pas dû m'épancher de la sorte. Je vous souhaite le meilleur dans cette union, nous ne pouvons que l'espérer.

 

Manius détourna le regard. Personne ne méritait le sort qu'il avait lui-même imposé à Caecilia. Encore moins une Dame de la qualité de Neith Ptahchepsès. Ses propres compliments concernant Bulstrode sonnaient creux même à ses oreilles. Il était trop bien placé pour savoir qu'un homme apparemment bien sous tout rapport et à la réputation immaculée pouvait cacher un monstre en son sein. Il en était la preuve. Son regard se perdit dans la contemplation de ses photos de classe, celle de Caecilia surtout. Souriante avec son badge sur son uniforme. Quand avait-il vu ce sourire pour la dernière fois ? Avant de l'assassiner de ses propres mains. Des mains qui irradiaient de la brûlure insoutenable que semblait constamment lui infliger son alliance et qui se crispaient à son insu, gravant la chair de sa paume avec ses ongles.


L'ombre dans ses yeux

Message publié le 28/01/2026 à 01:59

— Aucune idée, avoue Manius en haussant les épaules.

 

Il s'approche d'Ophelia avec l'objet en main et jette un regard à la nuque exposée de celle-ci avant de pousser un sifflement inquiet en voyant l'état manifestement peu naturel de son muscle trapèze. Il se replace face à elle afin de ne pas lui parler dans le dos et repose le cylindre sur la table d'étude.

 

— Vos muscles sont tellement tendus que ça se voit à l'œil nu. Vous n'avez pas besoin qu'on vérifie une théorie sans fondement mais de ceci.

 

Le sorcier s'empare d'une serviette propre de la kitchenette qui les a vus improviser les semblants de repas les plus improbables qui soient et l'enchante à l'aide du sortilège Calidum pour la réchauffer. Quand elle est à la température idéale, il la tend à sa consœur avec un sourire un peu contrit par la prévenance sincère dont il fait preuve.

 

— Appliquez toujours ça sur la zone douloureuse. Idéalement il faudrait masser mais vous pourriez trouver cela déplacé.

 

Une gorgée de thé vient réchauffer la gorge et l'âme tourmentée de l'époux geôlier. Est-ce qu'il a envie de parler de Caecilia ? Oui et non. Il aimerait qu'on lui dise qu'il a bien fait, en dépit de tout, en l'emprisonnant dans une vie avec lui qui ne lui a jamais voulu que du bien. Mais la culpabilité l'achèverait dans le cas contraire. Tant pis. Que ce soit l'un ou l'autre, ça ne peut être pire que cette souffrance latente qui le ronge depuis trop longtemps.

 

— Vous devez vous souvenir de cette maudite beuglante, qu'Ekrizdis maudisse son inventeur, qu'a reçu une jeune fille dans la Grande Salle ? Son père a ensuite contacté toutes les familles de sang-pur pour la proposer en fiançailles... comme pour se débarrasser d'elle en la vendant à celui qui lui ferait l'offre la moins insultante.

 

Nouvelle gorgée de thé. Amertume sur la langue assortie à l'amertume sur le cœur.

 

— J'ai été assez stupide pour croire que je pouvais lui épargner d'autres tourments en réclamant sa main. Je voulais juste... elle aurait fini enchaînée à un époux dont elle ne voulait pas de toute façon. J'étais persuadé qu'avec moi au moins, elle pourrait garder un rien de liberté. Je l'ai épousée mais jamais contrainte à quoi que ce soit. Je passe mon temps loin de chez moi pour lui éviter de me voir, moi son bourreau.

 

Les doigts de Manius Fawley se crispent sur sa tasse. À son annulaire, l'alliance le brûle.

 

— Mais elle est malheureuse. À cause de moi. Et nos obligations familiales imposent qu'on aie... un... un enfant. Enfin, un héritier. Et je ne veux pas de ça, d'un enfant fait par devoir et imposé à une jeune femme qui n'a pas mérité ça.

 

L'émotion devient trop forte, la honte trop accablante. En son sein, l'historien sent cette déception, ce dégoût de lui enfler pour l'écarteler de l'intérieur. Il avale le reste de son thé d'une traite avant de lancer une maigre diversion.

 

— Nagluk, ce n'est pas le forgeron du masque de Happy Grave, le mage fou qui faisait jouer des pièces de théâtre à ses victimes sous l'effet de l'Imperium ?


L'ombre dans ses yeux

Message publié le 27/01/2026 à 23:38

Le premier réflexe de Manius est toujours le même. Ça n'a pas toujours été le cas pourtant. Ça l'est depuis sept ans.

 

— Désolé, je vous ai réveillée ?

 

Le sorcier laisse retomber plus qu'il ne pose sa plume et se lève pour aller chercher deux tasses de thé, apercevant en chemin le sujet d'étude qui a retenu sa consœur otage de ses pages avant de lui asséner sournoisement un coup d’assommoir. Il ne peut s'empêcher de sourire. Le programme d'Histoire de la magie de Poudlard tendait généralement plutôt à dissuader les élèves de s'intéresser davantage aux conflits gobelins.

 

— Alors, est-ce que le chef Larknas a accepté la tête d'Eggor en guise de tribut de paix de la part d'Ugrak ? plaisante-t-il tout en sachant qu'Ophelia pourrait sans avoir à réfléchir lui expliquer cinq raisons pour lesquelles il raconte des âneries anachroniques.

 

Quand il se dirige vers elle pour lui tendre une tasse dans laquelle il a ajouté une cuiller de sucre, comme il sait qu'elle aime son thé, il aperçoit la posture raide de la jeune femme sur ces chaises dont on apprenait l'ampleur de l'inconfort à force de se casser les vertèbres dessus pendant de longues heures. Il commence à faire les cent pas dans ce petit espace feutré, observant distraitement les babioles disséminées çà et là.

 

— Je dois renoncer aux expéditions. Pour un temps du moins. Il faut...

 

Nouveau soupir. Décidément c'est compliqué. Et sans doute qu'au fond Ophelia s'en moque. Qu'elle a posé la question par politesse. Mais ça fait combien de temps que personne n'a demandé à Manius si tout allait bien ? Parce qu'il en a besoin ou parce qu'il est arrivé à saturation, il vide son sac. Juste un tout petit peu. Il n'a pas le droit de se plaindre.

 

— Il faut que je rejoigne ma femme. Mais elle me déteste à juste titre alors... je ne suis pas sûr d'être prêt à lui imposer ma présence.

 

Son regard s'arrête sur un artefact cylindrique dont l'utilité exacte est encore en cours d'étude. Il s'en saisit et le triture distraitement avant de se tourner vers sa consœur en le brandissant.

 

— Désolé, je ne voulais pas vous ennuyer avec mes histoires. Vous devez avoir un torticolis atroce, ce serait peut-être l'occasion de voir si ce truc n'est pas un outil de massage du peuple de l'eau ? 


Le point de départ

Message publié le 27/01/2026 à 21:43

Un sursaut. Forcément, elle ne doit pas avoir l'habitude de se réveiller avec quelqu'un à ses côtés. Manius s'imagine Emfield s'extirper des bras de Caecilia le soir pour aller retrouver son épouse à lui après avoir... tiré son coup. Il cherche à chasser ça de son esprit. Malgré le mépris qu'il s'est découvert pour lui, il sait que Caecilia l'aime et n'acceptera pas ce sentiment, le percevra comme une jalousie déplacée. Puis elle attrape une de ces saloperies qu'elle fume.

 

Du café, bien sûr qu'il y en a. Manius s'est toujours assuré que Caecilia puisse avoir ce qu'elle aimait à portée de main. Amant compris. Le comble s'il avait oublié quelque chose d'aussi trivial. Il se demande Pourquoi tant d'empressement semble animer la sorcière quand elle demande sa baguette mais ne pose pas de question et la lui donne en réalisant qu'il ne sait même pas ce qu'il est advenu d'Illyius. 

 

La sorcière qui se réveille ce matin a l'air un peu perdue, comme si Manius l'avait tirée d'un rêve profond dont elle peine à émerger. Il ne sait pas comment aborder cette jeune femme qui lui dit qu'elle a le cœur brisé par son amant. Comment comprendre ce qu'elle ressent ? Deviner ce dont elle a besoin ? La seule chose à faire lui semble-t-il, est de lui témoigner son soutien, cette indéfectible volonté de la protéger. Certes, la même qui l'avait mené à commettre la terrible erreur d'enchaîner à lui Caecilia. Mais n'apprenait-on pas de ses erreurs ?

 

— Tu es très bien. La soirée a été rude pour toi, tu es juste fatiguée. Fume si tu en as besoin.

 

Hésitant, Manius décide toutefois de se risquer à passer son bras derrière la nuque de Caecilia et l'inviter à se blottir un peu contre lui. Il n'a aucune idée de ce que son étreinte peut lui apporter ni si elle la désire mais après la nuit passée à découvrir mutuellement leurs corps, l'idée ne lui semble pas si saugrenue.

 

— Pour ton cœur, je n'ai pas le remède mais j'aimerais le chercher avec toi. J'ai de la peine de te voir ainsi.

 

Plongé dans sa réflexion, Manius se demande ce qu'il peut bien exister en ce monde qui puisse réparer un cœur brisé. Certainement pas lui, encore moins pour Caecilia se dit-il. Une blessure d'amour ne doit pouvoir se soigner qu'avec de l'amour. C'est sans doute la meilleure chose à faire dans l'immédiat. Ne fût-ce que pour essayer d'arrêter l'hémorragie.

 

— Et si tu invitais tes amis ? Je suis sûr qu'eux sauront faire quelque chose pour toi. J'irai faire une course pendant ce temps-là pour vous laisser tranquilles.

 

Les évoquer de la sorte lui rappelle son impromptue rencontre avec Neith Ptahchepsès, la fiancée de Bulstrode qui était un ami proche de Caecilia. À défaut de mieux pour tenir compagnie à cette dernière, il lui en fait part.

 

— D'ailleurs, j'ai rencontré par hasard Mademoiselle Ptahchepsès, la fiancée de ton ami Bulstrode. Elle m'a dit que tu m'avais devancé à ce sujet. Il te l'a présentée ?

 

De sa main qui enlace l'épaule de Caecilia, il caresse doucement celle-ci. De l'autre, il tâtonne maladroitement pour prendre le thé en se demandant ce qui lui avait pris d'amener le petit-déjeuner au lit. Ce n'était vraiment pas pratique. 


Le point de départ

Message publié le 27/01/2026 à 11:03

Manius ne se réveille pas avant Caecilia. Pour se réveiller, encore faut-il avoir dormi. C'est la nausée qui le décide finalement à se lever. Ou plutôt le fait qu'elle soit devenue irrépressible et le contraigne à descendre pour finir dans les toilettes du bas le nettoyage commencé par la femme endormie dans le lit conjugal. Elle avait enlevé l'alcool de son sang mais pas de son estomac après tout. Ou alors c'est autre chose que Manius vomit ce matin.

 

Par réflexe, il a quand même prit le temps de ramasser son alliance qui imprime sa marque circulaire dans sa paume alors qu'il se crispe. Petit instrument de torture chauffé à blanc. Il la range sur son bureau, en évidence comme pour que jamais ne se soustraie à ses yeux sa culpabilité d'avoir donné sa jumelle à une innocente. Puis il prend une douche dans la salle de bain des invités pour ne pas troubler le sommeil de Caecilia qui doit en avoir bien besoin. Voilà, elle dort et lui se lave, ce dont il a besoin. Mais ce n'est pas suffisant. Quel savon pourrait jamais retirer le dégoût de soi qu'on porte quand on est aussi pathétique ? Scott. Elle avait voulu si fort que ce soit lui pendant qu'elle s'abandonnait à Manius qu'elle n'avait pu s'empêcher de souffler son nom. Manius le savait quand il avait cédé à la requête, qu'il n'existerait pas dans les bras de la sorcière et que l'intimité physique partagée était juste un symptôme de tout ce qui les éloigne. Caecilia risquait bien de vivre dans le précieux passé où son amant et elle ne faisaient qu'un. Tiens, ça leur fait un point commun en quelque sorte.

 

Un regret le dévore d'avoir partagé cette étreinte incongrue la veille. Le risque, aussi minime soit-il, d'engendrer un enfant dans pareilles conditions le révulse. Pourquoi avait-il cédé ? Était-ce par faiblesse ou par force qu'il avait répondu à la requête de Caecilia ? De nouveau, tout tourne en rond et Manius se sent balloté au gré de ce tourbillon insensible qu'est la vie. Il erre quelques instants dans la demeure, nettoie les dégâts qu'il a causé la veille. Considère la possibilité d'avoir recours à la magie pour ne plus jamais avaler une goutte d'alcool et se dit que ce serait trop facile, qu'il se décevrait encore. Il se sent à l'étroit, malvenu entre ces murs tandis que ressurgit la démangeaison de purger Dinefrw par l'autodafé.

 

Dehors, avec pour seule témoin la lune qui s'attarde avant de céder sa place à l'aube, Manius creuse un petit trou et se livre à une cérémonie entre lui et lui. Une estafilade dans sa paume et le sang coule dans la terre meuble. En son sein, l'archéologue se fait la promesse que le fluide vital emporte avec lui tout ça et qu'il ne viendra jamais remuer ce passé tandis qu'il referme la terre. Il y a des choses qu'il faut savoir laisser derrière soi et un moment où il faut se tourner vers l'avenir. Manius Fawley n'est pas encore prêt pour ça et il le sait. Mais peut-être qu'il est capable de commencer à vivre dans le présent. Être l'homme qu'il a envie d'être, peu importe que cela soit ce qu'on attend de lui ou pas. Peu importe qu'il plaise à Caecilia ou pas.

 

Il prépare le petit-déjeuner et le sert sur un plateau qu'il emporte dans la chambre. Sa main glisse avec douceur sur les cheveux de la jeune femme qui est assoupie là et sur le front de laquelle il dépose le plus léger des baisers.

 

— Bonjour. Tu veux prendre le petit-déjeuner ?

 

Manius sourit.


L'ombre dans ses yeux

Message publié le 27/01/2026 à 00:34

Dans la salle d'études éclairée au candélabre, un gramophone crachote légèrement en diffusant la musique blues du disque qui tourne en rond avec le plateau. Manius Fawley aussi tourne en rond, dans sa tête et dans son existence. Tout tourne en fait, la lettre qu'il a entre les mains aussi est tournée et retournée comme si ce mouvement pouvait en changer le sens. Mais non.

 

Depuis le Pays de Galles, Monsieur Fawley Senior fait savoir à son fils unique qu'il s'impatiente. Que les héritiers ne se font pas tout seuls. Le parchemin lui brûle les doigts, l'accable un peu plus encore du fardeau du devoir. Manius n'a pas envie d'un héritier. Il veut un enfant qu'il pourra aimer et qui aura un peu plus de chance que lui peut-être. Un enfant qui verra se concilier devoir et désir. 

 

Seulement voilà : si l'historien a épousé une femme qui lui plaît malgré les restrictions qui auraient pu l'en empêcher, la réciproque est loin d'être vraie. D'ailleurs le mariage n'a jamais été consommé car il se refuse à toucher celle qui ne veut pas de lui. Alors comment pourrait-il lui demander un enfant ? C'est inéluctable pourtant, Manius y est obligé. Que faire ?

 

Déjà, ne pas repartir loin en prétextant mener des fouilles pour épargner sa présence à cette épouse. Rester En Grande-Bretagne, à portée de Llandeilo pour se rapprocher, si pas sentimentalement, au moins physiquement. Mais les opportunités archéologiques sont rares sur les îles britanniques et Manius ne veut pas s'ennuyer à errer définitivement dans un seul endroit dont il finirait irrémédiablement par connaître l'histoire par cœur. S'il perd la passion de son métier, que lui restera-t-il ?

 

Un morceau de parchemin vierge, encre et plume. "Très estimé directeur Woodcraft..." Cela lui semble le seul compromis un tant soit peu supportable. S'il se fait engager à Poudlard pour enseigner l'histoire de la magie, il évitera peut-être de moisir totalement et pourra essayer d'entreprendre des démarches pour se diriger vers ce but qui n'est pas le sien mais qu'il se doit d'atteindre néanmoins.

 

Gestes lents, soupir résigné, yeux cernés. Manius est las. Et puis quelqu'un d'autre est là.


Le point de rupture

Message publié le 26/01/2026 à 21:09

— D'accord. On se parlera quand tu seras prête.

 

À force de ne s'intéresser qu'au passé, l'avenir est quelque chose de difficile à appréhender. C'est peut-être pour ça que Manius saute toujours toutes les étapes. Comment planifier un demain que l'on ne conçoit pas ? Il ne sait pas construire les choses, elles ont toujours atterri toutes faites dans ses mains.

 

C'est son propre passé qui le rattrape ce soir. Il ne comprend pas ce que signifie le geste de Caecilia quand elle se débarrasse des alliances. Est-ce qu'elle lui donne une chance d'être celui qu'il était avant de devenir le mari qui l'a emprisonnée et qu'elle déteste ? Le contact de ses lèvres semble le confirmer. L'espace entre hier et aujourd'hui s'amenuise. La dernière fois qu'il avait goûté la peau d'une femme, il était un adolescent incapable de concevoir l'amour. Des aventures, rien de plus, de jeunes gens qui veulent savoir ce que ça fait de coucher. Peu importe que Caecilia ne l'aime pas au fond : ce ne serait pas sa première valse sans musique.

 

Puis elle lui demande de l'aimer. Autant que lui. Est-ce que ça changera jamais ? Le fantôme d'Emfield serait toujours présent et quoi que Caecilia et Manius puissent tenter ensemble, c'est toujours rien qu'à lui qu'elle penserait. C'est sûr, elle ne lui fera pas l'amour. Elle fermera les yeux et ne pensera qu'à Scott, mitigée entre l'amour qui n'a pas eu le temps de faner et la haine qui à germé trop vite, trop brutalement ce soir. Il n'y a rien que Manius puisse faire pour l'aider à s'extirper de ce tourment qui la ronge et il doit l'admettre. Mais puisqu'elle lui demande, ce sera si simple pour lui.

 

Car, sans le savoir peut-être, Caecilia vient d'effleurer la plaie laissée béante depuis la naissance même de Manius. Né dans le devoir, élevé pour le devoir, attendu pour son devoir. Jamais l'amour n'avait eu sa place dans son existence. En fait, il ne savait pas ce que c'était que d'aimer avant qu'une jeune préfète ne soulève son cœur sans qu'il comprenne pourquoi. Comment donner ce que l'on n'a jamais reçu ? Voilà que se présente une unique chance de découvrir comment c'est que d'aimer quelqu'un. Tant pis si ce n'est pas réciproque, il peut se contenter d'aimer.

 

Pour la première fois, la pendule cesse d'osciller entre les deux hommes qu'il a été jusqu'à présent. Celui qui fait ce qu'il doit et celui qui déçoit au moins lui-même. Elle s'est arrêtée en équilibre sur l'homme que Manius a toujours voulu être. Il découvre Caecilia pour la couvrir de ses mains, qu'elle n'ait pas froid. De sa tendresse, qu'elle ne se sente pas seule. De son désir, qu'elle ne se sente pas dégoûtante. De son amour. Elle voudrait autre chose peut-être, ou plutôt la même chose mais de quelqu'un d'autre. Mais elle n'a que Manius pour l'heure et le lui a demandé. C'est suffisant.


Le point de rupture

Message publié le 26/01/2026 à 04:45

Tout arrête de tourner subitement. Le voile se lève et les idées s'éclaircissent, trop peut-être. Il s'est donné en spectacle, s'est ridiculisé. Même sobre, il n'arrive pas à se rappeler quand il a commencé. Et surtout, il a agressé Caecilia. Son premier réflexe est de vouloir s'excuser mais il sait qu'elle déteste ça. Alors il ne dit rien et laisse la main trouver la sienne. La dernière fois que les deux alliances ont été si proches remonte à la prononciation de leurs vœux. Enfin, ses vœux à lui. Caecilia n'avait pas prononcé les siens. Elle avait répété ce qu'elle savait qu'on attendait d'elle. Ses vœux elle les avait formulés silencieusement, pour d'autres desseins.

 

Habillé dans un lit. Ça ne lui plaît pas. Mais il s'est tellement déçu ce soir qu'il trouve la faiblesse de s'en moquer. Ses principes ne font pas de lui un homme meilleur. Une main dans ses cheveux, l'autre dans la sienne. Caecilia veille sur lui comme il s'est figuré le faire à une époque. Que dire, que faire ? D'accord il est son mari et elle accepte de jouer le rôle de son épouse mais ils sont aussi deux étrangers l'un pour l'autre.

 

— Il faut qu'on se parle, tous les deux. Qu'on se guide l'un et l'autre sinon on va se détruire mutuellement. On a sauté toutes les étapes, autant résumer les choses. Pour se tolérer et tolérer cette vie. Comment puis-je t'être supportable ?

 

Sa main libre caresse les draps. Ceux auxquels il s'est toujours refusé. Se dirige, hésitante, vers les bras de Caecilia. Ceux qu'elle lui a toujours refusés. Car ils étaient pour Emfield. Pour son Scott. À qui les tendrait-elle dorénavant ? Manius ne sait pas à quoi s'attendre cette nuit. Vont-ils discuter là sur l'oreiller, avoir un dialogue comme deux adultes fonctionnels ? S'endormir ensemble pour une fois, première étape d'un compromis doux-amer ? Ou chambouler l'ordre des choses une fois encore et faire l'amour ?

 

Aucune chance pour ça. Si Caecilia s'abandonnait dans ses bras cette nuit ce ne serait certainement pas pour lui faire l'amour. Ce serait pour faire la haine à Scott.


Le point de rupture

Message publié le 25/01/2026 à 21:32

La baguette s'envole comme au ralenti. Bien sûr. Caecilia est une pro. Jamais elle ne l'aurait abattu froidement. Heureusement pour elle, dommage pour lui. Et c'était bien ainsi. Ses yeux hagards s'accrochent difficilement à elle. De combien de manières différentes aura-t-il réussi à la décevoir sur cette seule soirée ? Aucune en vérité. Pour décevoir quelqu'un, il faut que la personne attende quelque chose de vous. Manius finirait par mourir. Lentement, étranglé petit à petit par la chaîne qu'il a passé à cette femme parce qu'il ne sait pas aimer. D'accord.

 

L'ivresse l'empêche de comprendre, plus encore que d'habitude. Il comprend qu'il est ivre, ça oui. Il suit Caecilia docilement, comme un condamné qui s'est épuisé à force de se débattre en vain. Où l'emmène-t-elle ? Ne lui avait-elle pas posé une question ?

 

— Non ça va pas. J'ai trop bu.

 

Ce n'est pas une excuse pour son comportement. C'est un constat. Plus jamais. Dans le peu de lucidité qui lui reste, Manius voit une constellation. Peut-être qu'il n'est pas si lucide que ça en fait. Ces minuscules étoiles qui brillent par terre, depuis quand sont-elles là ? Depuis qu'il a fracassé la bouteille. Du désordre. Chez lui. Pas ça. Enfin, il y en avait toujours eu du désordre chez lui, à l'intérieur de lui. Mais pas dans son environnement. Il y veillait.

 

— Evanesco.

 

C'est futile : sa baguette est dans les mains de Caecilia. Caecilia qu'il essaie de rejoindre. De tout le peu de force qu'il lui reste. Deux guerres en retard, toujours.

 

— Alors ton père c'est vraiment un sale type ? J'ai... envisagé des choses. Horribles. Mais c'est pas mes affaires. C'est pas parce que je t'ai forcée à porter cette alliance que je suis ton mari. Tu veux pas que je te venge ni même que je te protège. Tu le ferais mieux toute seule de toute façon.

 

Elle l'emmène de sa chambre. Sa chambre à elle s'était dit Manius en s'installant ici. Avant même qu'elle l'y rejoigne, il savait qu'elle ne voudrait pas du moindre signe de sa présence à cet endroit. Pas même son odeur latente qui aurait empoisonné l'air qu'elle y respire. Il n'y avait mis les pieds que pour le ménage. Parce que ce n'était pas à elle de le faire sous prétexte que Manius ne voulait pas employer de gens de maison et encore moins d'elfe.

 

Inutile de protester, elle fera ce qu'elle veut de lui de toute façon. Autant ne pas encore lui compliquer les choses. En s'allongeant encore vêtu dans ce lit qui ne lui a jamais été destiné, il réalise que de tous les sentiments qu'il éprouve pour Caecilia, il a négligé de lui dire le plus important. C'était facile d'être désolé. Trop facile. Et ça n'avait pas de sens. Mais ça, ça en avait.

 

— Merci d'être là.


Le point de rupture

Message publié le 25/01/2026 à 13:28

Même inviter une femme au restaurant, il n'est pas foutu de faire ça à peu près correctement. Ce n'est pas sa femme, ne l'a jamais été. Il aurait aimé pouvoir la courtiser, être charmant. Plaire. À elle, à quelqu'un, n'importe qui. À lui. Mais ça, Manius Fawley ne sait pas faire. La seule chose que Manius Fawley sait faire c'est enfoncer ses putains de mains faibles dans la merde et la remuer jusqu'à ce que les remugles putrides de la décomposition embaument partout. Et puis il allait foutre toutes ses petites trouvailles sans intérêt dans un musée. Ouais. Manius est un collectionneur. Un collectionneur de merde. D'erreurs.

 

Il ne sait pas quoi répondre. À quoi bon de toute façon, ça ne change jamais rien. Ou alors en pire. Il bredouille, il balbutie, il baisse les yeux. On rentre, d'accord. Tu m'as trompé, d'accord. Je ne suis personne, d'accord. D'accord. Manius était toujours d'accord. Il laisse l'argent sur la table et suis Caecilia qui s'en va déjà sans un mot, pas même pour le personnel de l'établissement. Qu'est-ce que ça fait une impolitesse dans une vie ? Quelqu'un va mourir ce soir.

 

Ce n'est qu'une fois dans l'intimité, qui n'a jamais existé en réalité, du domicile conjugal qu'il implose. Deux guerres en retard. Manius est toujours deux guerres en retard, c'est son métier. Ça commence presque doucement. Comme dans le sifflement d'une mèche avant que l'étincelle n'atteigne la poudre. Sauf que là c'est pas juste la bombe. C'est toute la sainte-barbe.

 

— Je sais que tu sais te défendre. Ça fait partie de ce que j'apprécie chez toi. Alors vas-y.

 

L'alcool et la tristesse. Moteurs d'un puissant désir d'auto-destruction. Mauvais mélange. Boum.

 

— QU'EST-CE QUE T'ATTENDS ? Défends-toi ! Pourquoi pas aujourd'hui ? MAINTENANT ? Montre leur à ces tocards qui t'on blessée ce que tu vaux. T'es plus forte qu'eux tous réunis. T'as besoin de personne. T'aurais dû t'envoler de ta cage TOUTE SEULE ! T'as l'impression d'être suffisante pour personne parce que tu ne te suffis pas à TOI-MÊME. Alors prends ta baguette, et fais-leur payer à tous. Commence par moi. BUTE-MOI !

 

Tout est trouble. Vue, pensée, univers. Manius saisit sa baguette. Il est loin d'être en mesure de lancer ne serait-ce qu'un lumos. Il s'en fout. Il a juste besoin de mettre la scène en place. Un premier éclair détruit la bouteille de rhum vide abandonnée avant de partir. Merde. Il arrive à lancer des sorts en fait. Il parvient à prendre les précautions nécessaires pour ne pas, à aucun moment, qu'elle pointe vers Caecilia.

 

— Ce sera de la légitime défense. Autant que tu tires la première, j'ai pas une chance de toute façon.

 

Il est parti, l'homme. N'est jamais arrivé en fait. La coquille vide vole en millier d'éclats ternes. Il n'a plus, n'a jamais eu la force. La première larme s'échappe. Ce serait bien la seule de sa propre fin.

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