Homme
23 ans
Sang pur
Britannique
Identité
-
- Diplômé·e
- Surnoms : --
- Nationalité : Britannique
Capacités & Statuts
Groupes
Message publié le 25/02/2026 à 06:15
Le spectacle de la maman épanouie plonge Quintus dans des considérations aussi bien philosophiques que politiques. Un enfant, ça change le monde autour de lui. Celui de Scott l'a éloigné des bras de Caecilia, celui désiré par Manius l'a ramené vers ces mêmes bras, celui que lui n'aurait jamais s'est évanoui dans d'inaccessibles brumes oniriques avec le fracas d'un cœur qui vole en éclats. Victor ou Victoria. Le sorcier porte le deuil d'un bébé qui ne verra jamais le jour.
On peut vivre par et pour sa descendance, Lola en est la preuve. Jeune femme malmenée par la vie au parcours semé d'embûches, Ayden est tout ce dont elle a besoin. S'il parvenait à se faire à l'idée d'élever un ou une petite Ptahchepsès, Bulstrode pourrait-il se contenter d'assurer de bonnes relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et l'Égypte ? Ce serait plus que suffisant pour garantir une vie confortable au ménage qui trouverait peut-être l'équilibre, voire la joie, dans la parenté. Faire partie des insouciants qui vivent pleinement sans se préoccuper du monde ni de la postérité.
Mais afin que ceux-ci puissent vivre leur oisiveté sans ambition, il faut que d'autres bâtissent et entretiennent un monde qui le leur permet. C'est dans la seconde catégorie que Quintus a sa place. Il n'est pas fait pour jouer au papa d'un enfant quand il a une nation dont il doit prendre soin. Son rôle à lui, c'est de créer un foyer pour d'autres parents.
Réponse affirmative à Lola avant d'approuver sa proposition. L'exemplaire des contes de Beedle le Barde est dans le coffre-fort du manoir depuis des années. Après l'avoir sorti et s'être installé dans le fauteuil de la chambre des Lovell, Quintus ne peut résister à l'appel des souvenirs qu'il contient, inscrits à l'encre invisible des émotions dans des pages un peu jaunies. Il ouvre le livre au hasard et tombe sur le conte des trois frères. Pour lui, et pour lui seulement, Antioch qui désirait la puissance était Caecilia. Cadmus était joué par Scott et Quintus ne savait que trop bien que le plus sage était d'incarner Ignotus. Évidemment, Prisca campait le rôle de la Mort. C'était il y a longtemps. Il était une fois.
Parce qu'il est distrait ou parce que la sorcière a l'art d'être plus preste que lui, il n'a pas le temps de se relever pour céder la place qu'elle est déjà installée sur ses genoux. Le Sang-Pur sourit pour lui-même amusé que cette femme qui le vouvoie se comporte aussi familièrement. Comme convenu, il prête sa voix déformée par des intonations comiques et ridicules pour égayer Ayden. Pourquoi s'encombrer d'apparences sérieuses avec quelqu'une qui lit un conte pour enfants assise sur ses jambes ?
Quand le petit est endormi et couché, Quintus se laisse encore surprendre par la main qui le saisit pour l'entraîner en dehors de la chambre. Il aimerait dire à Lola de le laisser s'occuper de la tisane qu'elle suggère mais ne sait que trop bien qu'elle la préparera mieux que lui. Au lieu de quoi il refuse poliment.
— Pas pour moi, merci. Je comptais m'octroyer un verre de whisky. J'ai encore reçu une migraine dans la boîte aux lettres. Tu pourrais en prendre un aussi.
Pas besoin de préciser de quoi il peut s'agir, la sorcière qui partage son quotidien est au fait du petit rituel auquel se voue Prisca depuis quelques jours. Le maître des lieux tient compagnie à sa résidente tout en consultant son courrier plutôt distraitement. En fait, c'est plutôt Lola qui lui tient compagnie, présence appréciable et plus intéressante que les parchemins de sollicitation qui l'accaparent chaque jour.
— Cette entrepreneuse qui veut écarter Fawley de ses affaires est de la famille de ma fiancée, reprend-t-il comme si la conversation entamée plus tôt n'avait jamais été écartée. Une aubaine quand on y pense, ça devrait combler celle-ci que je vienne en aide à ses pairs. En sabotant les chantiers de ce prétentieux qui plus est. Tu y crois à une chance pareille ?
Le liquide ambré coule en petite quantité dans le verre. En considérant son agenda à court terme, Quintus se dit qu'il doit bien y avoir quelque chose qu'il peut remettre à plus tard. À force d'éconduire Prisca, elle finirait par débarquer irascible et risquait bien de lui refaire le portrait à nouveau, expérience qu'il n'était pas pressé de réitérer. Un court rire le secoue alors que ses pensées divergent.
— Tu as la patience d'une sainte, tu sais ? À m'écouter déblatérer du moi moi moi à tout va alors que tu as tes propres tracas et que tu es fatiguée. Comment tu vas, toi ? Des pistes pour tes projets ?
Quintus ne se fait pas d'illusions sur son égocentrisme. Cependant, il lui arrive de sincèrement s'intéresser à autrui et qui le mérite davantage, surtout en cette période, que Lola Lovell ?
Message publié le 24/02/2026 à 19:20
Featuring Jacques Brel.
Lola n'attend pas vraiment la réponse de Quintus qui a tout juste le temps d'amorcer un hochement de tête avant de voir Ayden atterrir entre ses bras trop grands et maladroits pour y accueillir un nourrisson. L'homme regarde le garçon avec une expression interdite, mélange de crainte et de tendresse. Pas des plus à l'aise avec cette responsabilité qui pèse bien plus que sa masse réelle, il le manipule avec des précautions exagérées. Manipuler pour prendre soin, pas pour tirer profit. Est-ce qu'un enfant peut rendre quelqu'un meilleur ? La pureté de l'innocence immaculée est-elle contagieuse ? Sans force et sans armure, plus fragile que le chérubin, Quintus le berce lentement en lui laissant un doigt auquel s'agripper pour le distraire des verres qui l'attirent.
— Laisse-le donc. Il découvre.
Les yeux rivés sur Ayden comme s'il risquait de disparaître à la moindre inattention, le sorcier ne voit pas Lola s'affairer pour nourrir ses deux protégés. Se rend-t-elle seulement compte à quel point elle s'occupe autant de Quintus que lui ne tente de l'aider ? Le déséquilibre de leur relation est doux-amer : il la couvre de largesses principalement pécuniaires et elle l'ensevelit d'attentions délicates, douceurs imméritées qui apaisent son âme souillée. Parfois, il se sent indigne de cette sorcière trop serviable. Alors quand il lui restitue son fils, il lui adresse un regard habituellement réservé aux deux autres femmes capables de l'ébranler si intensément.
— Merci, Lola.
La lasagne n'est qu'une goutte dans la rivière de sa gratitude. Les premières observations fournies par la jeune femme rappellent à Quintus sa première expérience en tant que préfet sous la supervision d'un Poufsouffle effectivement insupportable.
— C'est vrai qu'être sous son autorité était pour le moins fatigant, approuve-t-il.
La première bouchée, délicieuse, comble son palais alors que la réflexion de Lola s'approfondit. Stopper les ambitions excavatrices de Fawley semblait d'une simplicité presque décevante pour l'ambassadeur qui envisageait un bras de fer avec l'empêcheur de tourner en rond qui avait capturé Caecilia. Une petite complication administrative, une autorisation malencontreusement égarée et l'historien renoncerait là où d'autres n'en feraient qu'à leur tête, forceraient les choses et se joueraient d'une bureaucratie aux engrenages en réalité trop fragiles et mal huilés pour défaire efficacement le statu quo et empêcher quoi que ce soit. Ou faire peser une épée de Damoclès imaginaire sur ses gens occupés à accomplir ses volontés. Parce que Falwey ne concevait pas que la main d'œuvre puisse n'être que cela, des anonymes sacrifiables et remplaçables à volonté investis seulement de l'utilité qu'on leur confère. Qu'il doit être épuisant et inefficace d'avoir tant de considération. C'est pour cela que, contrairement à Bulstrode, Fawley n'accomplirait jamais rien de significatif. Il n'est pas capable de prendre les mesures qui s'imposent, de concéder sa vertueuse intégrité.
Faire diversion apparaît comme une solution moins pertinente. Quintus n'est pas versé dans les vieilleries et n'a aucune idée de ce qui pourrait davantage intéresser le gêneur que ce qu'il cherche sur les rives du lac Nasser. Mais peu importe, ce ne sera pas nécessaire.
— Tes conseils sont précieux. J'ai bien fait de m'en remettre à toi.
Une fois le repas dûment savouré avec sa concentration accaparée par le plan à ourdir afin de saper Fawley, Quintus observe le bébé s'agiter dans les bras de sa maman, songeur. Des souvenirs d'enfance qui remontent à la surface font s'exprimer malgré le sorcier une nostalgie peut-être incongrue qui se présente comme une proposition potentiellement tout aussi malvenue formulée spontanément à Lola.
— Quand j'étais petit, je jouais souvent les contes de Beedle. Ce serait amusant de se donner la réplique pour le border. Seulement si tu le souhaites, bien sûr.
Jadis, c'est Caecilia qui jouait l'autre part pour endormir la poupée d'un binôme qui avait récemment fait semblant d'être la maman et le papa pour la dernière fois.
Deuxième étape : s'apprivoiser ?
Message publié le 24/02/2026 à 06:14
Nous ne nous verrons que lorsque cela sera strictement nécessaire. Est-ce que le retour de Neith Ptahchepsès était strictement nécessaire ? Peut-être bien. Il y avait des erreurs commises à réparer, des torts à se faire pardonner. Une alliance à forger. L'entrevue entre les fiancés risquait bien de ne pas être des plus cordiales mais peu importait. Une seconde chance s'offrait à eux. Quintus était le seul à savoir qu'elle n'était due qu'à l'insistance d'une femme un peu trop prompte à voler au secours des ses pairs de la gent féminine. Prisca et sa solidarité systématique, vraiment.
Vous ne verrez jamais plus mon visage dénué de masque. Puisque l'Égyptienne ne s'était pas montrée curieuse concernant Quintus et ce qu'il proposait, elle se contenterait de Bulstrode. Impassible, impeccable. Le masque lisse dénué d'imperfection d'un aristocrate britannique sans reproche. Un homme dont elle n'aurait pas le loisir de se plaindre à défaut d'être quelqu'un d'intéressant. La noble de la vallée du Nil demeurerait confortablement dans sa tour d'ivoire érigée pour elle par un futur mari complaisant.
Je pourvoirai à vos besoins dans la mesure de mes moyens. L'heure approchait et tout était prêt. Pas grand chose en réalité mais un geste de bonne fois sous la forme d'un repas plus frugal que le menu de la dernière fois qui n'avait même pas dévoilé son plat principal. Pas le pire gâchis de la soirée cela dit. Du moins Quintus s'était-il débarrassé du cuisinier aux initiatives malheureuses en renonçant toutefois à le faire barboter dans la Tamise. Grand prince, il l'avait recommandé à son irascible aîné qui avait congédié son propre cuisinier après lui avoir enfoncé la tête dans une huile d'arachide bouillonnante alors que l'allergie d'un invité avait été renseignée. Enfin, c'eut été le cas si leur sœur n'avait pas eu la facétie d'intercepter la notification pour le plaisir de s'esbaudir en voyant son beau-frère s'étouffer. C'est qu'on savait s'amuser pendant les repas de famille chez les Bulstrode. Quoi qu'il en fût, Lola avait eu l'amabilité de préparer un mahshi éprouvé préalablement pour s'assurer qu'il soit parfaitement réussi. Plus qu'à espérer que Ptahchepsès apprécierait l'attention. La potionniste avait également préparé un thé à l'orientale. Quintus se devait vraiment de démontrer sa gratitude adéquatement à la jeune maman dans les plus brefs délais.
Votre image sera en toute circonstance rien moins que parfaite. Ce facteur-là n'était pas du ressort de l'ambassadeur mais il ne s'inquiétait pas que sa fiancée le respectât. D'ailleurs, elle venait d'annoncer son arrivée et l'hôte des lieux se dirigea vers l'entrée pour l'accueillir protocolairement en s'adressant à elle dans sa langue natale. La sorcière était effectivement toute apprêtée et vêtue du meilleur goût. Parfait.
— Bienvenue chez vous, ma Dame. Vous embellissez Londres. Permettez que je vous débarrasse.
Armé de son éducation stricte, Bulstrode traita son invitée avec sa due déférence et toute la courtoisie nécessaire tandis qu'il l'incitait poliment à l'accompagner jusqu'à la salle à manger où il l'installa confortablement avant de prendre place et de sourire aux yeux sombres.
— Je vous sais gré d'avoir répondu favorablement à mon courrier et de m'honorer de votre présence. J'ai pris la liberté de faire préparer quelque chose que j'espère à votre goût. Si cela ne vous sied guère, je prendrai mes dispositions pour y remédier. Y a-t-il quoi que ce soit que je puis faire pour votre satisfaction ?
Le Sang-Pur était à l'aise dans cet élément qu'il maîtrisait. Restait à découvrir si Ptahchepsès se présentait plutôt ouverte à la restauration du dialogue ou davantage avec l'objectif de régler ses comptes.
Message publié le 23/02/2026 à 05:24
Souvent, Bulstrode en avait plus qu'assez de ses fonctions d'ambassadeur. Toujours pour la simple et néanmoins excellente raison qu'il ne les a pas choisies. Comme tout ce que sa famille lui a imposé dans sa vie, il hait profondément s'acquitter de ses devoirs par principe quelle que soit la situation. Ce qui est dommage car il apprécie réellement la culture et la gent égyptiennes mais son conflit familiale a déposé un arrière-goût d'amertume sur tout ce qui pourrait être positif, ou presque. Parce que cette fois, son rendez-vous du jour a su chasser tout le négatif et s'est avéré une aubaine à bien des égards.
Tiyi Ptahchepsès avait longuement insisté pour rencontrer l'ambassadeur britannique et fini par obtenir ce qu'elle voulait. Une femme pourvue d'un caractère fort, sachant exactement ce qu'elle veut et ne se contentant d'aucun compromis. Sans faire d'esclandre, avec la grâce d'un coucher de soleil, elle avait exposé ses griefs, même ceux concernant l'indisponibilité de Bulstrode pour l'accueillir, avec une diplomatie maîtrisée et en sachant se montrer en tout point délicieuse. Le goût sucré de ses lèvres et son parfum entêtant semblent même ne plus vouloir quitter celui qu'elle a pris comme amant pour sceller des accords qui arrangeaient déjà celui-ci à tous les niveaux. Car le sujet de ses doléances concernait une irritante équipe de fouille archéologique dirigée par un certain Fawley. Quintus avait dû revêtir son meilleur masque d'impassibilité pour ne pas qu'elle sache qu'il jubilait à l'idée de saper les recherches du compatriote historien. Résultat, il était reparti avec tous les bénéfices possibles sans avoir à faire de réelle concession. Cerise sur le gâteau, Tiyi lui a promis quelque chose qu'il n'entrevoyait auparavant aucun moyen sûr d'obtenir sans son aimable coopération.
En rentrant, il relève son courrier et découvre sans surprise encore une lettre de Prisca qu'il n'a pas besoin d'ouvrir pour en connaître le sujet. Comme d'habitude, il lui répondra inlassablement qu'il n'a pas le temps de la retrouver pour cette "discussion importante" avec laquelle elle le bassine. Pas pour le moment du moins. Heureusement, la jeune femme est assez oisive pour le harceler chaque jour mais pas suffisamment pour pouvoir se permettre de débarquer chez lui et faire le pied de grue afin de lui tomber dessus comme elle en est pourtant bien capable. Et puis, elle l'a évincé quand il a voulu s'enquérir d'elle après sa chute de balai alors elle peut bien avoir la monnaie de sa pièce et patienter pour le voir, maintenant.
Une fois à l'intérieur de son manoir, Quintus n'a pas le temps de finir de se débarrasser que déjà une autre sorcière l'alpague. Mais ses paroles à elle ne sont que doux miel, offrande reconnaissante qu'elle lui fait de bonne grâce et qui contribue au sourire satisfait par lequel il lui répond.
— Bonjour, Lola. Tu es une bénédiction, vraiment.
En passant près d'elle, il pose sur son nourrisson un regard attendri ainsi qu'un baiser du bout des lèvres. Ce garçon éveille en lui un instinct protecteur qu'il s'est découvert avec l'installation de Lola et de son fils dans son quotidien. Quintus se demande depuis ce que serait sa vie avec un enfant bien à lui, s'il serait aussi facile de l'apprécier avec le poids des responsabilités paternelles. Mais le seul qu'il aurait jamais serait celui de Neith Ptahchepsès et il n'est même pas certain de pouvoir aimer le fruit de cette union indésirée. Alors pour l'heure, il dévoue sa tendresse insoupçonnée au petit être dans les bras de Lola.
— Bonjour Ayden, lui murmure-t-il avant de regarder de nouveau sa maman. Est-ce qu'il y a quelque chose qui pourrait le soulager ? Tu n'as qu'à demander et je ferai le nécessaire.
Pressé de combler la faim trop longtemps ignorée, Quintus se dirige d'un pas leste vers la cuisine où l'attend à n'en point douter un succulent repas préparé par sa talentueuse invitée permanente qu'il incite à le suivre car il a à lui parler. Tout en se servant, il questionne sans détour la jeune maman sur le sujet qui l'intéresse.
— Toi qui a travaillé avec Fawley, tu peux m'éclairer sur son caractère ? Son expédition gêne une entrepreneuse en Égypte et j'aurais besoin de lui faire renoncer à certains projets de fouille. Une idée de comment je pourrais le convaincre ?
Quand il y réfléchit, sa collaboration avec Lola Lovell est providentielle à tout point de vue. Celle-ci ne cesse de se démontrer plus utile de jour en jour, même quand c'est parfaitement inattendu. Si seulement Huston pouvait s'inspirer un peu d'elle. Idée qui pourrait par ailleurs être creusée, éventuellement.
Mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux
Message publié le 22/02/2026 à 16:53
Ça s'annonçait beaucoup, vraiment beaucoup plus compliqué que prévu. Luke étalait ses défauts comme un gosse qui sort tous ses jouets sans réflexion, sans but, simplement au nom du chaos ; seule chose qu'un embryon d'esprit dénué d'intelligence peut concevoir. Incapable de comprendre, d'apprécier, de se modérer. Si ce type-là possédait réellement quelque qualité, ce serait un travail d'excavation archéologique que des les dévoiler au grand jour. Alors qu'il serrait la mâchoire, un creux visible se forma sur les tempes de Quintus dont l'œil se contracta légèrement. Comment ce manant parvenait à le faire sortir de ses gonds aussi rapidement ? Du calme et de la patience, se morigéna-t-il tant bien que mal.
— Ton vis-à-vis. Tu ne sais... C'est la personne en face de toi. Et ton enthousiasme peut être une bonne chose. Si on le canalise à bon escient.
Le Sang-Pur se massa brièvement les sourcils avec son pouce et son index. C'était à lui de faire un effort afin que Luke le comprenne plus aisément. Mais il ne savait pas comment abaisser son langage à son niveau. Le fait que Caecilia fût parvenue à se défaire de sa diction et de son vocabulaire soutenu pour imiter le phrasé grossier de Scott demeurait un des mystères qu'il ne s'expliquait pas. Et c'était d'ailleurs fort regrettable qu'une femme de sa qualité ternisse son charme en s'exprimant comme une guenon, avec davantage de cris et de mimiques disgracieuses que de mots bien choisis. Quintus claqua la langue pour chasser son humeur chafouine et ses pensées acerbes envers une sorcière merveilleuse qui ne méritait pas tant de jugement.
Quant à Huston, il s'acharnait à démontrer qu'avoir atteint le fond d'un gouffre n'empêchait nullement de continuer à s'enfoncer. Ses expressions grotesques, son juron et son nouveau monologue atterrant abasourdirent leur témoin qui commençait à ne pas se sentir en mesure de corriger tant de lacunes. Qu'est-ce que c'était que cette histoire de rendez-vous fantasmé chez un Starbucks que Quintus ne connaissait pas ? Et la conclusion tellement aberrante que le barrage fragilisé de l'hôte se volatilisa, déchaînant son dépit atrabilaire sur Luke.
— Un tailleur-couturier, imbécile ! Pour t'habiller, tu n'as pas écouté ?
Excédé, il arracha des mains de son interlocuteur le verre qu'il claqua sans délicatesse sur le meuble le plus proche en soufflant des naseaux. Organe olfactif d'ailleurs las d'être incommodé par les effluves nauséabonds du vagabond.
— Tu vas aller prendre une douche avant que je ne perde patience.
Comme si ce n'était pas déjà le cas. Pour régler le problème des vêtements sales de Luke, Quintus pouvait se résoudre à lui céder une tenue du mois précédent qu'il n'avait plus envie de porter. La différence de carrure entre les deux sorciers n'était pas excessive et au fond il se fichait que ce va-nu-pieds se retrouve affublé de fripes inconfortables pour lui tant qu'il était propre. S'il ne faisait pas quelque chose pour le rendre plus supportable immédiatement, il finirait immanquablement par l'étrangler.
— Suis-moi, Luke.
Avec l'espoir que ses facultés simiesques comprennent le message tacite derrière cette appellation moins complaisante, Quintus partit à grandes enjambées vers une des salles de bains pour les invités et fournit le nécessaire à ce maudit Huston avant de s'apprêter à claquer la porte derrière lui en ressortant.
— Quand tu auras fini, tu trouveras des vêtements propres sur le lit dans la chambre directement à droite en sortant d'ici. S'ils ne te vont vraiment pas, débrouille-toi avec ta baguette pour les arranger. Tu dois bien être capable de ça au moins, non ?
Une grimace exaspérée en guise conclusion et bam. Bulstrode s'adosse un instant de l'autre côté du panneau de la porte en poussant un long soupir. Il allait avoir besoin d'une grande quantité de whisky.
Mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux
Message publié le 19/02/2026 à 19:48
C'est presque avec déception que Quintus accueillit silencieusement Luke à l'heure. Un dernier coup d'œil à l'horloge que l'idée d'avancer d'un discret mouvement de baguette lui traversa l'esprit. Ce ne serait pas bien compliqué de faire croire à son invité qu'il avait manqué de ponctualité et de le houspiller généreusement. Mais pas nécessaire. L'attitude nonchalante de Huston et le flot ininterrompu de son monologue suffirent amplement à justifier l'irritation naissante de son hôte. Heureusement que le personnel avait été congédié pour ne pas le voir s'acoquiner avec pareil traîne-savates. Cependant, Quintus réservait sa malhonnêteté à autrui et, par souci d'intégrité envers sa seule personne, s'en tint presque à sa décision d'encourager Luke. Il attendit donc que ce dernier reprît son souffle pour l'interrompre.
— Bonjour, plaça-t-il stoïquement comme un rappel à la plus élémentaire politesse. Lucky Luke.
Puisqu'il fallait manifestement commencer par des bases censées être accessible même à la lie du bas peuple, le maître des lieux se leva et servit un verre de whisky au sorcier bavard et inconvenant pendant qu'il entamait sans préambule sa leçon concernant les habitudes à prendre pour au moins avoir l'air d'un gentleman.
— Lors de notre rencontre, ta poignée de main était un peu... commença-t-il en cherchant un adjectif adéquat. Trop enthousiaste. Elle doit être ferme mais pas agressive et tes yeux doivent sourire à ton vis-à-vis.
Tout en tendant à Luke le délice ambré, un Bowmore distillé un demi-siècle plus tôt, Quintus énonça le programme du jour. Dont une certaine partie ne serait par ailleurs pas du luxe au vu de la dégaine malpropre du sorcier qui portait encore la même chemise — le Sang-Pur espérait que ce ne fût qu'un hasard — et des chaussures, si l'on pouvait les qualifier comme telles, usées. Pour ne relever que le pire.
— Tu vas devoir apprendre à saluer chacun comme il se doit. Tes pairs avec une poignée seyante, tes supérieurs avec une révérence adéquate. La première impression compte et détermine comment va te jauger une personne que tu viens de rencontrer. Ensuite on verra comment te tenir en société. Il faudra que tu apprennes les bonnes postures, pas à te balader avec les mains dans les poches. Ça devrait déjà nous occuper un moment. J'ai aussi invité un tailleur qui prendra tes mesures afin de t'habiller. L'élégance est un levier puissant.
Quintus accorda quelques secondes à Luke pour assimiler les informations et éventuellement goûter son breuvage. Puis, planté bien droit face à lui, tendit la main droite.
Mieux vaut être craint qu'aimé si l'on ne peut être les deux
Message publié le 14/02/2026 à 20:51
Whisky à la main, Quintus regardait la pendule comme hypnotisé par le mouvement de balancier régulier. L'horloge n'allait plus tarder à sonner l'heure. Il ne s'impatientait pas comme c'eut été le cas dans d'autres circonstances. Luke Huston avait encore le temps d'arriver à l'heure exigée par son hôte. Dans le cas contraire... cela constituerait une excellente excuse pour le, comment dire ? Gronder.
Le sorcier passa un doigt sur l'arrête déformée de son nez, dernier souvenir de la correction de la veille infligée par Prisca qui avait tout de même trouvé plus tard la considération de l'emmener à Sainte Mangouste. Où en étaient-ils tous les deux ? Leur amitié allait-elle surmonter cet écueil placé là sept ans plus tôt par nul autre que lui-même ? Devrait-elle son salut à la rupture impromptue entre Scott et Caecilia ? Et concernant cette dernière justement... libérée de son amant de toujours et captive d'un mariage dont elle n'avait jamais voulu, se pouvait-il que ce fût enfin l'occasion inespérée pour Quintus de l'attirer à lui, d'obtenir après tant d'années à la désirer la faveur de la seule personne au monde à mériter une vie avec lui ?
L'arrivée inopinée de Luke dans son entourage semblait être plus qu'une coïncidence pour servir ce dessein. Il avait été impossible jusqu'ici de pousser le mari de Caecilia à la faute. Les manigances déjà mises en œuvres pour le surveiller et l'amener à rompre ses vœux s'étaient toutes soldées par des échecs. Même cette délicieuse désenchanteuse que Quintus avait grassement payée pour intégrer l'expédition égyptienne de Manius Fawley et tenter de le séduire s'était faite virée sans ménagement de l'équipe de l'historien. Il était temps de passer à une autre approche.
Bien sûr, assassiner purement et simplement ce gêneur avait été considéré dans le champ des possibles mais restait une extrémité que, sans l'écarter définitivement, le politicien trouvait un peu mesquine. Ou tout du moins prématurée. Cependant, Caecilia qui n'était pas la dernière à céder au vice et dont le cœur venait d'être brutalement brisé par la seule personne qu'elle aimât jamais risquait bien très prochainement de commettre un impair suffisamment scandaleux que pour ruiner l'image publique de son époux qui n'aurait alors d'autre choix de que se débarrasser d'elle ou d'être tellement humilié par l'opprobre que son nom serait à jamais entaché de déshonneur. C'était donc là la clef pour mettre un terme à l'union des Fawley. Une clef qu'il échoyait à Luke Huston d'aller quérir.
Mais il y avait bien du chemin à parcourir à ce malandrin pour correctement servir son nouveau maître. Bulstrode ne pouvait souffrir la compagnie régulière d'un chien galeux ramassé dans la rue. Il fallait d'abord lui faire une toilette soigneuse et lui inculquer une certaine base d'éducation. Et il existait deux méthodes pour dresser un animal domestique. S'il arrivait dans les dix minutes qu'il lui restait, Luke recevrait une flatterie et un encouragement à continuer de se comporter comme attendu. S'il mettait une seconde de plus, ce serait plutôt le fouet et la désapprobation qui l'attendraient derrière la porte du manoir Tudor où il était convié pour une leçon d'étiquette et la prise de ses mensurations afin d'être rhabillé convenablement.
Défaire les frontières du sang
Message publié le 14/02/2026 à 03:02
C'était comme si quelque chose avait changé chez Luke. Envolées sa volubilité et sa mine enjouée de rustre. Le sorcier se tenait soudainement bien mieux, ostensiblement plus attentif. Quintus nota la brusque différence dans l'attitude de son interlocuteur et observa avec curiosité l'effet qu'avait eu son petit élan d'agacement. Luke ne s'enfuit pas, ne se formalisa pas, ne se rebella pas. Au contraire. L'exercice d'un rien d'autorité avait transformé le jeune homme en larbin docile et même un peu plus dégourdi. Ce qu'il entrevoyait dessina un rictus amusé sur ses lèvres. Ce gars-là n'avait nullement besoin d'égard pour être loyal. Quintus pouvait le nourrir d'une main et le flageller de l'autre. Un véritable petit souffre-douleur, un minable dont personne ne se souciait et qui pourrait servir de défouloir pour les frustrations quotidiennes que le Sang-Pur réprimait.
— Servez-nous ce que vous avez de mieux dans la cave pour accompagner le menu. Je vous fais confiance, éluda-t-il pour chasser le serveur qui l'importunait plus qu'autre chose.
Tout en détaillant Luke, le politicien se demanda dans quelle mesure il était possible de rendre celui-ci plus convenable. L'habiller serait le plus facile. Lui inculquer un peu plus d'hygiène pourrait également ne pas être superflu. Le plus long et fastidieux serait de lui enseigner l'étiquette. Autant de choses qu'il serait nécessaire d'établir soit au cours de ce repas soit plus tard. Échanger leurs coordonnées afin de pouvoir garder contact était aussi à faire avant de lâcher Luke aux trousses de Prisca et Caecilia. Mais pour l'heure, Luke semblait avoir compris ce qui était attendu de lui.
— Bien. La plaisanterie n'est pas de mise. Ce que je te dis de faire est dangereux pour toi comme pour moi.
Cinq services. Plus qu'assez pour déterminer avec Luke tous les détails de leur collaboration comme l'appelait Quintus alors qu'il s'agissait surtout d'embrigader le sorcier comme homme de main en réalité. Un individu qu'il pourrait utiliser à sa guise pour se salit les mains à sa place, s'acquitter des basses besognes indignes de Bulstrode. Peut-être même qu'il se révèlerait fréquentable avec un peu d'éducation. Pourquoi attendre sur ce point d'ailleurs ? Quintus s'amusa dès cet instant à tester les réactions de Luke, à jauger son obéissance. Ses cordiaux conseils sur la manière de se tenir à table se muèrent en des remontrances sèches. Tout en faisant attention à ne pas aller trop loin malgré tout car il eut été dommage d'effaroucher son nouveau jouet.
Défaire les frontières du sang
Message publié le 12/02/2026 à 00:13
Un déséquilibré. La satisfaction de Quintus ne dura pas quand il réalisa qu'il n'avait pas seulement affaire à un simple d'esprit mais à un authentique détraqué de la théière. Et ses manières de gueux commençaient à vraiment l'irriter dangereusement, au point de flirter avec les limites de sa contenance. Son faciès devait trahir la stupéfaction de se trouver face à pareil néant intellectuel. Le premier coup de fouet verbal claqua sèchement entre ses dents serrées.
— Pour l'amour de Merlin, laisse tes mains au-dessus de la table.
Sa main essuya nerveusement sa bouche avant de pincer sa mâchoire comme pour se retenir de dire encore quelque chose. Pendant quelques secondes, Quintus dévisagea Luke dans un silence pesant malgré le bruit étouffé des autres convives. Il se pencha finalement un peu en avant.
— Et baisse la voix. On va reprendre depuis le départ et tu vas m'écouter attentivement. Tu n'interagis pas avec elles. Tu ne prends pas l'apparence de quelqu'un qui attire l'attention, tu prends un plébéien, un sorcier banal, quelqu'un qui n'est personne. Tu n'auras pas le droit à l'erreur parce qui tu échoues il n'y a que deux issues pour toi. La première, tu me déçois. Tu ne veux pas me décevoir, n'est-ce pas Lucky Luke ? Si ça arrive...
D'un geste théâtral entre leurs visages, Quintus pince ses doigts avec son pouce avant de les écarter comme s'il s'était agi de l'explosion d'une bombabouse.
— Pouf ! Adieu la vie de rêve. Deuxième possibilité. Chacune de ces femmes peut te tuer d'un geste, l'ami. Celle-là, précise-t-il en tamponnant furieusement le doigt sur la brune. Caecilia Fawley. C'est elle la police. L'élite de la police même. Elle peut t'abattre à trois cent mètres sans sa baguette. L'autre c'est Prisca Thompson. La meilleure athlète de notre siècle. Elle t'aura égorgé avant que tu la voies venir.
Forcément, la voilà la migraine. Quintus bat en retraite en s'adossant vivement à sa chaise tout en se massant la tempe.
— Et puis ce n'est pas ma bague, au cas où tu n'aurais pas compris. C'est celle de celui qui portera le chapeau si tu te fais pincer. Fawley. Monsieur Fawley. Le mari de Caecilia, la brune. Si elles te prennent, tu leur dis qu'il t'a chargé de surveiller qu'elle ne le trompe pas. Ça ira où je dois me répéter, encore une fois ?
L'irruption du serveur avec la soupe fut la diversion parfaite dont avait besoin Quintus pour retrouver un peu son calme et aborder Luke avec des manières de nouveau plus affectées et prévenantes. Si l'idiot s'en allait avec la chevalière de Manius, le comploteur aurait juste perdu un précieux avantage pour rien.
— Je te donnerai les adresses des deux. Mais encore une fois, ne te fais surtout pas repérer. Tu m'as dit que tu savais filer quelqu'un, pas vrai Lucky Luke ? Il faut que tu réussisses. Je t'apprécie et je m'en voudrais qu'il t'arrive quelque chose.
Une cuiller de soupe pour jauger de la qualité de la nourriture. Convenable. Pas étonnant qu'il n'eût jamais mis les pieds ici. Heureusement, ce devait être plus que suffisant pour Luke.
— Je devrais m'assurer que tu as bien compris toutes mes instructions. On fera des essais avant de te lâcher à leurs basques.
Oui, si Quintus laissait ce décérébré partir comme ça, il se ferait avoir en un instant. Mieux valait tâter le terrain.
Défaire les frontières du sang
Message publié le 11/02/2026 à 11:21
Chaque mot prononcé par Luke élargissait un sourire de moins en moins innocent sur le faciès complaisant de Quintus. Sauf quand il déformait un mot et que le Sang-Pur devait se retenir de le corriger pour ne pas être désobligeant. Ou ne comprenait même pas ce qu'il était censé vouloir dire. Mais ce gars qui se profilait comme une petite frappe avait de toute évidence juste besoin d'une petite impulsion dans la bonne direction pour que son incommensurable énergie soit canalisée à bon escient. Comme il le disait lui-même, en lui donnant les bonnes instructions il était possible qu'il s'avère efficace. Dans le cas contraire, ce ne serait jamais qu'un coup d'épée dans l'eau et une personne encombrante à jeter sur le bord de la route.
— Métaphorique, ne peut malgré tout s'empêcher de reprendre Quintus. On ne peut plus sérieux. Je vois tout le potentiel d'un homme de ta qualité, Lucky Luke. Ton associé a commis une grossière erreur. Permets-moi de la réparer, d'accord ?
Illusion du choix. En demandant à Luke d'acquiescer, son interlocuteur ne faisait que l'enjoindre à signer le pacte en lui faisant croire qu'il l'avait lui-même réclamé. La manipulation nécessitait d'emprunter des chemins bien tortueux. Des chemins que Bulstrode connaissait comme s'il les avait lui-même tracés.
— Tu accompliras de grandes choses. Mais commençons par les petites. Avant de casser les frontières, j'aurais besoin que tu me rendes un service, tu veux bien ? Vois ça comme l'occasion de prouver ta valeur. Fais de ton mieux et si tu réussis, à toi la vie dorée. Tu deviendras mon associé. L'homme dont j'ai toujours eu besoin à mes côtés. Tout ce que je serai en mesure de t'offrir te reviendra de droit.
Quintus extrait de sa veste un trésor parmi ses plus précieux. La photo la plus récente des quatre comparses. Prise il y a deux ans environs. Avant que cet idiot de Scott ne complique les choses avec son mariage. Ils ne s'étaient plus réunis depuis. Et Quintus avait lui-même définitivement enterrer cette possibilité en se confessant à Prisca. Il désigna cette dernière sur la photo en nuances de gris.
— Cette fille-là aux cheveux clairs. J'ai besoin de savoir ce dont elle parle avec celle-ci, indiqua-t-il en pointant Caecilia. Ce ne sera pas facile. La blonde est attrapeuse pour les Harpies, elle a un sens de l'observation inouï. La brune est tireuse d'élite, une vraie menace. Tu comprends que tu vas devoir être d'une prudence extrême, n'est-ce pas ?
Quintus ne s'inquiétait pas de voir Luke échouer. Dans le pire des cas, celui-ci se ferait démolir par les deux sorcières les plus dangereuses qu'il connût. La seule chose vraiment importante était qu'il ne lui fût pas relié. Heureusement, avoir à une époque léché les bottes d'un plus gros poisson que lui permettait aujourd'hui à Quintus d'avoir plusieurs coups d'avance. L'un d'entre eux, joué il y a sept ans, allait enfin payer. Il glissa une chevalière sur la table. Un vieux larcin qui allait dévoiler toute sa rentabilité si Luke échouait. À l'intérieur de l'anneau était gravée la devise d'une autre famille : Le devoir est stoïque.
— Tu ne dois en aucun cas interagir avec elles. Juste les écouter. Elles se voient rarement tout à fait en privé, profite de ces occasions, ne prends pas le risque d'aller là où ta présence serait suspecte. Utilise du polynectar, je t'en fournirai, pour qu'elles ne te croisent jamais deux fois sous la même apparence. Et jamais la tienne. À la moindre suspicion d'une des deux, tu déguerpis tranquillement, comme si tu n'étais pas concerné. Mais surtout, si elles te coincent et que tu es obligé de répondre à des questions embarrassantes, voici ton alibi. Tu leur dis que c'est quelqu'un qui t'envoie les suivre, ce ne sera pas un mensonge. Et tu leur donne cette bague comme preuve. Fais semblant de ne pas savoir, de ne pas vouloir parler. Elles te menaceront, ou pire. Résiste juste assez pour qu'elles croient que tu es un lâche quand tu finiras par leur balancer un nom : Fawley. Ça redirigera suffisamment leur colère pour qu'elles te laissent partir. Est-ce que c'est bien clair pour toi ?
Alors que le service débute, Quintus en profite pour se rincer la gorge au champagne après avoir trinqué avec Luke.
— Pose-moi toutes les questions nécessaires. On ne peut pas laisser de place au moindre doute. Fais ça et tu mériteras toute ma gratitude. Qui s'accompagne de largesses sonnantes et trébuchantes.
Ha ! la saveur des bulles sur son palais. Elles ont le goût préféré de Quintus. Celui du triomphe et du contrôle.
Défaire les frontières du sang
Message publié le 10/02/2026 à 14:45
Magnus Bishop ne suivit pas. Tant pis et tant mieux. Personne ne pouvait mieux vous rendre le service de pointer vos défauts et vos points faibles qu'un opposant et il était utile de connaître ceux-ci pour les combler. Il aurait pu se rendre serviable malgré lui. Cependant, la conversation qu'il aurait avec Luke serait plus franche et les deux hommes allaient pouvoir convenir ensemble des bénéfices que chacun retirerait d'une éventuelle collaboration. L'énergie débordante de celui-ci était prometteuse, quoique probablement fatigante à moyen terme. Et il posait des questions plus vite qu'il ne laissait le temps à Quintus de répondre.
— Depuis toujours, mais cette campa... bien sûr qu'il me faut une équipe pour... fiancé seulement. J'ai besoin des lunettes, bien sûr que je te verrais sans.
Leurs pas les menèrent à un établissement que Bulstrode n'avait jamais fréquenté, ce qui valait mieux vu l'énergumène qui lui tenait compagnie et qui ne manqua évidemment pas de se faire remarquer. Sans se départir de son attitude cordiale, le politicien justifia le comportement de Luke.
— Excusez l'enthousiasme de mon ami, c'est un déjeuner d'embauche pour lui. Il est un peu exalté, vous comprenez. Merci pour votre accueil, nous vous suivons.
En emboîtant le pas au serveur, Bulstrode posa une main sur l'épaule de Luke et se pencha un peu vers lui pour lui chuchoter quelque chose qu'il valait mieux que ce sorcier un peu trop impulsif apprenne rapidement.
— Laisse-moi parler quand il y a des gens, d'accord ? Observe et tu apprendras comment inspirer la confiance.
Un sourire avenant à la charmante pianiste qui faisait grâce de son doigté à ces lieux, un signe de tête courtois au personnel croisé, un geste de gratitude au serveur qui les installa, le sang-pur n'avait pas besoin de jouer le jeu de la bienséance. Tout n'était que réflexes acquis pour satisfaire à l'étiquette. Et pour ce repas, Bulstrode allait jouer le précepteur afin que Luke se tienne à peu près correctement, lui indiquant patiemment comment se tenir.
Quintus ne mangeait pas souvent en tête-à-tête. C'était soit seul, soit en trop grand comité pour vraiment connaître la personne assise à côté et encore moins pouvoir parler avec celle à l'autre bout de la table. Un moment comme celui-ci possédait une intimité précieuse, se présentait comme une occasion de s'intéresser à son vis-à-vis semblable à nulle autre. La dernière fois qu'il s'était retrouvé dans cette situation, cela avait été un fiasco qu'il regrettait. Qu'y avait-il à sauver avec Ptahchepsès ? Au moins quelque chose, il ne pouvait en être autrement. La nappe de satin bleu guède sous ses doigts lui donna des idées, au cas où une seconde chance lui serait accordée. Petite note mentale écartée le temps de se focaliser sur l'instant, sur Luke.
— Ne tergiversons pas, Lucky Luke.
Quintus écarta un peu les bras théâtralement pour embrasser l'élégance de l'endroit qui les accueillait.
— Ceci pourrait être ta vie dorénavant. Tu m'as demandé si j'avais besoin d'un "coup de main". Qu'est-ce que tu proposes ?
À partir de là, laisser parler ce sorcier survolté qui ne manquerait certainement pas de s'étendre sur le sujet. Afin de savoir ce qu'il souhaitait faire, ce serait plus facile de le contrôler en lui attribuant son rôle de prédilection. Déterminer s'il était bel et bien capable d'apporter suffisamment de valeur pour compenser la problématique qu'il pouvait constituer. Et avec le temps, le modeler à sa guise pour en faire exactement ce dont il avait besoin. Séparer le grain de l'ivraie et faire de Luke l'homme qu'il méritait d'être. Au service de l'homme qui méritait sa dévotion.
Message publié le 07/02/2026 à 03:23
Je t’aime Quintus, tu es un ami extraordinaire. Le charme retombe. Et pas seulement ça. Après l'avoir regardée jouer et jongler comme une saltimbanque experte avec son cœur défait, Quintus voit Caecilia terminer le spectacle en brandissant haut, à bout de bras, l'organe déjà en poussière. Et le laisser s'écraser et se répandre à nouveau en le fixant dans les yeux, en lui disant qu'elle l'aime. Impossible de répondre. L'homme anéanti n'esquisse qu'à peine le plus triste des sourires pour leurs adieux amer-amer. La douceur s'est perdue quelque part entre la piste de danse improvisée et ce lit soudain trop grand qu'ils vont partager sans s'effleurer.
Le mari éconduit se déshabille et enfile un peignoir de chambre sans pudeur. C'est comme si elle n'était pas là de toute façon. Plus avec lui. Caecilia n'avait jamais été avec Quintus. Ne le sera jamais. Je me donne à toi. Menteuse. C'est ce qu'elle avait toujours été. C'est donc cela leur amitié : se mentir l'un à l'autre comme on se fait des passes avec une balle à l'intérieur jusqu'à que l'un des deux casse un vase cordiforme. Mais dans cette version du jeu, pas de parents pour gronder les enfants et réparer les bêtises. Juste deux mômes qui ne peuvent que constater les dégâts et hausser les épaules en faisant "oups". Sauf que c'était le vase de Quintus et que lui faisait "ouille".
Après s'être glissé dans le lit et avoir jeté un regard morne sur son épouse du soir déjà à moitié assoupie, il rassemble tout ce qui lui reste de force pour ne pas la laisser tomber dans le silence alors qu'elle le remercie pour ce maudit jeu débile auquel ils viennent de se prêter.
— Tu méritais un beau mariage, Nem-nem. Bonne nuit.
Lui ne s'endort pas. Car s'il ferme les yeux maintenant, il les ouvrira au matin déçu de se réveiller. Il attend. Des minutes, des heures peut-être, il ne sait pas. S'en moque. Que va-t-il faire maintenant ? À quoi serviront ses desseins et à quoi rimera son nouveau monde s'il n'a pas la femme qu'il aime à ses côtés ? A-t-il seulement envie de continuer ce combat dont il ne goûtera pas la victoire, de planter un arbre dont il ne récoltera jamais le fruit ? Est-ce qu'il est temps pour Bulstrode d'arrêter d'être l'homme qui rêve et de se contenter d'être ce qu'on attend de lui ? Se contenter de Neith Ptahchepsès ? Tant de questions, aucune réponse.
Ce n'est que quand il est certain que Caecilia dort qu'il se relève sur la pointe des pieds et regagne le salon. Ce qu'il reste de la première bouteille n'est pas suffisant pour l’anesthésier. La deuxième l'écœure mais il se force. Il erre dans sa demeure, se traîne comme une bête à l'agonie jusqu'à son bureau. C'est là, avec son siège en guise de lit et une lettre sur laquelle il est écrit Chère fiancée pour oreiller que l'ivresse l'assomme. Il se réveillera tôt ou tard. Sans cœur, sera-t-il pire ou meilleur ? Différent, ça oui.
Défaire les frontières du sang
Message publié le 04/02/2026 à 15:26
La reportrice tira sa révérence sans cérémonie et Magnus n'était dès lors plus qu'un importun inutile à l'image publique de Bulstrode. Sans toutefois se départir de son ton affable, il amena la conclusion de cet échange qui devenait d'autant plus une perte de temps que, étonnamment, Luke avait raison. Après son élocution, la gorge du politicien était sèche et tirerait grand bénéfice d'un verre de whisky. Sans compter le vent qui se levait et mordait la moindre parcelle de peau découverte.
— Ne déformez pas mes propos. Je ne parle pas de complot, seulement de complaisance. Les frontières ont certes déjà été ouvertes, mais elles existent encore. Et mon projet est plus ambitieux que vous ne pouvez le croire mais je ne prêterai pas le flanc à l'opposition en dévoilant toutes mes cartes. Et si je suis si bien informé... c'est que j'ai moi-même fait les frais de cet élitisme, croyez-le ou non.
Pressé, Bulstrode amorça la marche pour s'éloigner de Magnus Bishop sans prendre la peine de tendre à nouveau la main à cet interlocuteur rustre et lui donner une seconde occasion de l'insulter. Ou même de lui accorder le moindre geste. Le futur Ministre se contenta de lancer par-dessus son épaule des salutations.
— Mon invitation demeure, Bishop. Si vous n'en voulez pas, bonne journée.
Il n'y avait rien à tirer d'une tête de mule incapable de concevoir la vision envisagée par un esprit aussi brillant et révolutionnaire que celui de Bulstrode. Ce genre de cafard pouvait rester en arrière et s'embourber dans la médiocrité tandis que le nouvel ordre mondial poursuivait son inéluctable avènement. Magnus Bishop, qui qu'il pût être, ne serait pas oublié le moment venu. Bulstrode au pouvoir, il ferait un exemple de ce genre d'individu insignifiant, sacrifice nécessaire pour ériger un empire qui ne souffrirait aucune contestation.
Luke Huston sur ses talons, Bulstrode s'enquit de sécuriser son emprise sur le jeune homme. Celui-ci devait être persuadé que toutes le bonnes choses du monde ne pouvaient lui être distribuées que par son généreux nouvel ami. Il ne fallait rien de moins qu'une dévotion totale pour se voir octroyer le privilège de manger dans la main de Bulstrode et Luke allait l'apprendre vite.
— Alors, Lucky Luke, qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Tu as déjà goûté à la gastronomie ? Tu voudrais ? Tu viens de trouver le billet d'entrée pour une vie qui comblera tous tes désirs. Tu n'as plus qu'à suivre mes conseils pour t'en emparer.
En devenant une figure publique de la Grande-Bretagne et avec ses positions sans compromis, Quintus ne pouvait être entouré que d'ennemis ou d'alliés. Plus de place pour l'indifférence à son égard. Et ça le faisait vibrer, insufflait en lui un torrent de vie exaltant. Quintus Bulstrode, maître du monde, Roi des éclairés et fléau de la vermine. Et la gloire à ses genoux.
Message publié le 04/02/2026 à 02:14
Tout est plus compliqué avec Caecilia. La retenue, la distance de soi malgré la proximité des corps, la résolution de lui dire non. La poussière cardiaque répandue dans le sillon de leur danse tournoyante se rassemble pour former un semblant d'organe fragile, défiguré, dysfonctionnel entre les doigts habiles de la sorcière la plus talentueuse que Quintus connaisse. Elle jongle avec sans s'en rendre compte. Foutu pour foutu, avoir survécu à sa mort sentimentale enhardit l'acteur qui donne la réplique à celle qui endosse le premier rôle cette pièce de théâtre : Les époux heureux.
Avant de lui répondre, il glisse une main le long de la nuque de la jeune femme jusqu'à ses épaules et la surprend en la soulevant à la pliure du genou pour la porter comme la princesse qu'elle est et se diriger vers la chambre qui, pour cette fois seulement, sera la leur. Le temps d'une nuit de noces. Il plonge ses yeux dans ceux de l'épouse factice pour répondre à sa question, sans se soucier d'avoir l'air d'y avoir déjà réfléchi. Le vertige en sombrant dans ce regard étincelant lui fait oublier la prudence.
— Victor ou Victoria. Un prénom royal, qui signerait par sa signification une victoire sur ce monde injuste qui sépare les amoureux et écartèle l'innocence. Et toi ? Comment appellerais-tu nos enfants ?
Arrivé dans la chambre nuptiale, Quintus dépose délicatement Caecilia sur le lit avant d'en faire le tour et de retirer juste ses chaussures pour l'y rejoindre. Il s'installe sur le flanc, appuyé sur un coude pour la regarder. Sa main balaie les cheveux devant son visage, s'attarde en caresse sur la tempe. Descend le long de son bras pour saisir la main sur laquelle il dépose un baiser, à l'endroit de l'alliance illusoire. Il joue avec ses doigts, les entrelace. Couve la sorcière de tout l'amour qu'il ne peut prononcer avec ses yeux. Là dans la douce chaleur des draps et le secret de l'intimité, il n'arrive plus à refouler le fol espoir de lui procurer un frisson qui attisera sa curiosité, fera savoir à Caecilia qu'elle peut, cette fois au moins, cette fois seulement, placer toute sa confiance en lui et soupirer dans son étreinte. Pourvu que le jeu ne s'arrête pas brusquement. Pas maintenant. Ils sont adultes désormais, ils savent que papa et maman ne se contentent pas de chastes baisers. Elle le sait. Soit elle se moque de lui soit elle le veux. Mais elle l'a dit. Je me donne à toi.
C'est une Caecilia adulte qui lui a donné sa parole. Cette fois, elle ne peut ignorer la signification de ses mots et le poids d'une promesse. Dans la réalité de Quintus, elle ne peut être menteuse et cruelle au point d'infliger cela à son ami qu'elle vient de prendre pour époux, de réclamer dans son lit. Il n'y a pas là de place pour l’ambiguïté, seulement pour eux deux. Et encore, ce serait plus confortable de ne faire qu'un.
— Caecilia...
Je t'aime. J'ai envie de toi. Les mots ne sortent pas. Il faut qu'elle le veuille, qu'elle décide par elle-même. Personne ne s'approprie Caecilia. Elle fait et défait le monde comme elle l'entend.
Message publié le 03/02/2026 à 20:18
Comme si. Les mots de Prisca résonnent telle une étrange prophétie alors que Caecilia et Quintus font comme si. Il aimerait tellement y croire, là sur cette scène montée à la hâte pour se livrer aux jeux d'enfants d'antan. Il a envie de l'enlever, de lui dire qu'elle est la seule personne qui compte à ses yeux, s'abandonner à ses vices pour ne serait-ce qu'une poussière d'espoir d'avoir Caecilia rien que pour lui, toute à lui, un seul instant. Lui dire. La formule romantique lui brûle les lèvres, lui tord la peau, anesthésie sa gorge, noie ses poumons. Seul son cœur est épargné. Pour la seule raison qu'ils ont déjà commencé à le piétiner, détruit, au rythme de la valse. Ce moment intense, celui où elle est plus sienne que jamais, la plus belle étreinte qui puisse advenir entre eux, Quintus n'en goûte rien. Il n'est que souffrance.
Quand la magie s'estompe et qu'elle lève son regard humide sur lui, il la ramène tout près pour la serrer tout contre sa poitrine. Parce qu'il en a envie, parce qu'il ne peut supporter cette vision, parce qu'ainsi elle ne verra pas le reflet brillant caché derrière celui du verre. Pour qu'elle croie encore au plus grand mensonge de Quintus Bulstrode, délivré avec les mots, les yeux, le corps. Par quel miracle a-t-il réussi à ne montrer que le meilleur aspect de lui pendant cette mascarade ? Contrairement à ce qu'il croyait, rien n'est mort ce soir. Il ne sait pas si on se remet de la fin du monde mais en tout cas on y survit. Cet égoïsme, l'avidité qui réclame l'amour de Caecilia est toujours là, bien portante. Domptée pour l'heure. Mais pas muselée pour autant.
— Reste ici cette nuit. Laisse-moi t'enlever comme j'aurais dû le faire avant ton mariage, pour ce soir au moins. Te garder du mari qui t'attend avec des menottes. Je te laisserai ma chambre.
Non, il ne peut se résoudre à la laisser partir. Pas pour aller pleurer dans le lit froid d'un étranger qui l'a achetée à bas prix comme poulinière. Elle restera là dans ses bras, dans ses draps où elle sera bien, pourra dormir paisiblement sans se soucier de ses problèmes pour un temps. Et lui ne la laissera pas partir parce qu'il ne veut plus ou n'a plus besoin d'elle mais seulement parce que cette insensible machinerie qu'est la vie, l'orgueil des hommes et les vieilles traditions éculées ne se soucient pas de déchirer deux moitié de cœurs qui étaient faites pour se retrouver, se lier dans l'union du mariage, d'un mariage d'amour. Comment Quintus pourrait renoncer à elle ? Caecilia, l'enfant qui s'était promise à lui. La femme qui vient de l'épouser dans le secret. Comme si ça ne comptait pas. Son âme sœur.