Harry Potter RPG

[Terminé]
Le point de rupture Dans la chambre de Caecilia, mercredi 23 janvier 2126

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 23/01/2026 à 17:07

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu :

Vocabulaire injurieux

Scott Emfield ne sourit pas ce soir, il a l’air nerveux, peut-être plus troublé que d’habitude ; un comportement étrange pour la tête aux boucles claires lovée dans les bras de son amante. Caecilia n’aime pas sa mine froncée, lui a déjà dit, mais il ne peut s’en empêcher. Un affreux pli barre ce front soucieux que la jeune sorcière caresse du bout de doigts. Elle embrasse ses traits pour tenter de lisser ce visage d’ange, le visage de son ange. Cela fait plus d’un mois qu’elle ne l’a plus vu. Trop occupé, avait-il dit, elle n’en croit rien : ses yeux mentent mal. Caecilia les connait bien, elle déjà trop de fois couvert d’amour ce regard d’habitude si doux, aujourd’hui préoccupé. Il ne veut pas cracher le morceau et ça la fait chier.

 

Ça fait quelques mois, peut-être quelques années que leur relation bat de l’aile, qu’ils s’engueulent puis font l’amour et tout est pardonné. Aujourd’hui, pas de cris, pas de conflit. Il était si tendre qu’elle redoute le pire. Caecilia lâche un soupir exaspéré et repousse le corps de son amant muet. Va crever Scott, crache-t-elle sans délicatesse avant de sortir de ses draps, de ses bras. Elle enfile un t-shirt trop ample et ouvre brusquement la fenêtre de sa chambre. La demeure des Fawley reste silencieuse, Manius est à nouveau en déplacement. La sorcière allume une cigarette du bout de ses doigts. Elle expire la fumée dans l’air glacé de l’hiver. Scott geint à l’autre bout de la pièce : ferme ça, tu vas choper la crève. La jeune femme se retourne, le toise, claque la langue contre son palais. Ma santé t’intéresse à nouveau ?, susurre-t-elle, regard noir. Elle ferme quand même, se rapproche, bras croisés.

 

L’homme se redresse, lui attrape une main pour l’attirer contre lui. Elle lui abandonne, détaille son regard, cherche la réponse à son attitude étrange. Il lui serre les phalanges, un peu trop fort, puis elle se rend compte qu’il tremble. Alors, s’impatiente-t-elle, le contacte la trouble, ça ne change pas, elle ne peut pas s’en empêcher, même s’il ne le mérite pas. Elle joue avec l’alliance de Monsieur Emfield, flambant neuve, presque deux ans maintenant. Ça devient trop compliqué, murmure-t-il, je peux pas continuer à mentir à Vanessa. Haussement d’épaules, elle lâche sa main, évite de lui cracher sa fumée au visage, quitte-la alors. Il l’agace, n’a plus que ce prénom à la bouche, Vanessa par-ci, Vanessa par-là. Cette garce l’écœure, niaise, cocue avant même sa nuit de noces. Elle n’imagine pas, ne peut pas imaginer ses doigts poisseux contre le corps de son amant. Ce mariage, elle le sait, c’est le début de la fin, mais elle n’arrive pas à l’envisager, s’accroche à ce visage de chérubin qui ne semble pas avoir changé malgré les années.

 

Madame Emfield, ça la dégoûte. Jamais de son plein gré, Caecilia n’aurait consenti à entrer dans ce genre de prison dorée, pas même pour lui. Scott a changé ou peut-être la jeune femme se rend-elle enfin compte de ce qu’il a toujours été : lâche. Comme cette nuit, avant ses propres noces, où il a refusé de tout quitter pour fuir avec elle. Elle ne peut pas échapper à la pensée qu’il s’agit un peu de sa faute s’ils en sont là aujourd’hui, s’ils touchent du bout des doigts, le point de rupture. Et son attitude lui donne la nausée. Il se prend la tête entre les mains, elle détourne le regard, ne veut pas voir son état de consternation, lui laisse le loisir de penser que c’est lui qui a de trop gros problèmes à gérer. Il a choisi comme un grand de passer la bague au doigt de son empotée de collègue parce que quoi ? Ça ne lui suffisait peut-être pas d’avoir son cœur, son corps, il voulait posséder son propre objet de collection, pareil à tous ces sangs purs obsédés. Ça la répugne, il ne dit rien. Un ange passe.

 

Toi, tu as Manius... Son visage soudain, qui fait volte-face, emprisonne la mine dépitée de l’homme lâche, des yeux de haine pure. Elle pourrait lui lacérer le visage à main nue, c’est donc ça qu’il pense ? Qu’ils sont sur un pied d’égalité ? Que c’est de sa propre volonté qu’elle le rejoint en cachette pour retrouver le goût de sa peau ? Pardon ? J’ai qui moi ? Vas-y, répète ? Voix tranchante, elle écrase sa cigarette. Elle pourrait le gifler, ou l’embrasser, mais se retient. Depuis quand est-ce devenu si compliqué ? Caecilia pense Vanessa, ne comprend toujours pas ce choix. Lui, ne répète pas, il détourne le regard. Petit ego blessé, ça la rend folle.

 

C’est quoi les sacrifices que tu as faits pour moi dans ta petite vie exactement ? Elle essaie de ne pas hurler. Il ne dit rien, évidemment. Elle pensait aimer un homme libre et se retrouve avec un petit employé bien rangé désireux de se contenter d’une vie médiocre et sans saveur. Elle ne le comprend plus. Ses yeux fuient, se posent partout dans la pièce, sauf sur la silhouette de son amie. On est plus des ados Caecilia, annonce-t-il enfin. Elle hausse un sourcil, c’est quoi le plan ? La tournure de la conversation ne lui plait pas : est-il en train de la traiter de gamine ? Lui dire qu’il a tourné la page ? Curieusement, elle se sent soudain vide. Elle n’a jamais pensé que Scott pourrait la laisser tomber véritablement, que ses beaux yeux ne suffiraient pas éternellement à le retenir prisonnier. Fais chier.

 

Vanessa est enceinte, avoue-t-il enfin. Son cœur s’arrête brusquement. Putain quoi ? Cette conversation n’a définitivement aucun sens. Tu veux un gosse toi ? Caecilia éclate d’un rire sans joie. Alors c’est ça hein, t’as trouvé un truc que je pouvais pas te donner chez ta pétasse. Elle sent qu’il s’énerve, essaie de ne pas le montrer. Pitoyable. Il va la laisser tomber pour un mioche, un truc même pas encore né qui pourrait tout aussi bien le détester. Félicitations, tu vas officiellement devenir le pire paternel de l’histoire… après le mien. Elle grimace. Un bambin. L’idée saugrenue ne parvient même plus à la faire sourire. Elle imagine les cernes sous son beau visage, son air absent, ses rendez-vous épars. Non. Impossible.

 

Non, Caecilia, qu’avait-il à prononcer son prénom en boucle comme ça ? Parce que ce, c’est fini… Elle le fixe sans comprendre. Je ne veux plus te voir, j’arrête. N’a pas envie de comprendre. C’est donc comme ça que ça devait se passer ? Un petit énoncé performatif et c’est fini. Elle ne dit rien. Est-ce qu’elle le savait, au fond d’elle ? Chaque seconde grappillée à l’enfermement, le goût du risque, cette sensation si douce de se glisser dans les bras de l’être aimé devaient donc s’envoler pour la laisser là, seule, vide. La gorge nouée, elle lutte pour cacher son trouble. Cherche à refaire le film de la soirée, revoir son attitude à son arrivée, ses mains qui l’avaient directement enlacée parce qu’il savait, lui, que ce serait la dernière fois. Dernière étreinte, derniers baisers. Il avait eu le temps de mesurer ses gestes, de s’en gaver jusqu’à la dernière miette, profiter de son ignorance encore quelques heures avant de lâcher sa bombe.

 

Naïvement, elle avait cru qu’ils surmonteraient ça. La beuglante, l’humiliation, le mariage forcé. Que leur amour était au-dessus de ces conneries bourgeoises, qu’ils valaient plus, qu’ils valaient mieux. Elle avait été sotte. Casse-toi, prononce-t-elle d’une voix blanche. Scott se rhabille sans un mot, elle le fixe sans le voir. Non, cet homme n’a plus rien à voir avec le garçon pour qui elle aurait tout sacrifié, ce n’était désormais rien de moins qu’un inconnu, un étranger. Elle enfile un déshabillé trop léger pour la saison, le suit quand il descend l’escalier. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules tremblantes, mais c’est de froid. C’est ça ouais. Il se retourne vers elle une dernière fois Cae… Casse-toi j’ai dit, elle l’interrompt, ne le laisse pas s’approcher, lui tendre ses yeux de chiens battus. Elle les lui ferait bouffer. Puis, un bruit de pas, la porte d’entrée qui s’ouvre. Caecilia croit devenir folle, cette soirée est définitivement bien trop remplie d’hommes mariés.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 24/01/2026 à 02:15

Ce message fait l'objet d'un avertissement de contenu :

Adultère, auto-destruction

Qu'est-ce qui l'attendait à l'intérieur ? Qu'est-ce que lui attendait à l'intérieur ? La pire des choses que Manius pouvait concevoir dans son esprit : la solitude, à deux. Est-ce qu'elle lui reprocherait son retour, son échec à rejoindre le corps enseignant de Poudlard ? Est-ce qu'il parviendrait à la regarder dans les yeux et lui parler ? Quand bien même, de quoi ? Caecilia n'en avait rien à cirer de son travail, rien à cirer qu'il ait eu l'honneur de serrer la main de Neith Ptahchepsès et sans doute encore plus rien à cirer qu'il rentre avec un bouquet de ses fleurs préférées. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux de les jeter sous une topiaire. Se demanda s'il n'avait pas envie de le faire.

 

Ce n'était de toute façon pas ce dont il souhaitait lui parler. Devait même. Ces dernières années, le mariage, l'héritier surtout. Non, ce n'était pas ça le plus important. Ses sentiments. Comment pourrait-il jamais ? Manius Fawley gava ses poumons de l'air sombre et froid et poussa la porte, parcourut le hall sans se dévêtir. Prêt à repartir si sa présence insupportait son épouse. Un étranger dans sa propre demeure. Indésirable.

 

Ce qui le dérangea le plus dans la scène qui se découpait avec une netteté aveuglante, ce fut lui-même. Ses yeux lurent la pièce comme il en avait l'habitude sur un site de fouille. Méthodiquement. Scientifiquement. Repérant les pièces d'un puzzle et les assemblant une par une pour former le motif. Scott Emfield. Tant mieux. La tenue plus qu'inappropriée de Caecilia. Ou trop appropriée, c'était selon. L'odeur du tabac. Les bouteilles trop entamées dans le bar. Manius espéra que c'était à cause des invités de sa femme plutôt qu'une consommation personnelle inquiétante. Le plus difficile, c'était le soulagement qu'il éprouva. De pouvoir enfin lever le doute, d'avoir une réponse à cette question qui tournait sans cesse en arrière-plan de chacun des moments de sa vie. Non. De son existence. Manius ne vivait plus, il existait simplement. Il sourit sans effort malgré sa peine. Ce n'était pas vraiment la sienne de toute façon. C'était celle qu'il partageait avec une femme innocente loin d'ici qui attendait un mari occupé à lui infliger cette blessure insupportable. Est-ce qu'elle aussi se posait des questions ? Ces questions qui vous érodent aussi sûrement que la mer creuse les falaises mais qu'on ne pose pas, jamais. Parce que, quelle que soit la réponse, poser la question c'était déjà la sentence.

 

— Bonsoir Monsieur Emfield. Merci pour votre visite. Caecilia.

 

Impossible pour lui d'être plus courtois pour congédier le jeune homme. Jamais il n'avait trouvé à lui reprocher. Il ne lui en voulait même pas de le faire cocu. Peut-on seulement l'être d'une femme qu'on a jamais touchée ? Mais il n'avait aucune sorte de respect pour un lâche qui trompait son épouse. Ce type n'avait aucune excuse. Il avait délibérément choisi de jurer fidélité et s'était manifestement empressé de rompre ses vœux. Tocard. Le silence à peine dissipé par le bruit des pas d'Emfield pesait davantage que le plomb. Manius attendit d'entendre la porte se refermer avant de regarder et de s'adresser à son épouse.

 

— Je changerai les draps.

 

Ce n'était pas un reproche. Juste une façon de la dissuader d'essayer de l'insulter encore davantage en lui prétendant que ce n'était pas ce qu'il croyait. Manius ne croyait rien, il savait. Le savait depuis longtemps en vérité. Puisait dans le réconfort de se dire que son malheur à lui faisait son bonheur à elle. Ou du moins un peu de répit dans ce qu'il lui avait imposé. Plus las qu'amer, il se débarrassa négligemment de son manteau et abandonna à même le sol sa valise. C'en était assez. Ils avaient atteint le point de rupture. Le sien en tout cas.

 

— Il faut qu'on parle. Je vais finir par te détruire si on continue comme ça.

 

Soigneusement, il évita de laisser paraître que c'était déjà le cas pour lui. Il baissa les fleurs comme on baisse sa baguette sans parvenir à réaliser un sort, vaincu. Incapable.

 

— Je présume que c'est déplacé. Je les jetterai si tu n'en veux pas.

 

Manius se dirigea vers le bar d'une démarche tranquille, sereine même. Quelle que fût l'issue de cette soirée, tout ne pourrait qu'aller mieux ensuite. On ne peut pas tomber plus bas qu'au fond des enfers.

 

— Whisky ?

 

Lui se servit un rhum. Pas dans un verre. Puis un deuxième. Grimaça. Boire n'était pas une habitude pour Manius.

 

— Tu sais, je me hais de te faire ça mais j'ai quelque chose à te demander. Et il va falloir que tu choisisses.

 

Il chercha à accrocher le regard de Caecilia. Il ne pouvait lui dire ce qu'il avait à dire avec un regard fuyant, en n'étant pas sûr de lui.

 

— Nous savons tous les deux que la question de l'héritier devra être éclaircie tôt ou tard. Et je me disais...

 

Mauvaise idée. La pire qui eût jamais traversé l'esprit de Manius. Mais la seule qui lui sembla un tant soit peu juste pour elle. Ranger sa fierté, piétiner sa dignité. Qu'en restait-il de toute façon ?

 

— Si tu veux un enfant... seulement si tu le désires pour toi. J'aimerais te demander de mentir. Le sien ou celui d'un autre, peu m'importe sur qui tu jettes ton dévolu. Je te demande seulement qu'il porte mon nom. Si en revanche tu n'en veux pas...

 

C'était la soirée des mauvaises idées. Celle-ci ne finirait pas simplement de le broyer lui, elle jetterait l'opprobre sur son nom et toute sa famille. Jamais il ne pourrait reconstruire sa vie ni sa lignée après cela. C'en serait fait du nom Fawley. Le moindre de ses soucis s'il devait être honnête. Tant pis. C'était un geste fou. Mais un geste d'amour.

 

— Divorçons. Je porterai le blâme, je te fabriquerai un excellent prétexte. Mais j'aurai une condition quand même. Je t'implore, je te supplie de ne pas, jamais, retourner auprès de ton père. J'ai honte de te le dire mais je pense que c'est un homme abject. La façon dont il a voulu se débarrasser de toi... et je sais que je ne vaux guère mieux, que j'ai utilisé sa démarche comme une opportunité. J'aimerais que tu m'entendes, même si c'est la seule fois où ma voix peut t'atteindre.

 

Impossible. Cela faisait trop longtemps qu'il jouait à l'homme. Sa voix se brisa en même temps que son cœur pansé et recousu à chaque regard, chaque silence qui le poignardaient sans pitié.

 

— Crois-moi, je ne voulais que te protéger. Jamais, tu le sais, je n'ai tenté d'en profiter. Je craignais juste ce qui pourrait t'arriver si... c'était quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui ne t'aimait pas. J'aurais voulu te dire ça autrement, sans doute dans un autre monde. Je t'aime sincèrement. Et j'en ai assez de te faire du mal. De te voir dépérir. Je veux que tu retrouves ta vie, que tu cherches ton bonheur.

 

Le saut de l'ange. Et pour seule inéluctable conclusion, s'écraser en bas, tout bas. Heurter le sol si violemment que ce ne serait pas le corps mais l'âme qui mourrait. Aussi, il tendait la dague de son sacrifice à cette femme qui le haïssait probablement lui plus que tout au monde. Puisse-t-elle avoir la miséricorde de l'achever avant l'impact.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 24/01/2026 à 11:20

Caecilia Rowle avait pris grand soin, il y avait presque sept ans de cela, de croiser ses doigts d’enfant lors de la cérémonie précipitée de son mariage. Ainsi, lorsqu’elle était devenue Fawley, il lui avait semblé que ce n’était pas tout à fait vrai. Après tout, elle avait juré se donner à Manius de manière consentante : c’était déjà un premier mensonge. Après quelques mois boudeurs, elle s’était à nouveau perdue dans les bras de Scott. Tout traitre qu’il lui paraissait être à présent, ses émois d'adolescente avaient fini par céder de nouveau à la tentation. Puis son cœur d’adulte avait pris le relai, inconscient sans doute du péché que pouvait représenter la tromperie d’un homme qu’elle connaissait à peine avec l’amant aimé. Mais cette relation passionnelle avait fini par dégénérer et était à présent sur le point de se terminer.

 

Elle repense à tout ça en toisant Scott sur le pas de la porte, ses épaules plus voutées que d’habitude, le visage fermé. Quelque part, elle espère que jouer la provocation suffise, qu’il la plaque contre n’importe quel mur de l’entrée, la supplie d’oublier ses paroles acerbes pour à nouveau sentir son corps sous ses doigts ; une dernière fois ou la première d’une nouvelle longue série de rendez-vous cachés. Mais la flamme semble éteinte dans le regard de l'homme, elle ne le touche plus, quelque chose d’autre anime son âme. Ça la tue, elle pourrait le tuer. Ses phalanges blanchissent à force de serrer sa baguette, le contact l’ancre, elle en a besoin pour ne pas commettre ce soir un crime passionnel indigne de son rang, son rang, elle aimerait sourire à cette idée, impossible.

 

Puis son mari entre. Le visage fatigué de Manius, des traits qu’elle n’a plus vus depuis longtemps. Un homme absent, de corps et d’esprit. Sa présence la secoue. Elle oublie Scott, se recroqueville, comme s’il allait dire quelque chose. Évidemment, il ne dit rien, entre avec son bouquet parce qu’il sait qu’elle aime les fleurs de Strelitzia. Elle détaille les pétales colorés qui forment comme des silhouettes d’oiseaux, libres. Le mari congédie l’amant, proprement, Manius ne fait pas de vague, jamais, il est droit alors, que fait-il avec elle ? Pourquoi a-t-il voulu obtenir sa main de femme tordue ? Manius, elle attend. La sentence, la colère peut être, comme s’il pouvait, lui aussi, lui faire passer la nuit dehors, l’attacher pour qu’elle redevienne fidèle, petit animal sans désir, sans rêve, sans rien.

 

Il sait, elle le comprend rapidement, resserre les pans de sa tenue légère contre sa peau encore brûlante. Le calme, comme avant une explosion, mais il n’explose pas. Elle aimerait pourtant qu’il hurle, qu’il la secoue, lui parle une langue qu’elle puisse comprendre. Le savait-il déjà ? S’en doutait-il ? Et lui ? Combien de femmes, combien d’étreintes loin de la chaleur de son lit vide ? Il veut changer les draps, elle pourrait sourire, peut-être veut-il aussi nettoyer de fond en comble cette maison qu’il connait à peine, récurer les moindres recoins où la volupté de sa femme s’est glissée sous les caresses d’un autre ? Elle ne répond pas, qu’il se donne l’illusion de la maîtrise ne la dérange pas. C’est ce qu’ils aiment, ces hommes-là qui pensent être en capacité de décider de faire plier son cœur amoureux pour un autre, comme s’ils pouvaient réellement tout contrôler. Scott part sans un mot, sans un adieu et, quelque part dans sa poitrine, une douceur lancinante lui traverse le cœur. Sept ans, peut-être plus, elle n’était pas du genre à compter, à fêter les anniversaires, mais elle sent, quand il se retourne pour ne plus jamais revenir, combien l’absence lui sera douloureuse. Amertume. Comment affronter à présent, le regard d’un mari déçu, alors qu’elle se sent à peine capable d’articuler un mot ?

 

Toujours cet affreux silence. Elle joue avec sa baguette. Qu’Eleftheria lui donne la force et la souplesse nécessaire à l’affrontement. Nerveuse, effacée, ça ne lui ressemble pas, mais à ses côtés, elle ne se ressemble pas, n’est plus, le tempérament de feu, la joie mordante qui font le bonheur de ses amis. Non, petite fille prise sur le fait, adolescente désarçonnée, Scott se ficherait bien de sa gueule s’il la voyait comme ça, le regard fuyant. Parce qu’elle ne sait pas quoi lui dire. Oui, change les draps Manius, amuse-toi, explique-moi comme je t’ai humilié et comme tu restes droit, petit époux parfait, loin de jouer d’un mariage forcé, des faux semblants, façade limpide sur fondations crasseuses. Peut-être qu’elle le dégoûte à présent, elle aimerait bien, qu’il ressente le goût amer de la trahison comme elle quand il a demandé sa main sans une phrase d’explication, alors qu’il savait vers qui, vers quoi portaient ses désirs.

 

Il veut parler, Caecilia veut une clope. Elle ne se dérobe pas, ne prétexte pas le besoin de se changer, de se rhabiller, qu’il contemple bien ce qu’il ne possède pas. Elle récupère les fleurs – jeter de pareilles beautés : il y a des crimes à ne pas commettre ! – et s’allume une deuxième cigarette du bout des doigts. Elle ne peut pas dire merci, ça lui arracherait la langue, alors elle se contente d’enfouir une poignée de secondes son visage dans les pétales délicats. Douce caresse, elle refoule les larmes qui lui montent aux yeux.

 

Caecilia dépose le bouquet pour récupérer le verre que lui tend Manius. Coup d’œil vers le niveau de liquide des bouteilles d’alcool. Est-ce qu’il se doute de quelque chose ? Elle savoure à petites gorgées le remontant, espérant effacer du même coup la douleur vive de la rupture avec Scott. Elle soutient son regard, le laisse aller jusqu’au bout de sa pensée et puis manque de s’étouffer. Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir faire des gosses, putain ? Elle dépose son verre, passe une main dans ses cheveux, détourne les yeux. Vingt-deux ans, elle expire sa fumée, le regard dans le vide. Caecilia ne veut pas d’enfants, plutôt mourir que de donner un petit-fils ou pire, une petite-fille à son paternel, d’engendrer un futur orphelin quand elle se sera fait descendre lors d’une intervention, de faire grandir un môme entre deux parents qui ne sont même pas fichus de créer un semblant de vie commune.

 

Mais Manius ne se contente pas de lui faire cette requête, il est prêt à accepter un bâtard. Caecilia voudrait éclater de rire, le secouer, lui filer des claques, qu’il mesure ses propos et se ressaisisse. Elle cherche comment réagir. La mention de son père. Il pense que c’est un homme abject ? Hilarant, un rire nerveux qui la secoue un peu trop, il lui faut une nouvelle gorgée d’alcool. Elle tourne vers lui des yeux vides, s’il savait, mais il ne peut pas savoir qu’il y a quelques heures à peine, elle aurait accueilli sa proposition avec joie, n’aurait pas hésité une seconde à divorcer du Fawley pour retrouver Scott. Mais cela faisait en réalité des mois que ce scénario n’était plus envisageable, depuis Vanessa. Ce soir elle rirait jaune. Scott avait été trop lâche pour s’enfuir une première fois avec elle, il était inutile d’en espérer davantage aujourd’hui.

 

Caecilia s’imagine un instant déménager, louer un petit appartement à Londres, enfin seule, découvrir sa vie de jeune femme célibataire et indépendante les jours de repos que lui offrait son travail. Elle pense à Prisca. Peut-être qu’elles pourraient trouver une petite collocation, loin des hommes, loin de… Scott. Le sorcier bientôt papa, qui promènerait le gosse de Vanessa sous son nez parce qu’il n’avait pas pu, pas su l’attendre. À quoi cela se jouait-il finalement ? Elle finit son verre d’un trait. Son sorcier de mari poursuit sa tirade et, pour la première fois, elle semble l’observer réellement. Peut-être parce qu’il évoque quelque chose que la jeune femme ne peut que trop comprendre : une passion amoureuse. Manius, l’aime ? Le constat la perturbe un peu, il n’a pas l’air de mentir, sa voix tremble alors elle reste attentive à ses explications mélodramatiques. Il se prend pour un chevalier blanc, est persuadé d’avoir agi pour le mieux, dans son intérêt, mais il est dur de connaitre l’intérêt d’une femme sans l’avoir interrogée à ce sujet, de s’arroger le droit de décider ce que l’on pense être le mieux pour une amie que l’on connait à peine. De penser qu’une union avec sa petite personne serait en mesure de faire disparaitre toutes les préoccupations de la brune, comme si elle allait à présent ramper devant ses genoux de grand prince pour lui avoir arraché Emfield.

 

La jeune femme laisse couler quelques secondes, crache sa fumée, triture sa baguette avec nervosité. C’est fini, annonce-t-elle soudainement, Scott Emfield ne posera plus un orteil ici. Elle aussi a la voix qui flanche, secoue la tête. Je cherche pas à te faire souffrir Manius, elle cherche son regard, Scott et moi, on s’est juste jamais vraiment séparés. Elle ne sait pas si c’est mieux comme ça. Mais tu tombes à pic avec tes déclarations, rire trop brut, ta femme est de nouveau un cœur à prendre. Elle se laisse tomber sur le fauteuil, ses yeux la brûlent des larmes qu’elle essaie de contenir. Mon père est une sombre merde, crache-t-elle, plutôt crever que de retourner chez lui. Elle pense à sa mère, se sent soudainement coupable. Tout se bouscule dans sa tête.

 

Elle écrase sa cigarette dans un cendrier, s’approche de son mari, le détaille du regard. Cet homme-là fera un bon père, bien plus que cet incapable de Scott qui se défilera probablement après chaque promesse faite au gamin. Elle veut bien de son amour, qu’il la désire, soigne sa douleur avec ses déclarations, la lave du péché de l’adultère par ses caresses d’homme marié. Une relation-pansement avec son époux, pourquoi pas ? C’est comme si elle faisait cocu le Scott et l’idée lui plait. Elle sait qu’il la repoussera sûrement, parce qu’il est trop droit, voit le chagrin dans ses yeux, l’alcool dans son sang, ou peut-être qu’il cédera à la tentation parce qu’après tout, ce n’est qu’un homme, aussi faible que les autres, un homme qui a besoin de sentir qu’il possède un brin de contrôle sa vie.

 

Je vais te donner un gosse, Manius, doux murmure, si proche de lui à présent, un petit Fawley bien légitime. Elle pense au visage de Scott quand il la verra avec un môme dans les bras, à la douleur qui le transpercera de part en part, et l’idée lui fait un bien fou. Oui, elle a le goût délicat de la vengeance. Enfin, si tu veux bien de moi, ajoute-t-elle faussement honteuse, ses yeux fichés dans les siens, le corps au bord du gouffre, pas certaine de pouvoir encaisser deux rejets dans la même soirée.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 25/01/2026 à 00:57

Des regards qui en disent long. Des silences qui montrent tout. Même Manius n'avait jamais eu droit à ce regard noir, assassin. Pour que Caecilia le déteste, encore eut-il fallu qu'elle admette son existence. La confirmation ne tarde pas à émaner de la talentueuse sorcière. Il ne répond pas. Pour une fois qu'elle lui parle, il l'écoute, cherche dans ce qu'elle dit et ne dit pas ce qu'elle veut entendre. Pas pour le le dire ensuite avec complaisance. Simplement pour la comprendre. Scott. Son père. Les deux hommes qui ont terni de leur médiocrité un diamant brut. Et puis, le changement d'attitude. Manius doit se retenir pour ne pas vomir. La complaisance. L'odeur nauséabonde du tabac, de l'alcool, d'Emfield qui empestent sur elle. Il y a des répulsions que tout l'amour du monde ne peut pas réprimer. Non. Et pourtant, l'historien sourit sincèrement. Ce soir n'est pas celui lors duquel ils consommeraient leur union. Ce soir est celui de leur rencontre.

 

— Merci.

 

Que dire de plus ? Elle lui ouvre une porte qui lui semblait irrémédiablement close jusqu'à maintenant. Pour une fois, ils se parlent.

 

— Le moment me paraît... délicat. Tu as l'air de ne pas savoir si tu es plus furieuse que triste. Vous venez de rompre, Emfield et toi ?

 

Avec le meilleur compromis possible entre douceur et fermeté, Manius repousse Caecilia et remplit un nouveau verre de whisky qu'il lui tend.

 

— Je suis désolé pour toi. J'aimerais te demander comment tu vas. Mais je suppose que ce n'est pas à moi que tu souhaites en parler. J'aimerais bien pourtant. Je doute que tu puisses m'accepter un jour. Malgré tout, j'aimerais que tu saches que tu peux me confier tes problèmes.

 

Une nouvelle rasade de rhum pour lui. Bon sang, peut-être qu'il devrait essayer autre chose. C'est infâme. Il désigne du menton les cigarettes.

 

— Je peux ? demande Manius avant de reprendre la conversation. Je devrais peut-être commencer par t'offrir la politesse. J'ai fait une erreur il y a sept ans. J'ai cru que tu étais condamnée à finir dans une geôle. J'ai cru que ce serait moins difficile pour toi si ton geôlier oubliait de fermer ta cellule à clefs. Ne voyait pas tes fugues dans les bras de l'homme que tu aimes pour dérober quelques miettes de bonheur et survivre. C'était idiot de ma part. J'ai toujours... disons au moins supposé que tu n'avais pas renoncé à lui. Presque espéré même. Parce que je l'ai si souvent vu te faire sourire. Alors je suis désolé pour toi.

 

Elle n'essaie pas de le faire souffrir. Heureusement car il s'y prend déjà très bien tout seul sur ce tableau-là. Elle vaut mieux que lui.

 

— J'ai passé sept ans à te faire souffrir. Je regrette de n'avoir pas trouvé le moyen de t'épargner ça. Je sais que je te fais plus de requêtes ce soir qu'en sept ans mais j'aimerais te demander pardon.

 

Manius ne peut retenir un sourire amer. Il a commis une erreur qui avait coûté sept ans de sa vie à Caecilia. Elle veux en faire une qu'un innocent paierait toute son existence qui n'a pas encore commencé. Il ne serait pas assez stupide pour réitérer.

 

— J'ai envie de toi. Mais pas comme un dû ou une possession. Je veux te mériter, être à la hauteur. J'ai besoin que toi tu veuilles bien de moi pour ça. En toute consensualité et en pleine possession de tes moyens. Je ne veux pas d'un héritier. J'aimerais un enfant, juste un enfant. J'aimerais que ce soit le nôtre et que tu puisses l'aimer. Mais nous ne sommes pas prêts pour ça. Cette fois, ce serait bien de faire les choses dans l'ordre.

 

Manius revient vers Caecilia, hypocrite et conscient de l'être. Sept ans trop tard. Juste après s'être refusé à elle. Elle va le tuer, c'est sûr. Tant pis. Mieux vaut mourir sans regret que vivre avec cela comme seul sentiment. Il lui tend la main, paume vers le haut. Pas pour une poignée mais comme un amoureux qui déclare sa flamme.

 

— Caecilia, accepterais-tu que je t'invite à dîner ? Vietnamien, à tout hasard ? On pourrait, je ne sais pas, faire connaissance. Ou manger sans rien avoir à se dire. Au moins, on aurait le prétexte d'avoir la bouche pleine.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 25/01/2026 à 09:01

Caecilia s’est trompée, cet homme ne veut pas seulement l’illusion de la maitrise, mais le contrôle tout entier de la situation. Il ne s’abandonne pas dans ses bras parce que… Sans doute parce qu’il est vraiment amoureux, qu’il cherche à construire un quelque chose qui n’existera jamais et ça l’agace, elle lui filerait des claques. Mouais… j’te dégoûte, elle ne peut pas s’empêcher d’écarquiller les yeux quand il la repousse parce que ça la blesse plus qu’elle n’oserait même se l’avouer. Putain, elle attrape le verre, recule comme un animal blessé, la douleur dans le regard qu’elle lui lance, l’envie qu’il arrête de la traiter comme s’il savait mieux, comme s’il méritait mieux lui aussi que le corps d’une Caecilia ivre de chagrin.

 

Ouais, on a rompu y a trois minutes, non en fait, il m’a jetée parce que, comme toi, j’pense j’le dégoûte d’être avec un autre. Encore confiante il y a quelques secondes, la jeune femme se sent sale, immonde, poisseuse. L’alcool lui fait un peu tourner la tête ou peut-être la violence de la rupture, sept ans, elle ne sait pas. Elle ne lui parle pas du gosse de Vanessa parce qu’elle sait très bien quel effet ça aurait. Lui aussi boit, ça lui fait étrange, d’habitude elle est la seule à vider les alcools forts de cette maison. Elle ne peut que comprendre qu’il ait besoin d’un petit remontant, mais… rien à faire, ça lui fait bizarre de voir cet homme si parfait, si bien habillé, bon élève de toujours, enchaîner quelques verres comme ça. Alors, quand il cherche à lui taxer une clope, elle secoue la tête : certainement pas. Et elle s’en rallume une par la même occasion. Prisca l’incendierait surement, mais Prisca n’est pas là. Peut-être que c’est ça, sa preuve d’amour de la soirée, ne pas le faire chuter dans ses propres addictions.

 

Manius repart dans de longs discours désolé, désolé, désolé, chien battu, grands yeux, implorants : ça l’agace. Elle se lève, écoute d’une demi-oreille, cherche un vase pour y plonger ses fleurs : aguamenti. Caecilia caresse les pétales du bout des doigts : quand est-ce qu’Emfield lui a offert un bouquet pour la dernière fois ? La lumière tamisée de la pièce file à travers l’eau des fleurs pour projeter de légers éclats dorés contre le mur. Elle trouve ça beau, voudrait les attraper. Petite fleur sans eau pour exister. Elle n’arrive pas à trouver le bouton pause à ce nœud dans l’estomac qui l’oppresse, compresse. Ses épaules tremblent un peu, elle le voit en portant la cigarette à ses lèvres. Les reflets de lumière chatoyants sur le mur la plongent dans un demi-état hypnotique qui fait rouler des perles salées sur ses joues de jeune femme perdue. Elle les essuie du bout de son pouce.

 

Le mari semble avoir fini de parler. L’attitude de cet homme la tue. Ce parfait étranger qui connait ses fleurs préférées, sait qu’elle tuerait pour manger des nems, mais n’est pourtant pas capable de comprendre ce dont elle aurait réellement besoin maintenant. Elle se fiche de sa théorie, qu’il passe à la pratique, la serre dans ses bras, lui dise quelque chose merde, n’importe quoi. Caecilia se retourne vers lui, un peu de fumée supplémentaire dans les poumons. Non, tu veux un héritier Manius, t’étais même prêt à élever un bâtard il y a trente secondes, elle le lui crache, il la fait chier à lui parler d’amour, d’ordre, maintenant t’es plus prêt ? Regard interrogateur, sourcils froncés : j’te donne ça, tu veux ça en fait. Elle essaie de contrôler les tremblements de sa voix, ne pas exposer, ne pas j’suis suffisante pour personne en fait, elle crie, ils la font chier chier chier. Tous bienpensants, qui savent mieux, qui pensent mieux qu’elle. Qu’on la prenne pour une grosse débile, peut-être, n’empêche qu’elle avait pas intégré les tireurs d’élite en claquant des doigts ou sur courrier recommandé d’un paternel. Ils faisaient quoi, Emfield et Fawley dans leur petite vie misérable pour mériter son respect et prendre des décisions qui la concernaient directement en fait ? Et ce type qui venait lui parler de faire les choses dans l’ordre, comme si l’idée du môme ça venait d’elle, comme si c’est elle qui avait choisi de se marier à quinze ans avec une connaissance. Quelle énorme bande d’hypocrites.

 

Ça l’emmerde qu’il veuille jouer le pseudoromantisme, l’inviter à dîner : on vit ensemble putain. Il a pas besoin de la courtiser. Elle ne lui donnera pas son cœur, il faudrait déjà qu’elle en récupère les miettes à droite et à gauche pour reconstituer un organe suffisant à offrir sur un plateau d’argent. Elle sait même pas combien d’années prendra cette recherche, mais lui ne veut pas d’elle comme ça, il veut que ce soit compliqué. Elle triture sa baguette, pas encore prête à commettre une folie ce soir.

 

Heureusement pour lui, elle a la dalle. Caecilia prend la main de son mari du bout des doigts. Il mériterait qu’elle aille se coucher et ne lui reparle plus jusqu’à nouvel ordre. Ils étaient sur le point de divorcer il y a quelques minutes, il n’en croit pas sa chance et se sent pousser des ailes parce qu’elle a dédaigné son offre ? La sorcière se demande si elle ne ferait pas mieux de revenir sur ses pas. J’vais me changer, annonce-t-elle en tournant les talons. Elle a un plan, c’est pas ce mari de pacotille qui va l’empêcher de le mener à terme, pas après lui avoir lui-même glissé cette idée au creux de l’oreille et, si jamais il refuse encore de la toucher, hé bien, elle trouvera bien quelqu’un pour le lui offrir ce bâtard.

 

Caecilia remonte dans sa chambre, ouvre en grand la fenêtre pour tenter de faire disparaitre le parfum d’Emfield. Elle se glisse ensuite sous l’eau brûlante d’une douche et éclate en sanglots, espérant que le bruit de l’eau suffise à couvrir sa respiration saccadée de femme humiliée. Elle frotte sa peau trop fort comme pour chasser définitivement chaque baiser, chaque caresse, pour oublier la douceur de ses mains, de ses bras, de ses lèvres sur son corps brisé. Elle voudrait se noyer dans l’eau chaude, que l’humidité la dissolve, l’évapore, crever sans demander son reste. Mais la douche prend fin et Caecilia est toujours vivante. Elle choisit une robe, du genre qu’elle ne met jamais, qui traîne dans son placard entre les piles de pantalons sombres et les chemises. Elle l’enfile pour se sentir un peu différente, un peu autre, peut-être comme Manius aimerait la voir, elle ne sait pas. La jeune femme se maquille pour cacher sa douleur, puis, finalement, elle est prête, alors il faut redescendre, réaffronter le regard du mari, ses discours complaisants, ses excuses qui arrivent bien trop tard.

 

Puis elle est trop habillée pour manger des nems du bout des doigts, mais peu importe : il fait un effort dans son sens, elle en fait un dans le sien. Sans trop savoir pourquoi, juste peut-être pour récupérer un peu d’estime, quelques battements de cils, acceptera-t-il de conclure si elle joue le jeu du dîner ? Quoi qu’il arrive, elle aura toujours le loisir de le quitter demain.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 25/01/2026 à 11:19

— Tu ne me dégoûtes pas. Honnêtement ? Tu pues le tabac. On aménagera un fumoir pour toi. Mais il en faudra plus pour que tu me dégoûtes.

 

Manius se mord la langue. Si mentir n'est pas son point fort et ne lui avait jamais rien valu, il est encore plus mauvais pour dire la vérité. Quoi qu'il fasse ou pas, dise ou pas, il blesserait toujours Caecilia parce que c'est le simple fait d'exister qui rouvrait les cicatrices de la jeune femme divorcée à l'instant de l'homme de sa vie semble-t-il. Il sait qu'il devrait se taire. Ce serait au moins plus prévenant pour sa femme. Mais il en marre de se taire. Il finira par n'avoir plus de voix à force de hurler seul dans les tréfonds d'un abîme qu'il a lui-même creusé. Il aime beaucoup trop creuser ce blaireau. Au point d'avoir fait de son terrier son propre tombeau. Un tombeau qui, contrairement à ceux qu'il aimait découvrir, n'aurait jamais rien à raconter. L'existence minable et inutile d'un homme minable et inutile. 

 

— Je me moque de ce qu'Emfield pense de toi. C'est pas un homme. Quand il reviendra... je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est le bienvenu mais la porte peut rester ouverte. 

 

Pas de tabac pour Manius. Encore quelque chose qu'elle refuse de partager avec lui. La seule porte qu'elle lui ouvrira jamais, à lui, c'est pour la refermer sur sa main. Ainsi soit-il. Elle a mal, ça se voit. Plus que jamais car sa douleur cette fois vient de quelqu'un qui compte pour elle. Manius a envie de lui prendre la main. De la serrer contre lui. De l'embrasser sur le front. Elle ne le laissera jamais faire. Elle prendrait sa compassion pour de la pitié. Alors il se retient. Gloup. C'est pas si dégueulasse après quelques gorgées. La bouteille suivante sera peut-être même meilleure. Elle garde les fleurs. Il sourit dans son dos. Si elle voit sa satisfaction, elle les brûle sans une seconde pensée, c'est certain. Il va répondre quand elle parle de l'héritier. Héritier de quoi, de toute façon ? Puis elle crie. Il voudrait lui dire quelque chose de rassurant. Elle le prendrait mal. Il ferme sa gueule. Et voilà, ça recommence.

 

Ils vont dîner ensemble ce soir. Elle a accepté. Manius a pourtant le goût cendreux de la défaite. Tant pis. Le restaurant sera au moins l'occasion de lui donner officiellement les clefs qu'il a toujours laissé traîner consciencieusement à sa portée. Au moins elle aurait peut-être la sensation d'être maîtresse de son destin. Si seulement ils pouvaient se dire ce qu'ils veulent. Mais non. Manius l'a muselée sept ans plus tôt. Tocard.

 

Pendant qu'elle se prépare, il fait comme promis. Il change les draps d'un lit dans lequel il ne s'est jamais couché, ne se couchera jamais. Lui il dort dans la chambre d'amis et même ça c'est un mensonge. Manius Fawley n'a pas d'ami. Encore moins chez lui. Et encore encore moins lui-même. Il ne change pas les draps parce que le fantôme d'Emfield est dedans et l'importune. Il les brûlerait sinon. Il brûlerait Dinefrw au feudeymon. Il veut juste que Caecilia dorme dans des draps propres. Surtout si son amoureux vient de la larguer. Puis il profite qu'elle ne le voie pas pour consulter son carnet de notes. Il le connait par cœur mais il a besoin de se rassurer lui-même. La liste des tous les restaurants vietnamiens des environs raisonnablement accessibles. Il les a tous testés, parfois trois par trois. À s'en faire vomir. Le meilleur, c'est celui-là. D'après-lui. Aucun moyen de savoir si ce sera le préféré de Caecilia. Sans doute pas.

 

C'était plus facile de l'emmener dîner à son insu quand ils étaient à Poudlard. Qu'il la couvrait discrètement lors de ses visites interdites dans les cuisines pour qu'elle profite un peu avec son amie Prisca. Cette amie à la vigilance de laquelle il n'avait jamais réussi à échapper. Mais tacitement, elle approuvait. Prisca savait que Manius dérogeait à ses règles si précieuses et sa morale irréprochable pour elles. Et elle le tolérait.

 

La passé s'efface quand Caecilia revient. Ce n'est pas plus mal. Il n'y a que des fantômes dans le passé et Manius s'y complaît trop. Ce qu'elle peut être belle. Ce qu'elle va détester l'entendre lui dire. Il le dit quand même. Le feu dans sa gorge et les fourmis dans ses doigts délient sa langue. Depuis quand la bouteille est si légère dans sa main ?

 

— Tu as une préférence ? Je pensais aller chez Lai Rai. Mais si tu as une autre idée, je prends.

 

Est-ce qu'elle essaie de lui plaire ? Manius réalise qu'il n'en a aucune foutue idée. Qu'il ne saura jamais faire la part des choses entre une Caecilia qui fait un pas vers lui et une Caecilia complaisante. Ça l'énerve d'être aussi con. Mais ce soir, elle lui permet de l'emmener dîner. Il la remercie avec ses yeux et fait la seule chose qu'il puisse faire dans pareil contexte : il se montre distingué. Il lui ôte son manteau à l'entrée, lui tira sa chaise. La laisse choisir le menu. Il essaie de l'écouter, de lui prêter une oreille attentive. Ce n'est pas comme si elle risquait de s'épancher d'aucune manière mais cette soirée est à propos d'elle. Sauf qu'il est énervé. De retour dans les souvenirs. Plus récents toutefois. Ça sort tout seul. Lui-même est interdit au son de sa propre voix.

 

— T'as dit que ton père est une sombre merde. Pourquoi ?

 

Il scrute trop attentivement le visage de Caecilia. Il l'a souvent fait. Il la connait. Il sait ses mimiques, les réflexes qui trahissent la différence entre ce qu'elle ressent et ce qu'elle dit. Il n'a pas le droit de se tromper. Quelque chose s'éveille en lui. Sombre. Dangereux. Le résultat, peut-être, d'années consacrées a étudier la magie noire en théorie. C'est loin la théorie. Ce n'est pas tangible. Caecilia est blessée et il a trois suspects. Emfield est confirmé. Au tour de Rowle. Feudeymon ? Non, ça sentirait trop mauvais. Et puis, il ne goûterait pas la satisfaction. Endoloris. Il aurait besoin de le désirer. Il mesurerait l'ampleur de sa détermination à venger Caecilia. Il connaissait l'histoire d'une famille qui avait été brisée au-delà de tout retour par ce sortilège. Parfait. Il ne voulait pas accorder la moindre miséricorde à ces bourreaux. Et certainement pas la délivrance trop douce de la mort. les morts dorment tranquilles, même quand on vient profaner leurs tombes. Sauf les inferi. Mais en voilà une idée de génie. L'interdiction du dernier repos. Oui. Il s'occuperait personnellement, sans se défiler, des hommes qui avaient osé faire du mal à Caecilia. Et puis, il ne resterait plus que le troisième.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 25/01/2026 à 12:40

L’homme enchaîne les faux pas, comment fait-il pour réussir à la décevoir un peu plus à chaque phrase prononcée ? Un fumoir, ben voyons, nouvelle cage dans cage plus grande, quelle merveilleuse idée. Il s’en fiche, lui, qu’elle se brûle la santé pour oublier ses déceptions. Elle aimerait que Prisca soit là, qu’on lui tienne tête, qu’on lui crie dessus pour qu’elle arrête, qu’elle retrouve le goût de l’existence, même ici, même ce soir, au cœur de l’hiver. Si elle ne le dégoûte pas, qu’il la prenne puisqu’elle s’offre, qu’il arrête ses faux-semblants, marques de respect déplacées qui lui donnent l’impression de vivre dans une autre réalité.

 

Caecilia ne capte pas ce qu’il cherche à lui dire avec Emfield. La porte restera close, bien fermée et pour toujours. Si ce crevard revient ici, la tireuse saura l’accueillir. Elle sait, elle sent au fond d’elle que ce n’était pas un caprice, mais une impasse. Il ne reviendra pas dans ses bras parce que, dans son regard, elle l’a vu, elle est passée au second plan, peut-être même plus loin, une belle erreur de jeunesse, il veut se rattraper, s’acheter une conscience et une vie d’homme droit. C’est pas un homme, pour qui il se prend le Fawley, elle lui ferait bouffer son mépris complaisant. Peut-être qu’il s’en fiche, qu’il est prêt à la donner à n’importe qui, la laisser consommer n’importe quoi : il a trop peur, se sent trop coupable, désolé désolé désolé, pour faire quoi que ce soit. Elle essaie d’éviter d’exploser, explose quand même.

 

 

Manius la trouve belle, sans blague, c’est parfait. Elle essaie de ne pas juger un cœur amoureux, s’y emploie toutes ses forces pour survivre au dîner, sinon, autant renoncer, repartir directement, ne pas lui offrir le moindre instant. Non, elle tente de se décrisper, d’imaginer ce qu’elle aurait pu faire pour récupérer Scott. Mais la perspective du mariage lui est inenvisageable et peut-être que, dans une autre vie, ils se seraient séparés pour ça, parce qu’Emfield voulait un quotidien bien rangé, bien marié, bien enfanté. Alors, est-ce qu’elle peut en vouloir à Fawley ? À son père ? Leur foutre la responsabilité sur les épaules, l’échec de son couple, la douleur de sa vie. Oui, parce qu’elle s’en fiche, parce qu’elle est en colère.

 

Merci, non c’est bien. Réponses laconiques, parce qu’elle est encore un peu secouée d’avoir versé tant de larmes quelques minutes auparavant. Ça se soigne en combien de temps, un cœur brisé ? Elle pourrait demander à son cher mari ce que ça fait de ne pas se sentir aimé par la personne que l’on chérit, mais ça ne les ferait pas avancer.

 

La comédie du restaurant peut commencer : il est dans son élément, Manius est ici le plus doué des acteurs, peut se cacher derrière ses manières parfaites. Elle essaie de faire bonne figure, de ne pas sentir le poids des regards étrangers qui pourraient voir en elle une ingrate. Sont-ils bien assortis de loin ? Ressemblent-ils à un couple uni ? Ça la ferait presque grimacer. Banalités et puis un coup d’épée. Elle essaie de ne pas s’étouffer, lui lance un regard furieux : qu’est-ce qui lui prend à cet idiot ? Il veut gâcher la soirée ? Instinctivement, sa main se porte à sa baguette, arme cachée dans les plis de sa robe. Ça te regarde pas, ton glacial, regards sur les côtés. Certains se sont pris des poings dans la figure pour moins que ça. Belle soirée romantique, bonne idée de remuer le passé et son inconscient qui évidemment lâche les vannes à cette simple mention, déversant sur la demoiselle au cœur brisé un autre niveau d’horreurs et de regrets.

 

Caecilia s’entaille la main en enfonçant ses ongles dans sa chair autour d’Eleftheria. Elle tente de respirer calmement, se rappeler le plan initial : s’ouvrir un peu, charmer son mari et lui offrir son corps pour chasser celui de Scott. C’est pas bien compliqué. Alors elle pose un pied dans le vide : Mon père est un connard, avec ma mère, avec les nés-moldus, avec les femmes en général. Ça commence à faire beaucoup, mais Cassius Rowle a assez de haine pour tout ça. Il a jamais été trop pour mon amitié avec Prisca et Scott, quel charmant euphémisme, en fait il m’attachait dehors pour me faire passer l’envie de leur parler. Petit rire sans joie. Il n’a pas besoin de connaître tous les détails, son petit conformisme de jeune premier a déjà matière à être chamboulé. Disons que, quand il a appris pour Scott et moi, ben, ça a pas été la joie. Grimace douloureuse. Voilà, il est content, le Fawley ? Caecilia n’a plus faim.

 

La sorcière observe les réactions de Manius avec attention. Elle n’a que faire de sa pitié, il faut lui donner autre chose. Une émotion inconnue semble se dessiner dans ses yeux, quelque chose qu’elle ne connaît pas, peut-être de la colère ? Elle fronce les sourcils, lui décoche un regard méprisant : tu vas rien faire Manius, j’te jure que si je te prends encore à essayer de deviner ce qui est bon pour moi, à agir avec tes intentions louables de merde, je te le pardonnerai jamais. Mise en garde trop sévère peut-être, sauf qu’elle commence à comprendre comment il fonctionne. Or, elle a déjà pensé à tout ça, descendre son père, le foutre en taule, mais il y a sa mère, Valeria Rowle, qui, pour une raison obscure, aime ce mari malgré tout, que sa disparition pourrait tuer sur le coup. Comme d’habitude, les situations ne sont pas simples, pas binaires et le monde n’a pas besoin des preux chevaliers persuadés de se ranger sous la banderole du bien. Je sais me défendre, ajoute-t-elle plus doucement, un peu pour elle-même. Peut-être qu’elle a perdu son insigne de préfète, mais elle en a gagné un autrement plus doré ces dernières années, alors qu’il ne s’avise pas d’essayer de lui apprendre la vie.

 

On rentre ? Caecilia en a assez, de toute façon, elle a l’estomac noué. S’il ne veut pas d’elle, tant pis, elle aura au moins mérité de retrouver son lit.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 25/01/2026 à 13:28

Même inviter une femme au restaurant, il n'est pas foutu de faire ça à peu près correctement. Ce n'est pas sa femme, ne l'a jamais été. Il aurait aimé pouvoir la courtiser, être charmant. Plaire. À elle, à quelqu'un, n'importe qui. À lui. Mais ça, Manius Fawley ne sait pas faire. La seule chose que Manius Fawley sait faire c'est enfoncer ses putains de mains faibles dans la merde et la remuer jusqu'à ce que les remugles putrides de la décomposition embaument partout. Et puis il allait foutre toutes ses petites trouvailles sans intérêt dans un musée. Ouais. Manius est un collectionneur. Un collectionneur de merde. D'erreurs.

 

Il ne sait pas quoi répondre. À quoi bon de toute façon, ça ne change jamais rien. Ou alors en pire. Il bredouille, il balbutie, il baisse les yeux. On rentre, d'accord. Tu m'as trompé, d'accord. Je ne suis personne, d'accord. D'accord. Manius était toujours d'accord. Il laisse l'argent sur la table et suis Caecilia qui s'en va déjà sans un mot, pas même pour le personnel de l'établissement. Qu'est-ce que ça fait une impolitesse dans une vie ? Quelqu'un va mourir ce soir.

 

Ce n'est qu'une fois dans l'intimité, qui n'a jamais existé en réalité, du domicile conjugal qu'il implose. Deux guerres en retard. Manius est toujours deux guerres en retard, c'est son métier. Ça commence presque doucement. Comme dans le sifflement d'une mèche avant que l'étincelle n'atteigne la poudre. Sauf que là c'est pas juste la bombe. C'est toute la sainte-barbe.

 

— Je sais que tu sais te défendre. Ça fait partie de ce que j'apprécie chez toi. Alors vas-y.

 

L'alcool et la tristesse. Moteurs d'un puissant désir d'auto-destruction. Mauvais mélange. Boum.

 

— QU'EST-CE QUE T'ATTENDS ? Défends-toi ! Pourquoi pas aujourd'hui ? MAINTENANT ? Montre leur à ces tocards qui t'on blessée ce que tu vaux. T'es plus forte qu'eux tous réunis. T'as besoin de personne. T'aurais dû t'envoler de ta cage TOUTE SEULE ! T'as l'impression d'être suffisante pour personne parce que tu ne te suffis pas à TOI-MÊME. Alors prends ta baguette, et fais-leur payer à tous. Commence par moi. BUTE-MOI !

 

Tout est trouble. Vue, pensée, univers. Manius saisit sa baguette. Il est loin d'être en mesure de lancer ne serait-ce qu'un lumos. Il s'en fout. Il a juste besoin de mettre la scène en place. Un premier éclair détruit la bouteille de rhum vide abandonnée avant de partir. Merde. Il arrive à lancer des sorts en fait. Il parvient à prendre les précautions nécessaires pour ne pas, à aucun moment, qu'elle pointe vers Caecilia.

 

— Ce sera de la légitime défense. Autant que tu tires la première, j'ai pas une chance de toute façon.

 

Il est parti, l'homme. N'est jamais arrivé en fait. La coquille vide vole en millier d'éclats ternes. Il n'a plus, n'a jamais eu la force. La première larme s'échappe. Ce serait bien la seule de sa propre fin.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 25/01/2026 à 20:00

Caecilia s’attend à tout, sauf à cette réaction de la part de l’homme mesuré qu’elle côtoie malgré elle depuis ses quinze ans. Elle reste interdite, presque figée, sourcils froncés, essayant de comprendre ce qui se joue sous ses yeux. Alors, voilà ce que ça donne ? Une demi-confidence à Manius et il a envie qu’elle le descende ? Ou… autre chose ? Elle n’arrive pas à savoir ce que cache la réaction de cet homme manifestement à bout.

 

Des cris. Invectives qui frappent ses tympans sans l’atteindre. Et brusquement, tous ses sens en alertes. Sa baguette, une bouteille qui explose. Caecilia ne sait pas s’il représente un véritable danger pour elle, mais il en est un pour lui-même, c’est certain. La sorcière plisse les yeux, dégaine sa baguette mal assortie avec la robe, ça valait bien la peine de faire un effort vestimentaire. Ses réflexes professionnels prennent le dessus, les battements de son cœur ralentissent, sa respiration se calme. Elle contrôle la situation. Est-elle en pleine possession de ses moyens ?

 

Expelliarmus, articule-t-elle d’un ton calme, trop calme. Voix blanche, regard intense jusqu’à ce que le danger soit écarté. La baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia. Peut-être qu’elle fume un peu trop ces derniers jours, a tendance à boire un verre au-dessus de la limite du raisonnable, mais jamais au point de prendre le risque de blesser quiconque. Même meurtrie, même lorsque le chagrin lui fait tourner la tête. Elle observe son mari, Manius Fawley n’est rien d’autre à ses yeux qu’un simple citoyen en danger ce soir.

 

L’adrénaline redescend, la sorcière s’approche de cet homme qu’elle n’a jamais vraiment compris, mais qu’elle n’a jamais cherché à comprendre non plus. C’est ce dont elle se rend compte cette nuit. Ce n’est pas son rôle, elle n’a pas demandé sa main, n’a pas voulu être là, à ses côtés. Mais le fait est qu’elle est là à présent. Manius, murmure-t-elle en lui prenant la main, prête à reculer d’un bon au moindre mouvement agressif. Quelle idée stupide cette fichue robe. Tu vas bien ? Elle cherche, dans son regard, une trace de folie, la douleur qui expliquerait son geste. Ses paroles soudain lui reviennent en tête. Elle voudrait soupirer, sortir de son cerveau étriqué ces notions de bien et de mal qui ne se chevauchent jamais.

 

Non Caecilia Fawley ne se suffit pas à elle-même, d’ailleurs, jusque-là, elle dépendait d’un certain Scott Emfield. Non, elle ne peut pas descendre son mari, juste après avoir rompu avec son amant, parce que plaider la légitime défense contre un homme que tout le monde considère comme parfaitement stable, ça n’aurait convaincu personne. Pas même ses amis peut-être, Prisca et Quintus, qui savent qu’elle a recommencé à boire un peu trop, qui connaissent son tempérament parfois sanguin et qui auraient sincèrement douté de sa bonne foi, même sans le lui avouer.

 

La sorcière ne sait plus trop où elle en est. Face à quel mari : celui qui pose des ultimatums ? Celui qui l’invite à sortir ? Celui qui lui demander de le tuer ? Il dit lui parler d’amour, mais ne mène que des actions désespérées. Cet homme est perdu, peut-être plus qu’elle, qui avait jusque-là un sens à sa vie, un espoir : Scott Emfield. Elle soupire, lui offre un demi-sourire résigné. Après tout, elle vient de lui annoncer qu’elle le trompait depuis leur nuit de noces. Peut-être que sa réaction à retardement n’est pas si excessive ? Hé oui, ce soir, il y a deux cœurs brisés dans la demeure des Fawley. Allez, viens, on va se coucher.

 

Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !

Sortilège
Maléfice de Désarmement
Difficulté
4
Résultat D20
19
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

La baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia.

Autres résultats possibles

Et, immédiatement, la baguette de Manius lui échappe des mains pour atterrir dans celles de Caecilia, le sorcier se trouve brutalement projeté au sol.

La baguette de Manius lui échappe des mains et vole quelques mètres plus loin.

La baguette de Manius tremble dans sa main tout comme celle de Caecilia dans la sienne sous le coup de l'émotion. Elle se reconcentre en une fraction de seconde et répète l'opération : l'arme du sorcier vole quelques mètres plus loin.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 25/01/2026 à 21:32

La baguette s'envole comme au ralenti. Bien sûr. Caecilia est une pro. Jamais elle ne l'aurait abattu froidement. Heureusement pour elle, dommage pour lui. Et c'était bien ainsi. Ses yeux hagards s'accrochent difficilement à elle. De combien de manières différentes aura-t-il réussi à la décevoir sur cette seule soirée ? Aucune en vérité. Pour décevoir quelqu'un, il faut que la personne attende quelque chose de vous. Manius finirait par mourir. Lentement, étranglé petit à petit par la chaîne qu'il a passé à cette femme parce qu'il ne sait pas aimer. D'accord.

 

L'ivresse l'empêche de comprendre, plus encore que d'habitude. Il comprend qu'il est ivre, ça oui. Il suit Caecilia docilement, comme un condamné qui s'est épuisé à force de se débattre en vain. Où l'emmène-t-elle ? Ne lui avait-elle pas posé une question ?

 

— Non ça va pas. J'ai trop bu.

 

Ce n'est pas une excuse pour son comportement. C'est un constat. Plus jamais. Dans le peu de lucidité qui lui reste, Manius voit une constellation. Peut-être qu'il n'est pas si lucide que ça en fait. Ces minuscules étoiles qui brillent par terre, depuis quand sont-elles là ? Depuis qu'il a fracassé la bouteille. Du désordre. Chez lui. Pas ça. Enfin, il y en avait toujours eu du désordre chez lui, à l'intérieur de lui. Mais pas dans son environnement. Il y veillait.

 

— Evanesco.

 

C'est futile : sa baguette est dans les mains de Caecilia. Caecilia qu'il essaie de rejoindre. De tout le peu de force qu'il lui reste. Deux guerres en retard, toujours.

 

— Alors ton père c'est vraiment un sale type ? J'ai... envisagé des choses. Horribles. Mais c'est pas mes affaires. C'est pas parce que je t'ai forcée à porter cette alliance que je suis ton mari. Tu veux pas que je te venge ni même que je te protège. Tu le ferais mieux toute seule de toute façon.

 

Elle l'emmène de sa chambre. Sa chambre à elle s'était dit Manius en s'installant ici. Avant même qu'elle l'y rejoigne, il savait qu'elle ne voudrait pas du moindre signe de sa présence à cet endroit. Pas même son odeur latente qui aurait empoisonné l'air qu'elle y respire. Il n'y avait mis les pieds que pour le ménage. Parce que ce n'était pas à elle de le faire sous prétexte que Manius ne voulait pas employer de gens de maison et encore moins d'elfe.

 

Inutile de protester, elle fera ce qu'elle veut de lui de toute façon. Autant ne pas encore lui compliquer les choses. En s'allongeant encore vêtu dans ce lit qui ne lui a jamais été destiné, il réalise que de tous les sentiments qu'il éprouve pour Caecilia, il a négligé de lui dire le plus important. C'était facile d'être désolé. Trop facile. Et ça n'avait pas de sens. Mais ça, ça en avait.

 

— Merci d'être là.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 25/01/2026 à 22:58

Il n’est pas bien, elle n’est pas bien, personne n’est bien dans ce monde d’adulte en carton, où on ne sait que se détruire mutuellement. Lui en l’aimant trop, elle en ne l’aimant pas assez. Est-ce que Prisca a raison, est-ce qu’elle devrait être moins dure ? Trouver du bonheur dans la prison, voire de la liberté ? Mais elle ne peut pas être mature, pas ce soir, parce qu’elle a vingt-deux ans, que c’est encore si jeune pour se résigner, parce qu’elle ne peut pas le voir autrement, même ce soir, même alors qu’il tombe à genoux, prostré. Peut-être parce qu’il ne tient pas l’alcool ? Ou pour cause de souffrance extrême. Ça la dépasse. Elle, elle connait, l'objet de son désir, son homme, le sourire, l’humour, l’étreinte, ses petites manières, ses gros défauts qu’elle a appris à accepter, à aimer, à rechercher. Manius ne sait rien d’elle, alors, l’amour c’est quoi ? Une chimère de plus ? Devrait-elle le croire ? Dans ses sentiments d’homme perdu ? Être sûr qu’il la trouvera belle, aimera lui faire l’amour même quand ses cheveux sentiront le tabac, même quand elle aura trop pleuré ?

 

Pourra-t-il supporter qu’un jour, elle ne rentre pas ? Que son corps sans vie lui soit rapporté ? Pourra-t-il l’embrasser chaque matin comme si c’était le dernier, choisir l’intensité au quotidien, savoir qu’il ne pourra pas construire tout ce qu’il veut, parce qu’elle a, elle, des pieds d’argiles, des traumas étranges et insensés qu’il ne servirait à rien d’expliquer ? Scott lui, savait, était capable de tout ça jusqu’au jour où, finalement, la magie a pris fin en même temps que les promesses, et alors, il ne lui reste plus rien pour contrer l’imprévisibilité du temps.

 

Caecilia regarde Manius, perdu, petit pantin dans trop grand lit. Elle ne sourit pas, mais c’est comme si, en elle, la grimace éternelle s’effaçait pour laisser place à une pincée de tendresse. Heureusement qu’elle ne l’a pas laissé prendre une cigarette, il n’a pas l’habitude de la torture empoisonnée, ça ne lui réussit pas. Elle se demande si c’est de sa faute, si elle devrait s’en vouloir, ou en vouloir à Emfield, oui, peut-être qu’elle peut aussi le lui mettre sur le dos, ce fardeau-là.

 

La sorcière caresse les cheveux de cet homme qu’elle n’aime pas. Elle se sent dramatique dans sa robe longue, comme si ce n’était pas déjà le cas. L’odeur de Scott a disparu des draps, ça lui fait bizarre de se dire qu’il y a quelques heures à peine, il était encore là. Aura-t-elle jamais le bonheur de retrouver du plaisir loin de ses bras, trois caresses entre deux insultes, la même intensité, la même douceur ? Elle ne sait pas, voudrait fumer, arrêter de se rappeler, mais Manius n’aime pas, comme il n’aime pas le désordre, en dedans et en dehors, comme il n’aimerait surement pas, en temps normal, se trouver là, tout habillé sur les draps. Alors, elle pointe sur lui Eleftheria et murmure Finite Titilus, même s’il en a surement marre qu’elle lui balance des sortilèges à la figure ce soir. Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrasse du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.

 

Tu es mon mari et elle déteste ça, mais c’est un fait et elle doit reconnaitre qu’il essaie, qu’il cherche à s’en montrer digne. Digne de quoi, d’elle ? Vaste blague, douce ironie. Elle a essayé, elle, de son côté, de se montrer digne d’un homme, un certain Scott, pour ne pas le nommer : voilà où ça l’a menée. Elle soupire, cherche sa main, peut-être pour voir, si elle le dégoûte toujours autant. L’alliance en or à son annulaire, si lourde, si légère, sa jumelle au doigt de Manius, alors, qui est vraiment pris au piège ?

Caecilia Fawley a lancé un sortilège en utilisant sa baguette : Eleftheria !

Sortilège
Sortilège de Sobriété
Difficulté
5
Résultat D20
18
Interprétation
Réussite
XP gagnée
10

Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrassant du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.

Autres résultats possibles

Le sortilège purge l'organisme de Fawley, le débarrassant du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.

Le sortilège échoue à purger l'organisme de Fawley, la main de Caecilia tremble trop, elle recommence, le libère du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.

Le sortilège échoue à purger l'organisme de Fawley, la main de Caecilia tremble trop, elle recommence, le libère du poisson de l'alcool, mais pas de la douleur de la déception.

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 26/01/2026 à 04:45

Tout arrête de tourner subitement. Le voile se lève et les idées s'éclaircissent, trop peut-être. Il s'est donné en spectacle, s'est ridiculisé. Même sobre, il n'arrive pas à se rappeler quand il a commencé. Et surtout, il a agressé Caecilia. Son premier réflexe est de vouloir s'excuser mais il sait qu'elle déteste ça. Alors il ne dit rien et laisse la main trouver la sienne. La dernière fois que les deux alliances ont été si proches remonte à la prononciation de leurs vœux. Enfin, ses vœux à lui. Caecilia n'avait pas prononcé les siens. Elle avait répété ce qu'elle savait qu'on attendait d'elle. Ses vœux elle les avait formulés silencieusement, pour d'autres desseins.

 

Habillé dans un lit. Ça ne lui plaît pas. Mais il s'est tellement déçu ce soir qu'il trouve la faiblesse de s'en moquer. Ses principes ne font pas de lui un homme meilleur. Une main dans ses cheveux, l'autre dans la sienne. Caecilia veille sur lui comme il s'est figuré le faire à une époque. Que dire, que faire ? D'accord il est son mari et elle accepte de jouer le rôle de son épouse mais ils sont aussi deux étrangers l'un pour l'autre.

 

— Il faut qu'on se parle, tous les deux. Qu'on se guide l'un et l'autre sinon on va se détruire mutuellement. On a sauté toutes les étapes, autant résumer les choses. Pour se tolérer et tolérer cette vie. Comment puis-je t'être supportable ?

 

Sa main libre caresse les draps. Ceux auxquels il s'est toujours refusé. Se dirige, hésitante, vers les bras de Caecilia. Ceux qu'elle lui a toujours refusés. Car ils étaient pour Emfield. Pour son Scott. À qui les tendrait-elle dorénavant ? Manius ne sait pas à quoi s'attendre cette nuit. Vont-ils discuter là sur l'oreiller, avoir un dialogue comme deux adultes fonctionnels ? S'endormir ensemble pour une fois, première étape d'un compromis doux-amer ? Ou chambouler l'ordre des choses une fois encore et faire l'amour ?

 

Aucune chance pour ça. Si Caecilia s'abandonnait dans ses bras cette nuit ce ne serait certainement pas pour lui faire l'amour. Ce serait pour faire la haine à Scott.

Caecilia Fawley

Femme

22 ans

Sang pur

Britannique

Tireur d'élite
Moissonneur en herbe

Message publié le 26/01/2026 à 18:23

Caecilia sait que Manius voudrait parler, mettre leurs sentiments au clair, peut-être souhaiterait-il qu’elle lui donne des consignes nettes, précises ; établir un contrat de mariage officieux, juste entre eux. Ça ne devrait pas être si difficile, apprendre à se supporter comme il lui dit. Elle aimerait raisonner, tenir une conversation profonde, mais, chaque fois que la raison prend le dessus, la colère la recouvre, cycle infernal. Trop blessée peut-être pour arriver à trouver que faire les choses bien est une bonne idée. Elle ne parvient pas à se forcer, à prendre le chemin de la rationalité parce qu’elle pense encore à lui, parce qu’elle pensera toujours à lui, songe-t-elle à cet instant précis. Sa vie est fichue, elle ne voit que ça, n’imagine rien d’autre et ça la tue. Peut-être aurait-elle dû laisser Fawley la descendre dans sa folie, mais son désespoir, elle le sait, n’était pas assez grand pour réellement lui attenter.

 

Son mari lui abandonne sa main, lui en tend une autre. Elle le caresse des yeux, essaie de se souvenir de lui dans son uniforme de préfet en chef, avant qu’il ne la dégoûte, quand ils n’étaient pas encore mariés. Pourquoi marie-t-on les enfants ? Ça leur donne des responsabilités trop tôt, en fait des adultes adolescents qui n’ont pas encore réglé leurs problèmes de cours de récré. Combien de temps a-t-elle vécu dans un souvenir, a-t-elle fait semblant qu’un jour, tout pourrait redevenir comme avant ? Peut-être que Scott l’avait sentie, l’impasse, le déni, la gamine cachée en femme mariée et alors il avait fui pour trouver quelqu’un avec qui il pourrait construire un avenir sur des fondations réelles.

 

Pourra-t-il lui résister cette fois ? Elle cherche dans les yeux de Manius n’importe quel élément pour se sommer de tout arrêter. Il veut discuter, elle n’en est pas capable maintenant. Alors, le plus sage serait sans doute de se séparer, chacun sur son oreiller, s’abandonner l’un l’autre, comme à chaque fois. Mais quand auront-ils à nouveau l’occasion d’être si proches ? C’est presque comme s’ils pouvaient toucher du bout des doigts une sorte d’équipe, de couple, qu’ils formeraient à deux, malgré eux et malgré cette difficulté ridicule à communiquer, parce qu’ils ne sont tout simplement pas en état. Alors elle le lui dit : j’peux pas discuter ce soir, m’en veux pas, j’y arriverai pas. Elle soupire, jette un regard à son paquet de cigarettes sur la table de chevet, tente de résister. Je préfère te détruire, et moi avec. C’est ça, la vérité. Elle s’en fiche : il l’a louablement piégée, à lui de vivre avec l’animal sauvage qu’il a capturé.

 

Peut-être qu’elle ne fait pas ce qu’il faudrait, que le terme correct lui est un peu abstrait, mais c’est pas sa faute en fait, on lui a pas appris : à la forcer à vivre dans le désordre, pas étonnant qu’elle soit devenue le chaos. Dans sa tête, dans son cœur, c’est diablement emmêlé et personne ne lui fera croire que la solution lui viendra de Fawley. Est-ce qu’il en a envie, lui ? D’elle ? Putain, c’est compliqué. Son visage, ses lèvres, son regard perdu à lui aussi, vaincu peut-être un peu, Manius éprouvé par la femme épousée. Qu’imaginait-il ? Qu’avait-il espéré en l’asseyant à ses côtés ? Puis, en fait, peu lui importe, elle se sent à l’étroit dans cette robe trop lourde qui complique ses mouvements. Dehors, nuit noire, la même lune qui la regardait soupirer dans les bras de son amant sera seul témoin de son étrange tromperie, va te faire foutre Scott Emfied, toi, ton gosse et ta putain, allez tous crever dans votre vie bien rangée, votre quotidien parfait loin des femmes un peu fêlées, cassées par vos semblables et puis dédaignées.

 

Un reflet sur l’alliance de Manius, attire son œil, la crispe. Elle attrape sa main, tant pis pour la douceur, lui retire le bijou doré, fait de même avec le sien et laisse tomber au sol le symbole d’un mariage sans sens, sans violence, presque avec dédain. Elle ne veut plus jamais sentir sur sa peau, la main d’un homme marié.

 

Ses lèvres sont brûlantes lorsqu’elle les pose contre celles de l’homme couché sur son lit, sans doute plus animées par la haine que par le désir, mais ce soir c’est la même chose. Elle se demande encore, s’il va la repousser, refuser un baiser qu’elle ne lui a jamais donné. Prouve-moi que tu m’aimes autant que lui, souffle-t-elle les yeux brillants, le cœur en miette.

 

Manius Fawley

Homme

24 ans

Sang pur

Britannique

Avatar de Maren
Maren

Maître du Jeu

Message publié le 26/01/2026 à 21:09

— D'accord. On se parlera quand tu seras prête.

 

À force de ne s'intéresser qu'au passé, l'avenir est quelque chose de difficile à appréhender. C'est peut-être pour ça que Manius saute toujours toutes les étapes. Comment planifier un demain que l'on ne conçoit pas ? Il ne sait pas construire les choses, elles ont toujours atterri toutes faites dans ses mains.

 

C'est son propre passé qui le rattrape ce soir. Il ne comprend pas ce que signifie le geste de Caecilia quand elle se débarrasse des alliances. Est-ce qu'elle lui donne une chance d'être celui qu'il était avant de devenir le mari qui l'a emprisonnée et qu'elle déteste ? Le contact de ses lèvres semble le confirmer. L'espace entre hier et aujourd'hui s'amenuise. La dernière fois qu'il avait goûté la peau d'une femme, il était un adolescent incapable de concevoir l'amour. Des aventures, rien de plus, de jeunes gens qui veulent savoir ce que ça fait de coucher. Peu importe que Caecilia ne l'aime pas au fond : ce ne serait pas sa première valse sans musique.

 

Puis elle lui demande de l'aimer. Autant que lui. Est-ce que ça changera jamais ? Le fantôme d'Emfield serait toujours présent et quoi que Caecilia et Manius puissent tenter ensemble, c'est toujours rien qu'à lui qu'elle penserait. C'est sûr, elle ne lui fera pas l'amour. Elle fermera les yeux et ne pensera qu'à Scott, mitigée entre l'amour qui n'a pas eu le temps de faner et la haine qui à germé trop vite, trop brutalement ce soir. Il n'y a rien que Manius puisse faire pour l'aider à s'extirper de ce tourment qui la ronge et il doit l'admettre. Mais puisqu'elle lui demande, ce sera si simple pour lui.

 

Car, sans le savoir peut-être, Caecilia vient d'effleurer la plaie laissée béante depuis la naissance même de Manius. Né dans le devoir, élevé pour le devoir, attendu pour son devoir. Jamais l'amour n'avait eu sa place dans son existence. En fait, il ne savait pas ce que c'était que d'aimer avant qu'une jeune préfète ne soulève son cœur sans qu'il comprenne pourquoi. Comment donner ce que l'on n'a jamais reçu ? Voilà que se présente une unique chance de découvrir comment c'est que d'aimer quelqu'un. Tant pis si ce n'est pas réciproque, il peut se contenter d'aimer.

 

Pour la première fois, la pendule cesse d'osciller entre les deux hommes qu'il a été jusqu'à présent. Celui qui fait ce qu'il doit et celui qui déçoit au moins lui-même. Elle s'est arrêtée en équilibre sur l'homme que Manius a toujours voulu être. Il découvre Caecilia pour la couvrir de ses mains, qu'elle n'ait pas froid. De sa tendresse, qu'elle ne se sente pas seule. De son désir, qu'elle ne se sente pas dégoûtante. De son amour. Elle voudrait autre chose peut-être, ou plutôt la même chose mais de quelqu'un d'autre. Mais elle n'a que Manius pour l'heure et le lui a demandé. C'est suffisant.