Message publié le 08/03/2025 à 19:48
Flora était allègrement voutée sur le secrétaire de sa chambre d’étudiante.
La plume grise qu’elle tenait dans ses petites mains était tellement longue qu’elle dépassait par dessus sa tête ébouriffée, dansant au rythme des griffonnages.
La première année adressait une énième lettre à sa douce famille qui aimait s’enquérir de ses anecdotes rocambolesques, se rafraichir de ses histoires d’enfant, apprendre tout de sa vie quotidienne au château ensorcelé, se réjouir d’un nouveau sortilège appris, sans oublier le suivi de ses progrès à l’école, évidemment.
En retour, les nouvelles de sa sœur Alice l’émouvait à chaque phrase, chaque mot, chaque lettre.
La personne qui lui écrivait était principalement sa mère, lui rédigeant le plus fidèlement possible la vie à la maison en première partie de lettre. À la fin du papier se trouvaient les mots d’Alice, que Flora attendaient ardemment, parfois même sautant le passage de sa mère pour lire les nouvelles de sa sœur, puis retournait au début pour connaitre l’entièreté du message.
Cependant, plus le temps passait, moins Alice écrivait, jusqu’à ne plus rien écrire du tout au bout de quelques mois. Flora suivait alors le fil de la vie de sa sœur à travers les écritures de sa mère, qui s’efforçait de tout lui rapporter en détail. À travers les lignes maternelles, Flora imaginait Alice dans sa nouvelle école, avec ses nouvelles copines. Elle ressentait sa joie de vivre, ses craintes, ses espoirs, ses envies et ses rêves.
Elle savait le vide qu’elle avait laissé dans la maison à travers la chaise libre de la table à manger ou encore le lit impeccable de la chambre qu’elles partageaient. Elle maudissait ingratement le fait de ne pas pouvoir se téléporter chez elle en une fraction de seconde alors que la magie du transplanage le lui permettrait.
Flora gardait les lettres dans une boîte spéciale, empilées en un tas qu’elle avait entouré d’un fin liseré couleur lavande. Elle chérissait ces écrits contenant un peu de sa soeur dans ses lignes ainsi que du foyer aimant qu’elle avait laissé derrière elle.
Flora tentait d’écrire. Elle brouillonnait et raturait au point d’arracher le papier de basse qualité. Ce jour-là, Flora était énervée et n’arrivait pas à se concentrer. La porte du dortoir n’étant pas fermée, elle entendait le va et vient des élèves qui piaillaient. L’ambiance légère du week-end flottait dans l’air. Loin des cours solennels, l’instant était sujet à la distraction et à la frivolité. Mais Flora restait là, seule dans sa chambre, à essayer d’écrire cette lettre comme une punition infligée à elle-même. Elle aurait peut-être dû rejoindre ses camarades pour se changer les idées.